| Apocalypse Expliquée 618. Et amer il sera pour ton ventre, signifie qu'elle serait désagréable intérieurement, parce qu'elle était adultérée extérieurement : on le voit par la signification de l'amer ou de l'amertume, en ce que c'est être désagréable à cause du vrai adultéré, ainsi qu'il va être montré ; et par la signification du ventre, en ce que c'est intérieurement; si le ventre signifie intérieurement, c'est parce qu'il est dit ensuite que dans la bouche il serait doux comme du miel, et que par la bouche il est entendu extérieurement, car ce qui est pris par la bouche, mangé et envoyé dans le ventre, va de l'extérieur à l'intérieur, puisque cela entre dans les entrailles de l'homme ; mais il sera parlé de la signification du ventre dans ce qui suit. Si l'Amer et l'amertume signifient ce qui est désagréable à cause du vrai adultéré, et si par suite causer de l'amertume signifie rendre désagréable, c'est parce que le doux devient amer et par suite désagréable par un mélange avec quelque chose d'infect, de là vient l'amertume de l'absinthe, du fiel, de la myrrhe; maintenant, puisque le doux signifie l'agréable provenant du bien du vrai et du vrai du bien, l'amer signifie le désagréable provenant du vrai adultéré : le désagréable qui en provient n'est ni perçu ni senti comme amer par l'homme dans le Monde naturel, mais il l'est par l'esprit et par l'Ange dans le Monde spirituel ; car tout bien du vrai adultéré, lorsqu'il se change en saveur chez eux, est senti comme amer; en effet, les esprits et les Anges ont le goût de même que les hommes, niais le goût des esprits et des Anges est d'origine spirituelle, tandis que le goût des hommes est d'origine naturelle; le goût de l'amer pour les esprits vient du vrai du bien adultéré, tandis que le goût de l'amer pour les hommes vient du mélange du doux et de l'infect ; Jean eut la sensation de l'amer d'origine spirituelle, car il était en esprit; autrement, il n'aurait pas pu manger le petit livre. Par le vrai adultéré est signifié le vrai du bien, appliqué au mal et mêlé au faux de ce mal, ce qui arrive quand les vrais du sens de la lettre de la Parole sont appliqués aux amours corrompus, et ainsi mêlés aux maux. C'est ce désagréable qui est signifié ici par l'amertume du ventre. II sera dit aussi en peu de, mots ce qui est signifié par intérieurement dans la Parole, c'est-à-dire, par les intérieurs de la Parole; les intérieurs de la Parole sont les vrais que contient son sens interne ou spirituel, ces vrais sont des vrais réels; à ces vrais correspondent les vrais extérieurs de la Parole, c'est-à- dire, ceux que contient son sens externe ou naturel, qui est appelé sens de la lettre et sens littéral ; quand les extérieurs de la Parole ou les vrais de la Parole dans le sens de la lettre «ou sens littéral sont falsifiés et adultérés, alors les vrais intérieurs de la Parole ont été falsifiés et adultérés; lors donc que l'homme applique la Parole dans le sens de la lettre aux maux des amours terrestres," cela der vient désagréable pour les Anges qui sont dans le sens interne ou spirituel de la Parole, et ce désagréable est comme le désagréable de l'amer : d'après ces explications, on peut voir que par le petit livre qui sera amer pour le ventre, il est signifié que la Parole serait désagréable intérieurement. Toutefois, le désagréable dont il vient d'être question est le désagréable spirituel, mais le désagréable spirituel-naturel, qui est entendu aussi ici par cette amertume, consiste en ce que le vrai de la doctrine, qui est intérieurement recueilli du sens de la lettre de la Parole, appelé sens-littéral, devient désagréable pour ceux qui sont dans les faux du mal; car il s'agit de l'entendement de la Parole par les hommes de l'Église à sa fin, quand la plupart sont dans les faux d'après le mal, et alors les faux du mal confirmés d'après le sens de la lettre de la Parole leur sont agréables, tandis que-lés vrais confirmés d'après le sens de la lettre de la Parole leur sont désagréables; cela est aussi signifié par le petit livre qui fut amer pour le ventre, et doux comme du miel dans la bouche. Que l'amer signifie le vrai du bien adultéré, on peut aussi le voir d'après la Parole, où l'amer est mentionné; par exemple, d'après les passages suivants; dans Ësaïe : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui mettent les ténèbres pour lumière, et la lumière pour ténèbres, qui mettent l'amer pour doux, et le doux pour amer ! Malheur aux héros pour boire le vin, et aux hommes de vigueur pour mêler la cervoise! » — V. 20, 22;—que le bien et le vrai adultérés soient signifiés ici par l'amer, cela est évident, car il est dit « malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui mettent les ténèbres pour lumière et la lumière pour ténèbres ! » ce qui signifie l'adultération du bien et la falsification du vrai ; car le bien est adultéré quand le bien est appelé mal et quand le mal est appelé