| Apocalypse Expliquée 236. Parce que tu dis : Riche je suis et me suis enrichi, et de rien n'ai besoin, signifie leur foi, en ce qu'ils croient être plus que les autres dans les vrais : on le voit par la signification de dire, en ce que ce mot enveloppe ce qui est cru par eux, et comme il s'agit ici de ceux qui sont dans la foi seule, c'est pour cela que dire signifie leur foi ; de plus, dans le sens spirituel, dire signifie penser, parce que ce qui est dit sort de la pensée, or la pensée est spirituelle parce qu'elle appartient à l'esprit de l'homme, la diction et le langage qui en procèdent sont naturels parce qu'ils appartiennent au corps, d'où il résulte que dire, dans la Parole, signifie plusieurs choses ; par la signification d'être riche, en ce que c'est posséder les connaissances du vrai et du bien, et par suite être intelligent et sage, ainsi qu'il va être expliqué; et par la signification de s'être enrichi, et de n'avoir besoin de rien, en ce que c'est savoir toutes choses sans aucune exception. Que ceux qui sont dans la doctrine de la foi seule et de la justification par cette foi, soient tels ou croient être plus que les autres dans les vrais, c'est ce qu'ignorent ceux qui ne sont pas dans cette foi, quoiqu'ils soient parmi eux ; mais que cependant ils soient tels, il m'a été donné de le savoir par de nombreuses expériences : Je me suis entretenu avec plusieurs qui, dans le monde, s'étaient crus plus intelligents et plus sages que les autres, parce qu'ils avaient su, concernant la foi seule et la justification par celte foi, un plus grand nombre de choses, — et à la vérité des choses que les hommes simples n'ont point sues, — que même ils appelaient intérieurs et arcanes de la doctrine ; ils avaient cru savoir et comprendre toutes choses sans aucune exception ; parmi eux il y en avait un grand nombre qui avaient écrit sur la foi seule et sur la justification par cette foi ; mais il leur fut montré qu'ils ne savaient rien du vrai, et que ceux qui avaient vécu la vie de la foi, qui est la charité, et n'avaient pas compris la justification par la foi seule, étaient plus intelligents et plus sages qu'eux ; il leur fut montré aussi que les choses qu'ils avaient sues sont non des vrais mais des faux, et que savoir et penser les faux, c'est n'être ni intelligent ni sage, puisque l'intelligence appartient au vrai, et que la sagesse appartient à la vie qui procède du vrai ; la raison en fut même dévoilée, c'est qu'ils n'avaient été dans aucune affection spirituelle du vrai, mais seulement dans l'affection naturelle de savoir les choses que les chefs ont dites, quelques-uns en vue des fonctions, quelques autres en vue d'une renommée d'érudition, et ceux qui sont dans cette affection naturelle et non dans l'affection spirituelle, croient tout savoir quand ils savent ces choses, et plus encore ceux qui les ont confirmées par le sens de la lettre de la Parole, et se sont, par les illusions de la raison, empressés de les lier avec les autres faux. Il sera dit aussi quelque chose d'eux d'après l'expérience : Des Esprits qui, pendant qu'ils vivaient hommes dans le monde, avaient alors passé pour Érudits, furent examinés afin de connaître s'ils savaient ce que c'est que la foi spirituelle; ils dirent qu'ils le savaient; en conséquence, ils furent envoyés vers ceux qui avaient été dans cette foi, et la communication avec eux leur ayant été donnée, ils perçurent qu'ils n'avaient point eu la foi, et n'avaient point su ce que c'est que la foi : on leur dit alors : Que croyez-vous maintenant au sujet de la foi seule, sur laquelle est fondée toute la doctrine de votre Église? mais ils devinrent tout confus et gardèrent le silence. Il y en eut aussi, d'entre les docteurs de l'Église, plusieurs qui furent interrogés sur la Régénération; on leur demanda s'ils savaient ce que c'est; ils répondirent qu'ils savaient que c'est le Baptême, puisque le Seigneur dit que si quelqu'un ne naît d'eau et d'esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu; mais