| Apocalypse Expliquée 187. Sois vigilant, signifie afin qu'ils acquièrent pour eux la vie : on le voit par la signification d'être en veille, en ce que c'est être dans la vie spirituelle; mais ici, comme il s'agit de ceux qui sont dans une vie morale et non encore dans la vie spirituelle, sois vigilant signifie afin qu'ils acquièrent pour eux la vie spirituelle; si être en veille et être vigilant signifie cette vie, c'est que la vie spirituelle est à la vie morale sans la vie spirituelle, comme la veille est au sommeil, ou comme la lumière de midi est au soir, et même comme la lumière de midi est aux ténèbres : mais, qu'il en soit ainsi, c'est ce que ne savent ni ne perçoivent ceux qui sont dans la seule vie naturelle, ni ceux qui sont dans la vie morale sans la vie spirituelle, car cette vie morale est aussi une vie naturelle; s'ils ne le savent ni ne le perçoivent, c'est parce qu'ils ne sont que dans la lueur naturelle, et que cette lueur est respectivement à la lumière spirituelle, comme les ténèbres du soir sont à la lumière de midi ; et les ténèbres du soir leur paraissent comme une lumière, car leur vue intérieure , qui appartient à la pensée, a été formée pour ces ténèbres, absolument comme la vue des hiboux, des chauves-souris et des autres oiseaux qui volent la nuit, a été formée pour les ombres; de là vient qu'ils croient être dans la lumière, parce qu'ils peuvent raisonner, tandis que cependant ils sont dans les ténèbres ; qu'il en soit ainsi, on le voit clairement par de semblables hommes après la mort lorsqu'ils deviennent esprits ; quand alors ils sont avec ceux qui leur ressemblent, ils croient être dans la lumière, non-seulement parce qu'ils voient tout ce qui est autour d'eux, mais aussi parce qu'ils peuvent penser et parler sur toute sorte de sujets ; cependant lorsque la lumière du Ciel influe chez eux, leur lumière est changée en ténèbres, et ils deviennent tellement aveugles quant à l'entendement, qu'ils ne peuvent rien penser; quand les Anges, qui sont dans les Cieux, abaissent leurs regards sur ceux qui sont dans une telle lumière, ils ne voient non plus là que de pures ténèbres. Que la vie spirituelle, respectivement à la vie morale sans la vie spirituelle, soit comme la veille est au sommeil, c'est encore ce qu'on peut voir, en ce que ceux qui sont dans la vie spirituelle ont une sagesse et une intelligence Angéliques, qui ne peuvent être qu'incompréhensibles et inexprimables pour ceux qui sont dans la seule lueur naturelle, et cela non-seulement pour ces hommes quand ils vivent dans le monde, mais encore quand après la mort ils deviennent esprits ; or l'intelligence et la sagesse constituent la veille. D'après ces explications, on peut maintenant voir que par sois vigilant, il est signifié ici afin qu'ils acquièrent pour eux la vie spirituelle. La même chose est signifiée par veiller dans les passages qui suivent; dans Matthieu : « Veillez donc, parce que vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur doit venir. »— XXIV. 42. —Dans Marc : « Veillez, car vous ne savez pas quand le Seigneur de la maison viendra; au soir, ou à minuit, ou au chant du coq; de peur que venant tout à coup il ne vous trouve endormis : ce que je vous dis, à tous je le dis : Veillez. » — XIII. 35, 36, 37 ; — celui qui ne sait pas le sens interne de la Parole, croira que le jugement dernier est entendu par ces paroles, et que chacun doit être prêt pour ce jugement; mais par ces paroles est entendu l'état de l'homme quant à l'amour et à la foi lorsqu'il meurt, car c'est alors aussi le jugement pour lui ; le soir, la nuit et le chant du coq signifient ces états; le soir, l'état quand cessent la foi et la charité, c'est-à-dire, lorsque l'homme a acquis la faculté de juger par lui-même, et qu'il étouffe la foi et la charité qu'il a puisées dans l'enfance ; la nuit est l'état quand il n'y a aucune foi ni aucune charité; le chant du coq ou le point du jour est l'état quand la foi et la charité commencent, c'est-à-dire, quand l'homme aime les vrais et la réformation par les vrais ; l'état dans lequel l'homme meurt est celui dans lequel il reste et selon lequel il est jugé : par là on voit ce qui est entendu par « veillez, de peur que le Seigneur, venant tout à coup, ne vous trouve endormis ; ce que je vous dis, à tous je le dis : Veillez, » à savoir, que par veiller il est entendu recevoir la vie qui procède du Seigneur, c'est-à-dire, la vie spirituelle, et que par dormir il est entendu mener une vie naturelle sans la vie spirituelle. Que le Soir signifie l'état quand cessent la foi et la charité, on le voit N°s 3056, 3197, 3833, 8431, 10134, 10135; voir aussi que la Nuit est l'état quand il n'y a aucune foi ni aucune charité, Nos 221, 709, 2353, 6000, 7870, 7947 ; et que le Point du jour avant le matin, ou le Chant du coq, signifie l'état quand la foi et la charité commencent, N° 10134. Dans Luc : « Heureux ces serviteurs que le Seigneur, quand il viendra, trouvera veillants ! en vérité, je vous dis qu'il se ceindra, et les fera mettre à table, et que s'approchant il les servira. Soyez prêts, parce qu'à l'heure que vous ne pensez point, le Fils de l'homme viendra.» —XII. 37, 40; — ici aussi, par veillants sont entendus ceux qui sont spirituellement en veille ; ce sont ceux qui reçoivent la vie spirituelle qui procède du Seigneur, car ceux-ci viennent dans la lumière de l'intelligence et de la sagesse touchant les Divins vrais, mais