bien, et le vrai est falsifié quand les ténèbres sont mises pour lumière, et quand la lumière est mise pour ténèbres; les ténèbres sont les faux, et la lumière les vrais : d'après cela, il est évident que de semblables choses sont signifiées par mettre l'amer pour doux et le doux pour amer; une semblable chose est aussi signifiée par « malheur aux héros pour boire le vin, et aux hommes de vigueur pour mêler la cervoise ! » par les héros pour boire le vin sont signifiés ceux qui adultèrent le vrai de la Parole, et par les hommes de vigueur pommeler la cervoise sont signifiés ceux qui le falsifient ; le vin et la cervoise sont les vrais de la Parole, les héros et les hommes de vigueur sont ceux qui excellent en génie et en adresse pour les adultérer. Dans le Même : « Usera dans l'affliction, le moût; il languira, le cep ; ils gémiront, tous les joyeux de cœur; avec le chant ils ne boiront pas le vin; amère sera la cervoise pour ceux qui la boivent. » — XXIV. 7, 9; — par le moût qui sera dans l'affliction, et par le cep qui languira, il est signifié le vrai de la Parole et de l'Église, qui a été détruit, le moût signifie le vrai de la Parole, et le cep le vrai de la doctrine de l'Église; par « ils gémiront, tous les joyeux de cœur ; avec le chant ils ne boiront pas le vin, » il est signifié que la béatitude interne du mental et la félicité interne du cœur périront, parce que le vrai du bien spirituel sera perdu; « amère sera la cervoise pour ceux qui la boivent, » signifie le vrai du bien devenu désagréable à causé de sa falsification et de son adultération. Dans Moïse : « Les eaux de Marah, que les fils d'Israël ne pouvaient^ boire à cause de leur amertume, devinrent saines par le bois qui y fut jeté. »—Exod. XV. 23, 24, 25; — les eaux de Marah, qu'ils ne pouvaient boire à cause1 de leur amertume, représentaient les vrais adultérés, car les eaux signifient les vrais, et l'amertume l'adultération; « elles devinrent saines par le bois qui y fut jeté, » cela représentait le bien de l'amour et de la vie, dissipant le faux et ouvrant le vrai, et ainsi rétablissant, car tout vrai est adultéré par le mal de la vie et de l'amour; c'est pourquoi, par le bien de l'amour et de la vie il est ouvert et rétabli, et cela, parce que tout vrai appartient au bien, et que le bien de l'amour est comme un feu d'après lequel le vrai apparaît dans la lumière. La même chose est signifiée par « le potage, dans lequel les fils des prophètes avaient jeté des coloquintes ou des raisins sauvages amers, qu'Elisée rendit sain en y jetant de la farine. » — II Rois, IV. 38 à 41 ; — par le potage, dans lequel on avait mis des coloquintes amères, est signifiée la Parole falsifiée; et par la farine, qui le rendit sain, est signifié le vrai d'après le bien, car le vrai qui provient du bien dissipe les faux qui ont produit la falsification. Comme les fils de Jacob Avaient perverti tous les vrais de la Parole, et qu'ils les avaient falsifiés et adultérés par l'application à eux-mêmes et aux amours terrestres, c'est pour cela qu'il est dit d'eux dans le cantique de Moïse, « du cep de Sodome leur cep, et des champs de Gomorrhe; et leurs raisins, raisins de fiel, et grappes d'amertume à eux. » — Deutér. XXXII. 32; — par le cep il est signifié l'Église quant au vrai, par conséquent aussi le vrai de l'Église ; par les raisins sont signifiés les biens qui en proviennent, lesquels sont les biens de la charité, et par les grappes les biens de la foi; de là, il est évident que par grappes d'amertume sont signifiés les biens de la foi adultérés. Dans le Môme, il est dit « que des eaux maudites seraient données à l'épouse accusée d'adultère par son mari ; que si elle était coupable, ces eaux se changeraient en elle en amertumes, et qu'enflerait son ventre, et que tomberait sa cuisse. » — Nomb. V. 12 à 29;—par le mariage de l'homme avec une épouse est signifié le mariage du vrai et du bien, puisque l'amour vraiment conjugal descend de ce mariage spirituel ; de là, par l'adultère est signifiée la conjonction du faux et du mal; c'est pour cela que, si l'épouse était coupable, les eaux se changeaient en amertumes, ce qui signifie l'adultération du bien ; et comme le ventre signifiait l'amour conjugal, de même que l'utérus, et aussi la cuisse, voilà pourquoi le ventre enflait et la cuisse tombait, ce qui, dans le sens spirituel, signifie qu'il y avait destruction du conjugal, ou de l'amour même conjugal spirituel et naturel; l'utérus ou le ventre signifie cet amour spirituel, et la cuisse le même amour naturel. D'après ces explications, on peut voir que par l'amer et l'amertume, en général, il est signifié la falsification et l'adultération du vrai et du bien, et que les diverses espèces de falsification et d'adultération sont signifiées par le fiel, l'absinthe, la myrrhe, les raisins sauvages, les coloquintes, et plusieurs autres choses.
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