lorsqu'on leur eût montré que le Baptême n'est pas la régénération, et que par l'eau et l'esprit il est entendu les vrais et la vie selon les vrais, et que personne ne peut entrer dans le Ciel, à moins qu'il n'ait été régénéré par les vrais et par la vie, ils se retirèrent en avouant leur ignorance. En outre, lorsqu'ils étaient interrogés au sujet des Anges, du Ciel, de l'Enfer, de la vie de l'homme après la mort, et de plusieurs autres choses, ils ne savaient rien, et toutes ces choses étaient comme un brouillard dans leurs mentals, aussi avouaient-ils qu'à la vérité ils avaient cru savoir tout, mais que maintenant ils connaissaient qu'ils savaient à peine quelque chose ; par savoir quelque chose il est entendu, dans le monde spirituel, savoir quelque chose du vrai ; mais savoir les faux, ce n'est pas savoir, parce que c'est n'avoir ni intelligence ni sagesse : ensuite il leur fut dit que c'est là ce qui est entendu par les paroles du Seigneur : « Parce que tu dis : Riche je suis et me suis enrichi, et tu ne sais pas que tu es ruiné, et misérable et pauvre, et aveugle et nu. » Que le riche, dans la Parole, signifie ceux qui sont dans les vrais, c'est parce que les richesses spirituelles ne sont autre chose que les vrais; de là aussi, dans la Parole, les richesses signifient les connaissances du vrai et du bien, et les riches, ceux qui sont dans l'intelligence par ces connaissances ; comme on peut le voir par les passages suivants ; dans Ézéchiel : « Dans ta sagesse et dans ton intelligence tu t'étais fait des richesses, de l'or et de l'argent dans tes trésors; par la multitude de ta sagesse, tu as multiplié tes richesses. » — XXVIII. 4, 5; — ces paroles ont été dites au prince de Tyr ; par lui, dans le sens spirituel, il est entendu ceux qui sont dans les connaissances du vrai ; par les richesses, ces connaissances elles-mêmes en général ; par l'or dans les trésors, les connaissances du bien ; et par l'argent dans les trésors, les connaissances du vrai; que par ces choses il soit signifié les connaissances, cela est évident, car il est dit : « Dans ta sagesse et dans ton intelligence tu t'étais fait des richesses, et par la multitude de ta sagesse tu as multiplié tes richesses ; » si par le prince de Tyr il est entendu ceux qui sont dans les connaissances du vrai, c'est parce que le Prince signifie les principaux vrais, Nos 1482, 2089, 5044; et Tyr, les connaissances du vrai, N° 1201: que les trésors signifient les possessions des connaissances, on le voit, Nos 1694, 4508, 10227; et que l'or signifie le bien, et l'argent le vrai, on le voit, N°s 1551, 1552, 2954, 5658. Dans Zacharie : « Tyr a amassé de l'argent comme de la poussière, et de l'or comme de la boue des rues; voici, le Seigneur t'appauvrira, et il renversera dans la mer ses richesse?. » — IX. 3,4; — là aussi, Tyr signifie ceux qui acquièrent pour eux des connaissances, qui sont l'argent, l'or et les richesses. Dans David: « La fille de Tyr t'apportera un présent, fille de Roi; ils supplieront tes faces les riches du peuple. » — Ps. XLV. 13 ; — là est décrite l'Eglise, quant à l'affection du vrai, qui est entendue par « fille de Roi, » car la fille est l'Église quant à l'affection, Nos 2362, 3963, 6729, 9059; et le Roi est le vrai, Nos 1672, 2015, 2069, 3670, 4575, 4581, 4966, 6148; c'est pour cela qu'il est dit que la fille de Tyr apportera un présent, et que les riches du peuple supplieront ses faces ; les riches du peuple sont ceux qui ont des vrais en abondance. Dans Hosée : « Éphraïm a dit : Certes, je me suis enrichi, j'ai trouvé des richesses pour moi; tous mes travaux ne me trouveront pas une iniquité qui (soit) un péché ; mais je parlerai encore aux prophètes, et la vision je multiplierai. » — XII. 9, 11 ; — par « je me suis enrichi et j'ai trouvé des richesses pour moi, » il est entendu qu'il s'est enrichi non par des richesses ni par une opulence mondaines, mais par des richesses et une opulence célestes, qui sont