| Apocalypse Expliquée 840. 840. Et que personne ne puisse acheter ou vendre, s'il n'a le caractère de la bête, signifie la défense que personne n'apprenne et n'enseigne que ce qui a été reconnu et par suite reçu dans la doctrine : on le voit par la signification d'acheter et de vendre, en ce que c'est s'acquérir des connaissances et les communiquer aux autres, par conséquent aussi apprendre et enseigner, ainsi qu'il va être montré; la défense est signifiée par faire que personne ne puisse; et par la signification du caractère, en ce que c'est l'attestation et le signe de la reconnaissance que ceux qui sont dans ces vrais et ces biens de la foi, ainsi appelés, sont de l’Eglise comme ci-dessus, N° 836; de là il est évident que par « faire que personne ne puisse acheter ou vendre, s'il n'a le caractère de la bête, » il est signifié la défense que personne n'apprenne et n'enseigne que ce qui a été reconnu, par conséquent aussi ce qui a été reçu dans la doctrine. Si acheter et vendre signifie s'acquérir d'après la Parole les connaissances du vrai et du bien et les communiquer, ou, ce qui est la même chose, apprendre et enseigner, c'est parce que par l'opulence et par les richesses, dans la Parole, il est signifié les connaissances du vrai et du bien, et que par l'argent et l'or, par lesquels se font les acquisitions et les ventes, il est signifié les vrais et les biens du Ciel et de l'Église ; c'est donc de là que, dans la Parole, il est dit ça et là acheter, vendre, et aussi commercer et négocier, et que par ces expressions il est signifié des acquisitions, des ventes, des commerces et des négoces spirituels; comme dans Esaïe : « Quiconque a soif, allez vers les eaux; et quiconque n'a point d'argent, allez, achetez et mangez; allez, dis-je, achetez sans argent et sans prix du vin et du lait. » — LV. 1 ; — qu'ici par acheter du vin et du lait, il ne soit pas entendu acheter de telles choses, chacun le voit; et comme acheter signifie s'acquérir des choses qui conduisent à la vie spirituelle de l'homme, il est évident que chacune de ces expressions doit y être entendue spirituellement; ainsi par les eaux, vers lesquelles doit aller quiconque a soif, sont signifiés les vrais pour ceux qui les désirent, les eaux sont les vrais d'après la Parole, et avoir soif, c'est les désirer; par « quiconque n'a point d'argent, » et par « sans argent et sans prix, » il est signifié qu'ils seraient donnés gratuitement par le Seigneur; manger signifie s'approprier; le vin et le lait signifient le vrai spirituel et par suite le vrai naturel, l'un et l'autre d'après le bien. Dans Matthieu : « Les vierges prudentes disaient aux insensées : Allez plutôt vers ceux qui vendent de l'huile, et achetez-en pour vous-mêmes. Mais, pendant qu'elles en allaient acheter, le fiancé vint. » — XXV. 9, 10; — par les vierges prudentes sont signifiés dans l'Église ceux chez qui la foi a été conjointe à la charité, et par les insensées sont signifiés dans l'Église ceux chez qui la foi a été séparée de la charité, car les lampes signifient les vrais de la foi, et l'huile signifie le bien de l'amour; de là, par s'en aller vers ceux qui vendent et acheter, il est signifié vers ceux qui enseignent, et apprendre ou acquérir pour soi; mais comme ils n'avaient pas acquis pour eux le bien de l'amour et n'avaient pas par ce bien vivifié les vrais de la foi quand ils vivaient dans le monde, mais l'avaient acquis, il est vrai, plus tard, et comme personne ne peut après la mort acquérir pour soi le bien de l'amour et le retenir, c'est pour cela que ces vierges insensées, par lesquelles sont signifiés tous ceux qui séparent le bien de l'amour ou le bien de la charité d'avec les vrais de la foi, n'ont point été admises aux noces, ni reçues par le fiancé; les noces signifient le Ciel, et le fiancé le Seigneur. Dans les Évangélistes : « Jésus entra dans le Temple, et il chassa tous ceux qui