| Apocalypse Expliquée 819. 819. Et le pouvoir de la première bête, tout entier elle l'exerce devant lui, signifie la connexion des raisonnements d'après l'homme naturel avec le sens de la lettre de la Parole, connexion par laquelle est corroborée la religion de la foi séparée : on le voit par la signification de la bête montant de la terre, qui exerçait tout entier le pouvoir de la première bête devant le dragon, en ce que ce sont les confirmations d'après le sens de la lettre de la Parole pour la foi séparée d'avec la vie, et par suite les falsifications du vrai, ainsi qu'il a été montré ci-dessus, N° 815; par la signification de la première bête, en ce que ce sont les raisonnements d'après l'homme naturel, qui confirment la séparation de la foi d'avec la vie, comme ci-dessus, N° 774; et par la signification du dragon, devant qui cette bête exerçait le pouvoir de la première bête, en ce que c'est en général la foi séparée de la vie de la foi, qui est la charité; d'après cela, on peut voir que par cette bête qui exerçait tout entier le pouvoir de la première bête devant le dragon, il est signifié la connexion des raisonnements d'après l'homme naturel avec le sens de la lettre de la Parole, connexion par laquelle est confirmée la religion de la foi séparée. Que ce soit la connexion des raisonnements d'après l'homme naturel avec le sens de la lettre de la Parole, c'est parce que par le sens de la lettre de la Parole, aucun faux ne peut jamais être confirmé que par des raisonnements tirés de l'homme naturel ; en effet, la Parole dans la lettre se compose d'apparences du vrai, et aussi de correspondances; les unes et les autres dans son sein, c'est-à-dire, dans son sens spirituel, contiennent les vrais réels; c'est pourquoi quand quelque faux est confirmé par des apparences du vrai qui correspondent aux vrais réels, alors la Parole est falsifiée, et la falsification de la Parole ne peut avoir lieu que par des raisonnements d'après l'homme naturel; de là vient que le dragon, par lequel est signifié le dogme hérétique sur la foi seule, est décrit ultérieurement par deux bêtes; par la première est décrit le raisonnement d'après l'homme naturel pour la foi séparée d'avec la vie de la foi, qui est la charité, et par la seconde la confirmation d'après le sens de la lettre de la Parole, et par suite la corroboration de cette foi, puis aussi la falsification du vrai : de là il est de nouveau évident que par cette bête, qui exerça tout entier le pouvoir de la première bête devant le dragon, il est signifié la connexion des raisonnements d'après l'homme naturel avec le sens de la lettre de la Parole ; mais ceci a être illustré par des exemples : Ainsi, I. Les dogmatistes, qui combattent pour la foi seule, ne font nullement attention à tous ces passages de la Parole, où il est dit œuvres, faits, opérer et faire, lesquels sont si évidents, qu'ils ne peuvent admettre aucun raisonnement contraire, et cependant ils les tirent hors de leur sens réel, et par des raisonnements ils les font fléchir et les détournent du Vrai réel, qui est dans les Cieux, et que le sens spirituel contient : car ils raisonnent, en disant que la foi seule enveloppe les faits et les œuvres, parce que ceux qui sont dans la foi sont dans les faits et dans les œuvres, qu'ainsi la foi les opère, lorsque cependant la foi sans les faits ou les œuvres est une foi morte, qui ne peut rien opérer : et si on le leur dit, ils donnent pour raisonnement que les faits néanmoins sont présents par une secrète opération Divine, et cependant ils les excluent du moyen de salvation, de sorte qu'ils peuvent être présents et ne pas être présents, comme on peut le voir d'après la justification par la foi en un moment, et aussi à l'heure de la mort, quoique l'on soit méchant. II. C'est un raisonnement d'après l'homme naturel, que la foi séparée des biens de la vie est spirituelle aussi, lorsque cependant les biens qui appartiennent à l'amour donnent la vie à la foi et la font spirituelle, car l'amour est l'âme même de la foi; et l'amour, c'est faire, car ce que l'homme aime, il le veut, et ce qu'il veut, il le fait; c'est même ce que le Seigneur enseigne dans Jean : « Qui a mes préceptes et les fait, c'est celui-là qui M'aime; mais celui qui ne M'aime pas, mes paroles ne garde pas. » — XIV. 21, 24 : — de là encore il est évident que la foi sans les œuvres n'est pas spirituelle, car elle est sans son âme, et la foi sans son âme est une foi morte. III. C'est aussi un raisonnement d'après l'homme naturel, que la foi a été constituée moyen de salut, parce que l'homme ne peut pas faire le bien par lui-même. IV. C'est encore un raisonnement d'après l'homme naturel, que ceux qui sont seulement dans la foi sont en Dieu et en état de grâce, tellement que rien ne les condamne : de là, un grand nombre croient qu'il n'est pas nécessaire de vivre la vie chrétienne, qui est selon les préceptes du Seigneur, en disant en eux-mêmes : Pourquoi m'appliquerai-je aux œuvres, puisque les biens ne sauvent pas, et que les maux ne condamnent pas? J'ai la foi que le Seigneur a souffert la croix pour les péchés du monde, et nous a délivrés de la condamnation de la loi, que faut-il de plus? V. C'est un raisonnement d'après l'homme naturel, que la foi seule est comme une semence d'où naissent des saluts de tout genre, de même que d'une semence dans les jardins naissent des arbrisseaux et des arbres, lorsque cependant dans la foi seule il n'y a pas semence de vie, à moins que ce ne soit par la vie spirituelle de l'homme. VI. Ce sont aussi des raisonnements d'après l'homme naturel, toutes ces choses qui sont dites par les dogmatistes érudits de cette religiosité sur les progressions vers la justification par la foi seule; par exemple, qu'il faut acquérir l'assurance de cette foi par la parole, par les prédications et par l'autorité des docteurs, sans la vue intellectuelle, et que si l'entendement entre, la foi ne devient pas spirituelle, lorsque cependant quand la vue intellectuelle est exclue, l'homme est aveugle; et, devant l'homme aveugle, les faux peuvent être confirmés aussi bien que les vrais, et même de préférence aux vrais, parce que chez lui les illusions, qui sont les ténèbres, ont plus de force que les vrais eux-mêmes, qui sont dans la lumière : bouche l'entendement, tire des raisonnements, et produis des confirmations d'après le sens de la lettre de la Parole, et tu persuaderas tout ce que tu voudras, surtout dans les choses théologiques qui montent dans les intérieurs du mental rationnel. S'il est dit raisonnements d'après l'homme naturel, c'est parce que l'homme naturel est dans les plaisirs des amours de soi et du monde; et ces plaisirs, quand ils prédominent, font que l'homme ne croit que des choses qui sont en concordance, lesquelles en elles-mêmes sont des faux ; ils introduisent aussi les ténèbres dans toute chose spirituelle, au point que l'homme fuit la lumière céleste, et par suite rejette l'illustration de l'entendement : la raison de cela, c'est que l'homme naturel séparé de l'homme spirituel se regarde seul et regarde le monde, et non le Seigneur ni le Ciel, et est par suite conjoint à l'enfer, d'où viennent tous les faux qui ne peuvent être dissipés que par la prédomination de l'amour céleste, et par les vrais réels qui dérivent de cet amour; c'est donc de là qu'il est dit raisonnements d'après l'homme naturel, et que les raisonnements d'après l'homme naturel sont ceux par lesquels est falsifiée la Parole; car la Parole, sans des raisonnements d'après l'homme naturel, ne peut pas être falsifiée.
|