| Apocalypse Expliquée 902. Puisqu'ici, comme en beaucoup d'autres passages de l'Apocalypse, il est parlé des œuvres, et qu'ici il est dit « leurs œuvres suivent avec eux, » et que parla il est signifié la vie spirituelle, il sera dit en quelques mots comment cette vie est acquise, et comment elle a été détruite par la foi d'aujourd'hui. La vie spirituelle est uniquement acquise par la vie selon les préceptes dans la Parole: Les préceptes sont, en somme, ceux que contient le Décalogue, à savoir : Tu ne commettras point adultère; tu ne voleras point; tu ne tueras point; tu ne porteras point de faux témoignage; tu ne convoiteras point les biens des autres; ces préceptes sont entendus par les préceptes qu'il faut faire, car lorsque l'homme les fait, ses œuvres sont bonnes, et sa vie devient spirituelle, et cela parce que, autant l'homme fuit les maux et les hait, autant il veut les biens et les aime. En effet, il y a deux sphères opposées qui entourent l'homme, l'une de l'enfer, l'autre du Ciel, de l'enfer une sphère de mal et par suite de faux, du Ciel une sphère de bien et par suite de vrai; et ces sphères n'affectent point le corps, mais elles affectent les mentals des hommes, car elles sont des sphères spirituelles, et par suite elles sont des affections qui appartiennent à l'amour; l'homme a été placé au milieu d'elles; autant donc l'homme s'approche de l'une, autant il se retire de l'autre; de là vient qu'autant l'homme fuit les maux et les hait, autant il veut et aime les biens et par suite les vrais ; « personne, en effet, ne peut à la fois servir deux maîtres; car, ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et négligera l'autre », — Matth. VI. 24. - Mais il faut qu'on sache que l'homme doit faire ces préceptes d'après la religion, parce qu'ils ont été commandés par le Seigneur; si c'est d'après une autre cause quelconque, par exemple, si c'est seulement d'après la loi civile ou d'après la loi morale, l'homme reste naturel, et ne devient pas spirituel; car si l'homme agit d'après la religion, alors il reconnaît de cœur qu'il y a un Dieu, qu'il y a un Ciel et un Enfer, et qu'il y a une vie après la mort; mais s'il agit seulement d'après la loi civile et la loi morale, alors il peut faire des choses semblables, et cependant nier de cœur qu'il y ait un Dieu, qu'il y ait un Ciel et un Enfer, et qu'il y ait une vie après la mort ; si celui-ci fuit les maux et fait les biens, c'est seulement dans la forme externe, et non dans la forme interne; ainsi, extérieurement quant à la vie du corps, il est semblable à un Chrétien, et intérieurement quant à la vie de son esprit, il est semblable à un diable : d'après ces considérations, il est évident que l'homme ne peut devenir spirituel, ou recevoir la vie spirituelle, autrement que par la vie selon la religion d'après le Seigneur. Qu'il en soit ainsi, j'en ai eu la confirmation par les Anges du troisième Ciel ou Ciel intime, qui sont dans la plus grande sagesse et dans la plus grande félicité; leur ayant demandé comment ils étaient devenus de tels Anges, ils m'ont dit que c'était parce que, quand ils vivaient dans le Monde, ils avaient considéré comme abominables les pensées obscènes, qui pour eux étaient aussi des adultères ; pareillement les fraudes et les gains illicites, qui pour eux étaient des vols; puis les haines et les vengeances, qui pour eux étaient des meurtres; et aussi les mensonges et les blasphèmes, qui pour eux étaient des faux témoignages, et ainsi du reste : leur ayant ensuite demandé s'ils avaient fait de bonnes œuvres, ils ont dit qu'ils avaient aimé la chasteté, dans laquelle ils étaient, parce qu'ils avaient considéré comme abominables les adultères; qu'ils avaient aimé la sincérité et la justice, dans lesquelles ils étaient, parce qu'ils avaient considéré comme abominables les fraudes et les gains illicites; qu'ils avaient aimé le prochain, parce qu'ils avaient considéré comme abominables les haines et les vengeances; qu'ils avaient aimé la vérité, parce qu'ils avaient considéré comme abominables les mensonges et les blasphèmes, et ainsi du reste ; puis aussi, qu'ils avaient perçu que, ces maux étant éloignés, agir d'après la chasteté, la sincérité, la justice, la charité et la vérité, c'était agir non d'après soi, mais d'après le Seigneur, et qu'ainsi les bonnes œuvres étaient toutes les choses faites d'après ces principes, quoiqu'ils les eussent faites comme d'après