vendaient et achetaient dans le Temple, et il renversa les tables des changeurs, et les sièges de ceux qui vendaient les colombes. » — Matth. XXI. 12. Marc, XI. 15. Luc, XIX. 45 ; — par ceux qui vendaient et achetaient, dans ce passage, il est signifié ceux qui tirent profit des choses saintes, par les tables des changeurs ceux qui tirent profit des saints vrais, et par les sièges de ceux qui vendent les colombes ceux qui tirent profit des saints biens; c'est pourquoi, il est dit ensuite qu'ils ont fait du temple une caverne de brigands, les brigands sont ceux qui pillent les vrais et les biens de l'Église, et par suite en tirent du profit. Dans Luc : « Comme il arriva aux jours de Loth, de même il en sera aux jours du Fils de l'homme : Ils mangeaient, ils buvaient, ils achetaient, ils vendaient, ils plantaient, ils bâtissaient. » — XVII. 28 ; — par manger et boire il est signifié, là, vivre pour soi et pour le monde, et s'approprier les maux et les faux; par acheter et vendre, il est signifié les acquérir pour soi et les communiquer aux autres; par planter et bâtir, il est signifié se confirmer en eux et vivre en eux. Dans le Même : « Jésus dit : Maintenant, que celui qui a une bourse la prenne, de même aussi un sac, et que celui qui n'en a point vende son vêtement, et achète une épée. » — XXII. 36; — ce qui est entendu par ces choses, on le voit d'après les paroles suivantes, à savoir, qu'il fallait que tout ce qui avait été écrit fût accompli dans le Seigneur, qu'ainsi il souffrirait la croix ; comme cela ne pouvait que mettre en suspens les mentals (animi) de ceux qui vivaient alors, et aussi ceux des disciples, et les induire en des doutes sur le Seigneur et sur son royaume, et ainsi en des tentations, et que les tentations ne peuvent être dissipées que par les vrais, c'est pour cela que le Seigneur dit « que celui qui a une bourse la prenne, et aussi un sac, » à savoir, que celui qui possède les vrais d'après la Parole, dans laquelle il a été prédit que le Christ souffrirait de telles choses, prenne garde de perdre ces vrais, car la bourse et le sac signifient la même chose que les écus et l'argent qu'ils contiennent, à savoir, les connaissances du vrai et du bien d'après la Parole ; « que celui qui n'en a point vende son vêtement, et achète une épée, » signifie que ceux qui n'ont point de vrais rejettent leurs propres et acquièrent pour eux des vrais, avec lesquels ils combattront contre les faux, l'épée signifie le combat du vrai contre le faux, et la destruction du faux. Comme Tyr signifie l'Église quant aux connaissances du vrai et du bien, et par suite aussi les connaissances du vrai et du bien qui appartiennent à l'Église et servent à sa doctrine, c'est pour cela que dans la Parole, lorsqu'il s'agit de Tyr, il s'agit aussi des négoces, par lesquels est signifiée l'acquisition de ces connaissances, et aussi leur communication aux autres; par exemple, dans Ézéchiel : « Tous les navires de la mer étaient au service de ton commerce; Tharschisch était ta commerçante; en argent, fer, étain et plomb, ils fournissaient tes marchés. Javan, Thubal et Meschech, eux tes marchands, en âme d'homme et vases d'airain ils fournissaient ton commerce. Les fils de Dédan, les marchands; beaucoup d'îles, marchands de ta main. La Syrie, ta commerçante en chrysoprase. Mais tes richesses et ton négoce, ton trafic, ceux qui avaient soin de ton négoce, tomberont dans le cœur des mers au jour de ta chute. » — XXVII. 1 à 36. — Dans Ésaïe : « Gémissez, navires de Tharschisch, parce qu'elle a été dévastée, Tyr, dont les marchands (étaient) des princes, et les négociants des honorés de la terre. » — XXIII. 