| La Vraie Réligion Chrétienne 490 Que tout ce que Dieu a créé ait été bon, on le voit clairement par le premier Chapitre de la Genèse, où il est dit. Vers. 10, 42, 18, 21, 25 : « Dieu vit que cela était bon, » et enfin, Vers, 31 : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voici, cela était très-bon; » et aussi par l’état primitif de l’homme dans le Paradis : que le mal, au contraire, doive son origine à l’homme, on le voit par l’état d’Adam selon ou après la chute, en ce qu’il fut chassé du Paradis. D’après cela, il est évident que si le Libre Arbitre dans les choses spirituelles n’eût pas été donné à l’homme, Dieu eût été Lui-Même la cause du mal, et non pas l’homme, et qu’ainsi Dieu aurait créé et le bien et le mal ; penser que Dieu a créé aussi le mal est une chose abominable. Que Dieu, puisqu’il avait donné à l’homme le Libre Arbitre dans les choses spirituelles, n’ait pas créé le mal, et qu’il n’inspire jamais à l’homme aucun mal, c’est parce qu’il est le Bien même, et que dans le bien Dieu est tout-présent, et continuellement frappe et presse afin d’être reçu, et que s’il n’est pas reçu, il ne se retire pas cependant, car s’il se retirait, l’homme mourrait à l’instant, bien plus il tomberait dans le non-être, car la vie de l’homme et la subsistance de toutes les choses dont il se compose, viennent de Dieu. Que Dieu n’ait pas créé le mal, mais que ce soit l’homme qui l’a introduit, cela vient de ce que l’homme change en mal le bien qui influe continuellement de Dieu, par cela qu’il se détourne de Dieu et se tourne vers lui-même ; quand il en est ainsi, le plaisir du bien reste, et ce plaisir alors devient le plaisir du mal, car s’il ne restait pas un plaisir qui fût comme semblable, l’homme ne vivrait pas, car le plaisir fait la vie de son amour : mais néanmoins ces plaisirs sont diamétralement opposés ; toutefois l’homme ignore cela tant qu’il vit dans le Monde, mais après la mort il le saura, et même il le percevra clairement, car alors le plaisir de l’amour du bien est changé en béatitude céleste, et le plaisir de l’amour du mal en tourment infernal. D’après ce qui vient d’être rapporté, on voit que tout homme a été prédestiné pour le Ciel, et que personne ne l’a été pour l’Enfer, mais que l’homme se livre lui-même à l’Enfer par l’abus de son Libre Arbitre dans les choses spirituelles, d’après lequel il embrasse ce qui s’exhale de l’Enfer ; car, ainsi qu’il a été dit ci-dessus, tout homme est tenu dans le milieu entre le Ciel et l’Enfer, afin qu’il soit dans l’équilibre entre le bien et le mal, et par suite dans le Libre Arbitre dans les choses spirituelles.
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