| Apocalypse Expliquée 1010. Et il les assembla dans le lieu appelé en hébreu Armageddon, signifie l'étal du combat d'après les faux contre les vrais, ayant sa source dans l'amour de soi chez les hommes de l'Église : on le voit par la signification de les rassembler dans un lieu, à savoir, pour la guerre, en ce que c'est disposer pour combattre d'après les faux contre les vrais; que ce soit l'étal du combat, c'est parce que le lieu signifie l'état de la chose; et que ce soit d'après les faux contre les vrais, c'est parce qu'il est entendu que c'est le dragon qui a rassemblé, car il est dit, Chap. XII, « que le Dragon s'en alla faire la guerre aux restes de la semence de la femme, qui gardent les commandements de Dieu et ont le témoignage de Jésus-Christ, » — Vers. 17;— et il est dit de sa bête qui monta de la mer, Chap. XIII, « qu'il lui fut donné de faire la guerre aux saints, et de les vaincre, » — Vers. 7 : — ici maintenant est nommé le lieu où ils doivent être rassemblés et commencer le combat. On suppose que par Armageddon il est entendu Megiddo, où Joschia, roi de Jehudah, combattant contre Pharaon, éprouva une défaite, dont il est parlé, —II Rois, XXIII. 29, 30. II Chron. XXXV. 20 à 24, et aussi Zachar. XII. 11; — mais ce qui est signifié là par Mégiddon dans le sens spirituel, on l'ignore encore; c'est pourquoi cela va être dit : Par Armageddon est signifié l'amour de l'honneur, du commandement et de la prééminence; cet amour aussi est signifié par Mégiddon dans la vieille Langue Hébraïque, comme il est évident par la signification de ce mot dans la Langue Arabe; et dans les Cieux il n'est pas entendu autre chose par Armageddon car tous les lieux nommés dans la Parole signifient des choses et des états. Que l'amour de l'honneur, du commandement et de la prééminence soit le dernier état de l'Église, quand les faux doivent combattre contre les vrais, c'est parce que dans l'Église cet amour doit régner dans ses derniers temps, et que quand cet amour règne, le faux d'après le mal règne aussi et est vainqueur du vrai; car cet amour éteint plus que tous les autres amours la lumière du Ciel et introduit les ténèbres de l'enfer; et cela, parce que cet amour est lu propre môme de l'homme, et que l'homme ne peut par aucune force être retiré de son propre et élevé vers le Ciel tant que cet amour règne, et que le propre, dans lequel cet amour plonge entièrement l'homme, n'est absolument que le mal et le faux : que d'après cet amour l'homme soit dans l'obscurité quant à toutes les choses qui appartiennent au Ciel et à l'Église, par conséquent dans de purs faux, cela n'apparaît pas à l'homme qui est dans cet amour, par la raison que la lueur naturelle chez lui resplendit en proportion que la lumière spirituelle est éteinte; mais cette splendeur vient d'une lueur chimérique, car c'est une lueur embrasée par l'amour de la gloire, ainsi par l'amour et la propre intelligence, et cette intelligence considérée dans le Ciel est une folie et une sottise; quand donc cet amour règne dans l'Église, c'en est fait d'elle, car il n'y a plus chez qui que ce soit entendement du vrai ni volonté du bien; car l'honneur, le commandement et la prééminence sont la suprême volupté, et sont sentis comme le souverain bien, et ce qui est la suprême volupté et le souverain bien est aussi la fin pour laquelle sont toutes les autres choses, et alors tous les biens et tous les vrais, tant civils et moraux que spirituels, servent de moyens, et les moyens sont aimés seulement d'après la fin, et en tant qu'ils servent à la fin, et s'ils ne lui servent point, ils sont absolument méprisés et rejetés, par conséquent aussi tous les usages civils, moraux et spirituels; il en est autrement quand les usages sont pour la fin, et que l'homme attribue la gloire et l'honneur, non à sa personne, mais aux usages eux-mêmes selon leur excellence, alors l'honneur, le commandement et la prééminence sont des moyens, et ne sont estimés qu'en tant qu'ils servent aux usages pour moyens. D'après ces considérations, on peut en quelque sorte voir ce qui est entendu par Armageddon : il a aussi été montré d'une manière frappante (ad vivum) que cet amour a dévasté l'Église et en a adultéré tous les biens et tous les vrais, non-seulement dans les royaumes de la Babylonie, mais aussi dans les autres royaumes; presque tout homme aujourd'hui, après sa mort, quand il vient dans le Monde spirituel, emporte avec lui du Monde naturel le désir d'être honoré, de commander et d'avoir la prééminence, et il n'y en a qu'un très-petit nombre qui aiment les usages pour les usages; en effet, ils veulent que les usages servent, et que l'honneur, qui n'est pas un usage, commande; et quand règne ce qui, séparé de l'usage, n'est rien, il ne peut pas y avoir pour eux un sort et un héritage dans les Cieux, où règnent les usages seuls, car le Royaume du Seigneur est le Royaume des usages; en effet, lorsque les usages règnent, le Seigneur règne, parce que les usages sont des biens, et que tout bien vient du Seigneur. C'est donc là l'état de l'Église, manifesté quant aux rationnels, état signifié par le Sixième Ange versant sa fiole sur le grand fleuve, l'Euphrate; c'est de cet état qu'il vient d'être traité. — Continuation sur le Sixième Précepte : Ce qui précède concerne les personnes adultères; maintenant il va être dit aussi ce que c'est que l'Adultère. Les adultères sont toutes les scortations qui détruisent l'amour conjugal; la scortation d'un mari avec l'épouse d'un autre, ou avec une femme, qu'elle soit veuve, vierge ou prostituée, est un adultère, lorsque cela est fait par dégoût ou par aversion pour le mariage : il en est de même de la scortation d'une épouse avec un homme marié ou avec un célibataire, lorsque cela est fait par une cause semblable. Les scortations de tout homme non marié avec l'épouse d'un autre, ou de toute femme non mariée avec le mari d'une autre, appartiennent aussi à l'adultère, parce qu'elles détruisent l'amour conjugal, en détournant du mariage vers l'adultère leurs intentions. Les plaisirs des variétés quoiqu'avec des prostituées sont aussi des plaisirs de l'adultère, car le plaisir de la variété détruit le plaisir du mariage. Le plaisir de la défloration des vierges sans but de mariage est encore un plaisir de l'adultère, car ceux qui sont dans ce plaisir veulent plus tard le mariage seulement pour la défloration, et lorsqu'elle est accomplie, ils prennent le mariage en dégoût. En un mot, toute scortation qui détruit le conjugal et éteint l'amour du mariage, est un adultère ou appartient à l'adultère; mais celle qui ne détruit pas le conjugal et n'éteint point l'amour du conjugal est une fornication provenant d'un certain instinct de la nature pour le mariage, lequel, pour différentes causes, ne peut pas encore être contracté.
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