1,8; — chacun put voir que lit par les négoces et les marchés, il n'est entendu ni des négoces, ni des marchés; car qu'est-ce qu'a de commun avec ces choses la Parole, qui en elle-même est divine et céleste, et qui instruit l'homme au sujet de Dieu, du Ciel et de l'Eglise, de la vie éternelle, et autres choses semblables? De là, qui est-ce qui ne peut voir que chacune des expressions y signifie des spirituels qui appartiennent au Ciel et à l'Église, non-seulement le nom des terres avec lesquelles se faisaient les négoces, mais aussi chacune des marchandises; quant à ce que signifie chaque chose dans le sens spirituel, il serait prolixe de l'exposer ici; il suffit qu'on sache que les négoces y signifient les acquisitions et les communications des connaissances du vrai et du bien, et que les marchandises signifient ces connaissances, qui sont de plusieurs espèces. Que ces choses soient signifiées, on le voit clairement par ces paroles dans Ézéchiel : « Dans ta sagesse et dans ton intelligence tu t'étais fait des richesses, et tu avais amassé de l'or et de l'argent dans tes trésors; par la multiplication de ta sagesse dans ton commerce tu avais multiplié tes richesses. » — XXVIII. 4,5 ; — ces choses ont été dites du prince de Tyr, par lequel sont entendues les connaissances du vrai d'après la Parole, lesquelles donnent l'intelligence et la sagesse; et comme ces mêmes connaissances sont signifiées par les richesses, et leur acquisition par le commerce, c'est pour cela qu'il est dit « par la multiplication de ta sagesse dans ton commerce tu avais multiplié tes richesses. » D'après ces explications, on peut voir d'où vient que « le Seigneur a comparé le royaume des deux à un commerçant qui cherche de belles perles, lequel ayant trouvé une perle très-précieuse s'en est allé vendre tout ce qu'il avait, et l'a achetée, » — Matth. XIII. 45, 46; — par les perles sont signifiées les connaissances, et aussi les vrais eux-mêmes; et par une perle très-précieuse est signifiée la connaissance du Seigneur; par vendre tout ce qu'il avait, il est signifié se défaire de toutes les choses qui appartiennent au propre amour, et par l'acheter il est signifié acquérir pour soi ce Divin Vrai. La même chose est entendue par « le trésor caché dans le champ qu'un homme ayant trouvé cacha; et, dans sa joie, il s'en alla et vendit tout ce qu'il avait, et acheta le champ, » — Matth. XIII. 44 — par le trésor est signifié le Divin Vrai qui est dans la Parole, et par le champ il est signifié l'Église et sa doctrine, et par vendre tout ce qu'il a et acheter le champ, il est signifié ici, comme ci-dessus, se défaire de ses propres et acquérir pour soi le Divin Vrai qui est dans l'Église du Seigneur. Comme le commerce signifiait l'acquisition et la possession des vérités, c'est pour cela que le Seigneur a parlé par parabole « d'un homme qui, s'en allant au loin, donna à ses serviteurs des talents pour les faire valoir et en tirer profit, » — Matth. XXV. 14 à 30; — et « d'un autre qui donna à ses serviteurs dix mines pour qu'ils en fissent commerce, » — Luc, XIX. 12 à 26. — De semblables choses sont signifiées ailleurs dans la Parole par commercer, par les commerces et par les commerçants; puis aussi dans le sens opposé, dans lequel par ces expressions sont signifiées les réceptions et les appropriations des faux ; comme dans — Ésaïe, XLVIII. 15. Ézéch. XVI. 3. Nah. III. 14. Apoc. XVIII. 3, 11 à 24. — Par suite l'Église, où il y a de telles choses, est appelée « Terre de commerce,» — Ézéch. XVI. 29. XXI. 35,36. XXIX. 14. En outre, par vendre et par être vendu, il est signifié détourner des vrais et en être détourné, et au lieu des vrais accepter des faux et être captivé par eux, — Ésaïe, L. 1. LII. 3. Ézéch. XXX. 12. Joël, IV. 6, 7. Nah. III. 4. Zachar. XIII. 5. Ps. XLIV. 12,13, 14. Deutér. XXXII. 3. — D'après ces explications, on peut voir ce qui est proprement signifié par être racheté et par la rédemption, quand il s'agit du Seigneur, comme dans Ésaïe : « Gratis vous avez été vendus, et sans argent vous serez rachetés. » — LII. 3 ; — et dans beaucoup d'endroits ailleurs.
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