eux-mêmes; et que c'était pour cela qu'après la mort ils avaient été élevés par le Seigneur dans le troisième Ciel : d'après cela, je vis avec clarté comment s'acquiert la vie spirituelle, qui est la vie des Anges du Ciel. Mais maintenant il sera dit comment cette vie a été détruite par la foi d'aujourd'hui : La foi d'aujourd'hui est, qu'il faut croire que Dieu le Père a envoyé son Fils, qui a souffert la croix pour nos péchés, et a ôté la damnation de la loi en l'accomplissant, et que cette foi sans les bonnes œuvres sauve qui que ce soit, même à la dernière heure de la mort ; par cette foi imprimée dès l'enfance, et ensuite confirmée d'après les prédications, il est arrivé qu'on fuit les maux, non à cause de la religion, mais seulement à cause de la loi civile et morale, ainsi, non parce qu'ils sont des péchés, mais parce qu'ils sont nuisibles : Considère : Quand l'homme pense que le Seigneur a souffert pour nos péchés, qu'il a ôté la damnation de la loi, et que croire ces choses ou que la foi seule en ces choses sauve sans les bonnes œuvres, est-ce qu'il ne méprise pas tous les préceptes de la Parole et toute la vie de la religion prescrite dans la Parole, et en outre tous les vrais qui enseignent la charité? Sépare-les donc et éloigne-les de l'homme, y a-t-il chez lui quelque religion? Car la religion consiste, non pas à penser seulement telle ou telle chose, mais à vouloir et à faire ce que l'on pense, et il n'y a aucune religion quand vouloir et faire est séparé d'avec penser ; il suit de là que par la foi d'aujourd'hui la vie spirituelle, qui est la vie des Anges du Ciel et la vie Chrétienne même, a été détruite. Considère encore : D'où vient que les dix préceptes du Décalogue ont été promulgués du haut de la montagne de Sinaï avec un si grand miracle ; qu'ils ont été gravés sur deux Tables de pierre; que ces tables ont été placées dans l'Arche, sur laquelle a été posé le Propitiatoire avec les Chérubins; que le lieu où ont été placés ces préceptes a été appelé le Saint des saints, au dedans duquel il ne fut permis à Aharon d'entrer qu'une seule fois chaque année, et cela avec des sacrifices et des parfums, et que s'il y entrait sans ces précautions il tomberait mort; et qu'enfin par cette Arche tant de miracles ont ensuite été faits? Est-ce que tous dans l'univers entier ne connaissent pas de semblables préceptes? Est-ce que leurs lois civiles n'ordonnent pas les mêmes choses? Qui est-ce qui ne sait pas, d'après la seule lueur naturelle, que, pour l'ordre dans chaque royaume, il ne faut ni commettre adultère, ni voler, ni tuer, ni porter de faux témoignage, ni faire plusieurs autres choses qui y sont défendues? Pourquoi ces mêmes choses auraient-elles alors été promulguées par de si grands miracles, et devaient-elles être considérées comme si saintes! N'était-ce pas pour cette raison que chacun les fît d'après la religion, et ainsi d'après Dieu, et non pas seulement d'après la loi civile et morale, ni par conséquent d'après soi et pour le monde? Ce fut là la cause de leur promulgation du haut de la montagne de Sinaï, et la cause de leur sainteté, car faire ces préceptes d'après la religion purifie l'homme interne, ouvre le Ciel, admet le Seigneur, et fait de l'homme, quant à son esprit, un Ange du Ciel. De là vient aussi que, hors de l'Église, les Gentils qui font ces préceptes d'après la religion sont tous sauvés, et non quiconque les fait seulement d'après la loi civile et morale. Examine maintenant : Est-ce que la foi d'aujourd'hui, qui est que le Seigneur a souffert pour nos péchés, qu'il a ôté la damnation de la loi en l'accomplissant, et que l'homme est justifié et sauvé par cette foi sans les bonnes œuvres, n'a pas rompu tous ces préceptes? Étends la vue, et cherche combien aujourd’hui dans le Monde Chrétien il y en a qui ne vivent pas cette foi. Je sais qu'ils répondent que les hommes sont faibles et débiles, nés dans les péchés, et autres choses de ce genre», mais qui est-ce qui ne peut penser d'après la religion? le Seigneur en donne la faculté à chacun, et chez celui qui pense de tels préceptes d'après la religion le Seigneur les opère tous, en tant qu'il pense; et sache que celui qui les pense d'après la religion croit qu'il y a un Dieu, et qu'il y a un Ciel, un Enfer et une vie après la mort; quant à celui qui ne les pense pas d'après la religion, j'affirme qu'il ne croit point.
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