les connaissances du vrai et du bien; car par Éphraïm est entendu l'intellectuel de ceux qui sont de l'Église, intellectuel qui est illustré quand on lit la Parole, Nos 5354, 6222, 6238, 6267 ; c'est de là qu'il est dit «je parlerai encore aux prophètes, et la vision je multiplierai, » par les prophètes sont signifiés les vrais de la doctrine, et pareillement par la vision. Dans Jérémie : « Moi, Jéhovah, qui donne à chacun selon ses chemins, selon les fruits de ses œuvres; comme une perdrix qui amasse mais n'enfante pas (est) celui qui fait des richesses, mais non avec jugement ; au milieu de ses jours il les laissera, à la fin de ses jours il deviendra insensé. » — XVII. 10,11 ; — il s'agit là de ceux qui acquièrent pour eux des connaissances sans avoir pour but d'autre usage que de savoir, lorsque cependant c'est à la vie qu'elles doivent être utiles ; cela est entendu par « amasser comme une perdrix et ne pas enfanter, »et par « faire des richesses, mais non avec jugement, » et en ce que « à la fin de ses jours il deviendra insensé ; » et comme les connaissances du vrai et du bien doivent être utiles à la vie, car c'est par elles que la vie est perfectionnée, c'est pour cela qu'il est dit que Jéhovah donne à chacun selon ses chemins et selon les fruits de ses œuvres. Dans Luc : » Quiconque d'entre vous ne renonce pas à toutes ses possessions ne peut être mon disciple, » —XIV. 33 ;—celui qui ne sait pas que les possessions dans la Parole sont les richesses et l'opulence spirituelles, qui sont les connaissances d'après la Parole, ne peut savoir autre chose, sinon qu'il doit se priver de toutes les richesses afin de pouvoir être sauvé, lorsque cependant ce n'est pas là le sens de ces paroles; mais par les possessions il y est entendu toutes les choses qui viennent de la propre intelligence, car on ne peut être sage que par le Seigneur, et on ne le peut par soi-même ; renoncer à toutes ses possessions, c'est donc ne s'attribuer à soi-même rien de ce qui appartient à l'intelligence et à la sagesse, et celui qui ne fait pas cela ne peut être instruit par le Seigneur, c'est-à-dire, être son disciple. Ceux qui ne savent pas que par les riches sont entendus ceux qui possèdent les connaissances du vrai et du bien, ainsi ceux qui ont la Parole, et que par les pauvres sont entendus, ceux qui ne les possèdent pas mais cependant les désirent, ne peuvent savoir autre chose, sinon que par le riche qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et par le pauvre qui était étendu sur le vestibule du riche. — Luc, XVI,— il est entendu le riche et le pauvre dans le sens ordinaire; et cependant, par le riche il y est entendu la Nation Juive qui avait la Parole dans laquelle sont toutes les connaissances du vrai et du bien ; par la pourpre, dont il était vêtu, le bien réel, N° 9467; et par le fin lin, le vrai réel, Nos 5319, 9469, 9596, 9744 ; et par le pauvre, étendu sur le vestibule du riche, les nations qui étaient hors de l'Église et n'avaient pas la Parole, et qui cependant désiraient les vrais et les biens du Ciel et de l'Église; de là encore il est évident que par les riches sont entendus ceux qui ont la Parole, et par conséquent les connaissances du vrai et du bien, puisque ces connaissances sont dans la Parole : comme aussi dans le Prophétique d'Elisabeth dans Luc : « Dieu a rempli de biens les affamés, et les riches il a renvoyé à vide. » — I. 53 ; — les affamés sont ceux qui désirent les connaissances, tels qu'étaient les Gentils qui acceptaient le Seigneur et la doctrine qui venait du Seigneur ; et les riches sont ceux qui ont les connaissances, parce qu'ils ont la Parole, tels qu'étaient les Juifs, mais qui cependant ne voulaient pas connaître les vrais d'après la Parole, aussi n'acceptaient-ils ni le Seigneur ni la doctrine qui venait de Lui ; ceux-ci sont les riches qui ont été renvoyés à vide, mais les Gentils sont les affamés qui ont été remplis de biens.
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