| La Vraie Réligion Chrétienne 564 Comme dans le Monde Chrétien Réformé il en est peu qui fassent pénitence, c’est pour cela qu’il a été ajouté ici, que celui qui ne s’est ni regardé intérieurement, ni scruté, ne sait pas enfin ce que c’est que le mal qui damne, ni ce que c’est que le bien qui sauve ; car il n’a pas une religion qui le conduise à cette connaissance ; en effet, le mal que l’homme ne voit pas, ne connaît pas et ne reconnaît pas, demeure, et ce qui demeure s’enracine de plus en plus, jusqu’à obstruer les intérieurs du mental, ce qui fait que l’homme devient d’abord naturel, ensuite sensuel, et enfin corporel, et dans l’un ou l’autre de ces états il ne connaît aucun mal qui damne, ni aucun bien qui sauve; il devient comme un arbre qui, plant sur un dur rocher, étend ses racines parmi ses fentes, et enfin se flétrit parce qu’il manque d’humeur. Tout homme bien élevé est rationnel et moral, mais il y a deux chemins qui conduisent à la rationalité, l’un d’après le Monde, l’autre d’après le Ciel ; celui qui est devenu rationnel et moral d’après le Monde, et non aussi d’après le Ciel, n’est rationnel et moral que de bouche et de geste, et en dedans c’est une bête brute, et même une bête féroce, parce qu’il fait un avec ceux qui sont dans l’enfer où tous sont tels ; mais celui qui est rationnel et moral aussi d'après le Ciel est vraiment rationnel et moral, parce qu’il l’est en même temps d’esprit, de bouche et de corps ; au dedans du rationnel et du moral il y a, comme âme, un spirituel qui met en action le naturel, le sensuel et le corporel, celui-là fait un aussi avec ceux qui sont dans le Ciel : c’est pourquoi il y a l’homme rationnel et moral spirituel, et aussi l’homme rationnel et moral purement naturel, et l’un n’est pas distingué de l’autre dans le Monde, surtout si l’hypocrisie est passée en habitude ; mais les Anges dans le Ciel les distinguent aussi facilement qu’on distingue les colombes d’avec les hiboux, et les agneaux d’avec les tigres. L’homme purement naturel peut voir les maux et les biens chez les autres, et même reprendre ceux chez qui ils sont ; mais comme il ne s’est ni regardé intérieurement, ni scruté, il ne voit aucun mal chez lui, et si un autre en découvre un, il le voile au moyen de son rationnel, comme le serpent cache sa tête dans la poussière ; et il s’enfonce dans ce mal, comme le frelon dans le fumier. voilà ce que fait le plaisir du mal; qui enveloppe cet homme, comme le brouillard couvre un marais, et absorbe et étouffe les rayons de la lumière ; le plaisir .infernal n’est pas autre chose ; le plaisir du mal est exhalé de l’enfer, et influe chez tout homme, mais dans les plantes des pieds, le dos et l’occiput ; mais s’il est reçu par la tête dans le sinciput, et par le corps dans la poitrine, l’homme est asservi à l’enfer ; et cela, parce que le cerveau humain a été destiné à l’entendement et à la sagesse de l’entendement, et le Cervelet à la volonté et à l’amour de la volonté; de là vient qu’il y a deux Cerveaux. Mais ce plaisir infernal est corrigé, réformé et retourné uniquement par le Spirituel rationnel et moral.
|