| Apocalypse Expliquée 580. Et leur pouvoir dans leur bouche était, signifie que les pensées sensuelles et par suite les raisonnements avaient pour eux beaucoup de force : on le voit par la signification de leur pouvoir, en ce que c'est avoir de la force, ici beaucoup de force; et par la signification de la bouche, en ce que c'est la pensée sensuelle et par suite le raisonnement; en effet, par la bouche, et par les choses qui appartiennent à la bouche, sont signifiées celles qui appartiennent à l'entendement et par suite à la pensée et au langage, parce que celles-ci correspondent à la bouche ; car tous les organes, qui d'un seul mot sont appelés bouche, comme le larynx, la glotte, le gosier, la langue, la bouche, les lèvres, sont des organes au service de l'entendement pour renonciation et l'élocution; de là vient que par la bouche il est signifié la pensée et par suite le raisonnement : mais comme la pensée de l'homme est intérieure et extérieure, à savoir, spirituelle, naturelle et sensuelle, c'est pour cela que par la bouche est signifiée la pensée qui est chez l'homme dont il est question, ici la pensée sensuelle, parce qu'il s'agit de l'homme devenu sensuel par les faux du mal : la pensée sensuelle est la pensée la plus basse de toutes, et elle est matérielle et corporelle; dans cette pensée sont tous ceux qui sont dans les maux quant à la vie et par suite dans les faux quant à la doctrine, quoiqu'ils soient estimés savants et érudits, et aussi quoiqu'ils puissent ajuster convenablement les faux dans une agréable série, et les embellir par un discours élégant et éloquent. Que la bouche d'après la correspondance, ainsi dans le sens spirituel, signifie la pensée, et dans le sens naturel, renonciation, on peut le voir par les passages suivants; dans David : « La bouche du juste médite la sagesse. » — Ps. XXXVII. 30 ; — là, par la bouche est signifiée la pensée d'après l'affection, car l'homme médite la sagesse d'après cette pensée, et non d'après la bouche ni d'après le langage de la bouche. Dans Luc : « Jésus dit : Moi, je vous donnerai une bouche et une sagesse, à laquelle ils ne pourront pas s'opposer. » — XXI. 15 ; — la bouche est là pour le langage d'après l'entendement, ainsi pour la pensée d'après laquelle l'homme parle. Dans Matthieu : « Ce qui entre dans la bouche ne souille point l'homme, mais ce qui sort de la bouche, cela souille l'homme : ce qui entre dans la bouche dans le ventre s'en va, et dans les latrines est jeté; mais les choses qui sortent de la bouche, du cœur elles sortent; du cœur sortent pensées mauvaises, meurtres, adultères, fornications, vols, faux témoignages, blasphèmes, » — XV. 11, 17, 18, 19; — dans le sens de la lettre, par les choses qui entrent dans la bouche sont entendus les aliments de tout genre, qui après l'usage dans le corps s'en vont par le ventre dans des latrines ; mais dans le sens spirituel par les choses qui entrent dans la bouche sont signifiées toutes celles qui entrent d'après la mémoire et aussi d'après le monde dans la pensée; ces choses correspondent aussi aux aliments, et celles qui entrent dans la pensée et non en même temps dans la volonté ne souillent point l'homme, car la mémoire et la pensée d'après la mémoire sont pour l'homme seulement comme une entrée vers lui, puisque la volonté est l'homme lui-même; les choses qui entrent seulement dans la pensée et ne vont pas plus avant sont comme rejetées par le ventre dans des latrines; le ventre d'après la correspondance signifie le monde des esprits, d'où les pensées influent chez l'homme, et les latrines signifient l'enfer; il faut qu'on sache que l'homme ne peut pas être purifié des maux ni des faux du mal, si les choses immondes qui sont chez lui ne s'élèvent pas jusque dans sa pensée, et n'y sont pas vues, reconnues, discernées et rejetées : d'après ces explications, il est évident que dans le sens spirituel ce qui entre dans la bouche signifie ce qui entre dans la pensée d'après la mémoire et d'après le monde, mais que ce qui sort de la bouche signifie dans le sens spirituel la pensée d'après la volonté ou d'après l'amour; car par le cœur, d'où cela sort dans la bouche et de la bouche, il est signifié la volonté et l'amour de l'homme; et comme l'amour et la volonté font tout l'homme, car l'homme est tel qu'est son amour, il en résulte que ce qui sort de là dans la bouche et de la bouche souille l'homme; que ce soient les maux de tout genre, on le voit d'après les maux énumérés dans ce passage. Ainsi est entendue dans les Cieux cette parole du Seigneur. Que le cœur signifie la volonté et l'amour, on le voit ci-dessus, N° 167. Dans Ésaïe : « Vers moi vola l'un des Séraphins, ayant dans sa main un charbon de l'autel; et il toucha ma bouche et dit : Voici, ceci a touché les lèvres; c'est pourquoi est écartée ton iniquité, et ton péché est expié. »— VI. 6,7; — l'un des Séraphins toucha avec un charbon pris sur l'autel la bouche et les lèvres du prophète, cela signifie sa purification intérieure qui concerne l'entendement et la volonté, et par suite son inauguration dans la fonction d'enseigner; par le charbon pris sur l'autel est signifié le Divin amour d'où procède toute purification; et par la bouche et les lèvres il est signifié la pensée et l'affection, ou ce qui est la même chose l'entendement et la volonté, lesquels étant purifiés, l'homme est éloigné de l'iniquité et du péché, aussi est-il dit « c'est pourquoi est écartée ton iniquité, et ton péché est expié; » que l'iniquité ne soit pas écartée par un charbon approché de la bouche et des lèvres, c'est ce que chacun peut voir. Que les choses qui appartiennent à la bouche correspondent aux intellectuels, parce que la voix et le langage en procèdent, on le voit dans les arcanes célestes, N°s 8068, 9384. De la bouche et du cœur, c'est de l'entendement et de la volonté, ibid., N°s 3313, 8068.
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