ceux qui ne la reçoivent pas restent dans l'ombre et dans l'obscurité touchant ces vrais, c'est pourquoi ces derniers sont dans le sommeil, tandis que les premiers sont dans la veille; se ceindre, les faire mettre à table et s'approcher pour les servir, signifie leur communiquer les biens du Ciel, qui tous procèdent du Seigneur. Dans Matthieu : « Semblable est le Royaume des cieux à dix Vierges; cinq étaient prudentes, et cinq insensées : le Fiancé tardant à venir, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent ; mais le Fiancé venant, elles se réveillèrent toutes et préparèrent leurs lampes; et lorsque les insensées, qui n'avaient point d'huile dans leurs lampes, vinrent et dirent : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous; le Seigneur répondit, je vous dis : Je ne vous connais point. Veillez donc, parce que vous ne savez pas le jour ni l'heure, où le Fils de l'homme vient. »—XXV. 1 à 13; — par les dix Vierges sont entendus tous ceux qui sont de l'Église; par cinq sont entendus quelques-uns d'eux, c'est là ce que signifient ces nombres; par les lampes sont signifiées les choses qui appartiennent à la foi ; par l'huile, celles qui appartiennent à l'amour; de là, par les cinq vierges prudentes sont entendus ceux qui sont dans l'amour et par suite dans la foi, et par les cinq insensées, ceux qui ne sont dans aucun amour mais dans la foi seule; comme ceux-ci ne sont dans aucune vie spirituelle, car la vie spirituelle appartient à ceux qui sont dans l'amour et la charité, puisque ce sont eux qui sont dans la foi, il leur est dit en conséquence, parce qu'ils ont été exclus du Ciel, « je vous dis : Je ne vous connais point; » de là, on voit clairement ce qui est signifié par « veillez donc, parce que vous ne savez pas le jour ni l'heure, où le Fils de l'homme vient, » c'est-à-dire, afin de recevoir la vie spirituelle qui appartient à ceux qui sont dans l'amour et par suite dans la foi : mais ou peut voir ce passage plus amplement expliqué dans les ARCANES CELESTES, Nos 4635 à 4638. Dans Luc : « Veillez donc, en tout temps priant, afin que vous soyez trouvés dignes d'échapper à toutes ces choses qui doivent arriver, et que vous subsistiez devant le Fils de l'homme. »— XXI. 36; — ici aussi veiller, c'est recevoir la vie spirituelle; prier en tout temps, c'est se préparer. Dans l'Apocalypse : « Voici, je viens comme un voleur; heureux celui qui veille et garde ses vêtements, afin que nu il ne marche point! » — XVI. 15 ; —qu'ici veiller signifie recevoir la vie spirituelle qui procède du Seigneur, on le voit clairement en ce qu'il est dit : «Heureux celui qui veille et garde ses vêtements, afin que nu il ne marche point ! » les vêtements signifient les connaissances du vrai et du bien, par lesquelles l'homme possède la vie spirituelle, et marcher nu signifie la vie sans ces connaissances, comme moyens, ainsi la vie non spirituelle mais purement naturelle ; que les vêtements signifient les connaissances du vrai et du bien, on le voit plus bas, N° 195; et que le nu signifie celui qui est privé de ces connaissances, on le voit dans les ARCANES CELESTES, Nos 1073, 5433, 5954, 9960. Dans les Lamentations : « Lève-toi, crie pendant la nuit, au commencement des veilles, élève vers le Seigneur tes mains sur les âmes de tes enfants qui ont défailli par la faim à la tête de toutes les rues. » —II. 19; —ici, la nuit signifie, comme ci-dessus, l'état quand il n'y a aucune foi; le commencement des veilles signifie l'état quand la foi commence, ainsi l'état d'illustration, c'est-à-dire, quand l'homme devient spirituel; par les enfants sont entendus ceux qui aiment les vrais et qui les désirent ; défaillir par la faim à la tête de toutes les rues, c'est être privé de la vie spirituelle par le manque des connaissances du vrai et du bien ; que la faim soit le manque de ces connaissances et le désir de les posséder, on le voit, Nos 1460, 3364, 5277, 5279, 5281, 5300, 5360, 5376, 5893; et que les rues soient les vrais de la doctrine, on le voit, N° 2336. Comme veiller signifie recevoir la vie spirituelle, il en résulte que dormir signifie la vie naturelle sans la vie spirituelle, puisque celle-ci est à celle-là comme le sommeil est à la veille, ainsi qu'il a été dit ci-dessus; dormir a cette signification, dans Matthieu : « Semblable est le Royaume des cieux à un homme semant de bonne semence dans son champ; mais pendant que les hommes dormaient, l'ennemi vint et sema de l'ivraie parmi le froment. » — XIII. 24, 25 ; — dans Jérémie : « Quand ils seront échauffés, je disposerai leurs festins, et les enivrerai, afin qu'ils dorment d'un sommeil de siècle, et ne se réveillent point. » — LI. 39, 57 ; — dans David : « Regarde, exauce-moi, Jéhovah ! mon Dieu, éclaire mes yeux, de peur que peut-être je ne m'endorme (du sommeil) de la mort. »— Ps. XIII. 4 ; — dans le Même : « Les forts de cœur sont devenus une proie, ils ont dormi leur sommeil; devant ta réprimande, le char et le cheval se sont endormis. » — Ps. LXXVI. 6, 7 ; — le char et le cheval signifient la doctrine de l'Église et l'entendement de cette doctrine, qui sont dits dormir, quand il y a privation de vrais, et par suite l'homme de l'Église est sans la vie spirituelle qui s'obtient par les vrais; que les Chars et les Chevaux, dans la Parole, signifient la Doctrine et l'intellectuel, on le voit, dans l'Opuscule du CHEVAL BLANC, Nos 1 à 5,
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