| Apocalypse Expliquée 990. Et ils mordaient leurs langues de douleur, signifie que par dédain ils ne veulent ni percevoir ni savoir les biens et les vrais réels : on le voit par la signification de mordre sa langue, en ce que c'est ne vouloir ni percevoir ni savoir les biens et les vrais réels, ainsi qu'il va être expliqué; et par la signification de la douleur, en ce que c'est le dédain. Si par mordre sa langue il est signifié ne vouloir ni percevoir ni savoir les biens et les vrais réels, c'est parce que par la langue il est signifié la perception du vrai, et par mordre sa langue se retenir; car la langue signifie diverses choses, parce qu'elle est un organe tant du langage que du goût, et comme organe du langage elle signifie la confession, la pensée, la doctrine et la religion, et comme organe du goût elle signifie la perception naturelle du bien et du vrai, tandis que l'odorat signifie la perception spirituelle du bien et du vrai; en effet, la langue goûte et savoure les mets et les boissons, et par les mets et les boissons sont signifiés les biens et les vrais qui nourrissent le mental naturel ; ne vouloir pas avoir cette perception, ou ne vouloir pas percevoir les biens et les vrais réels, est signifié par mordre sa langue : ces choses ont été dites de ceux qui séparent la foi d'avec les biens de la vie ; car ceux-là renferment toutes les choses de l'Église ou de la religion dans un seul point de la foi, par lequel ils disent que l'homme est justifié; et puisque l'homme est justifié et sauvé par ce seul point, il s'ensuit que toutes les autres choses de la foi, qui sont les vrais de l'Église, ils les dédaignent au point qu'ils ne veulent ni les percevoir ni les savoir, car chacun d'eux dit en son cœur : « A quoi cela sert-il, puisqu'un seul point me sauve, à savoir, que Dieu le Père a envoyé son Fils qui par la passion de la croix m'a racheté de l'enfer? Les œuvres de la loi ne me condamnent donc pas ni ne me sauvent pas, puisque penser et croire avec confiance ce seul point, c'est ce qui sauve; » de là vient donc qu'en raison du dédain ils ne veulent ni percevoir ni savoir les biens et les vrais réels. S'ils ont du dégoût pour ces biens et ces vrais, c'est parce que ceux qui sont dans la foi seule sont intérieurement contre les biens et les vrais du Ciel et de l'Église; puis aussi, parce que pour y penser il faut penser intérieurement, car ces choses sont au-dessus de leurs idées matérielles; ce dégoût et ce dédain sont ce qui est signifié ici par la douleur. — Continuation sur le Sixième Précepte : II a été dit ci-dessus qu'entre l'amour du mariage et l'amour de l'adultère il y a la même différence qu'entre le Ciel et l'enfer; une semblable différence existe entre les plaisirs de ces amours, car les plaisirs tirent tout ce qui les constituent des amours dont ils proviennent. Les plaisirs de l'adultère tirent ce qui les constitue des plaisirs de faire des usages mauvais, ainsi de malfaire, et les plaisirs de l'amour du mariage le tirent des plaisirs de faire des usages bons, ainsi de bien faire; tel donc est le plaisir pour les méchants à malfaire, tel est le plaisir de leur amour de l'adultère, parce que l'amour de l'adultère en descend : qu'il descende de là, à peine quelqu'un peut-il le croire, mais néanmoins de là vient son origine; il est donc évident que le plaisir de l'adultère s'élève de l'enfer le plus profond. Au contraire, le plaisir de l'amour du mariage, parce qu'il vient de l'amour de la conjonction du bien et du vrai et de l'amour de faire le bien, est un plaisir céleste; il descend même du Ciel intime ou troisième Ciel, où règne l'amour envers le Seigneur d'après le Seigneur : par là on peut voir qu'il existe entre ces deux plaisirs la même différence qu'entre le Ciel et l'Enfer. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que l'on croie que le plaisir du mariage et le plaisir de l'adultère sont semblables; mais toujours est-il qu'il y a entre eux la différence dont il vient d'être parlé : toutefois, cette différence ne peut être ni discernée ni sentie par aucun autre que par celui qui est dans le plaisir de l'amour conjugal; celui qui est dans ce plaisir sent manifestement que dans le plaisir du mariage il n'y a rien d'impur ni d'inchastes, par conséquent rien de lascif; et que dans le plaisir de l'adultère il n'y a rien qui ne soit impur, inchastes et lascif; il sent que ce qui est inchastes monte d'en bas, et que ce qui est chaste descend d'en haut; mais celui qui est dans le plaisir de l'adultère ne peut pas sentir cela, parce qu'il sent l'infernal comme étant son céleste. De là il résulte que l'amour du mariage, même dans son dernier acte, est la pureté même et la chasteté même, et que l'amour de l'adultère dans ses actes est l'impureté même et l'inchasteté même. Comme les plaisirs de ces deux amours paraissent extérieurement semblables, quoiqu'à l'intérieur ils soient absolument dissemblables parce qu'ils sont opposés, il est en conséquence pourvu par le Seigneur à ce que les plaisirs de l'adultère ne montent point dans le Ciel, et à ce que les plaisirs du mariage ne descendent point dans l'enfer, mais à ce qu'il y ait toutefois une certaine correspondance du Ciel avec la prolifération dans les adultères, sans qu'il y en ait une avec le plaisir même qui est en eux.
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