| Apocalypse Expliquée 805. 805. Et l'adoreront tous ceux qui habitent sur la terre, signifie la nécessité de reconnaissance par ceux qui sont nés au dedans de l'Église : on le voit par la signification d'adorer, en ce que c'est reconnaître et croire qu'une chose est ainsi, et par suite la recevoir par la doctrine et par le culte; que ce soit là ce qui est signifié par adorer, on peut le voir d'après ce qui a été dit ci-dessus, Nos 789, 790, où il a été expliqué ce qui est signifié par « ils adorèrent le dragon qui avait donné pouvoir à la bête, et ils adorèrent la bête; » que ce soit par nécessité qu'ils ont reconnu, cela est évident d'après ce qui a été dit et montré dans l'Article précédent; par la signification de ceux qui habitent sur la terre, en ce que c'est par ceux qui sont nés au dedans de l'Église, car par la terre est signifiée l'Église, et par ceux qui habitent sur elle sont signifiés ceux qui y sont et y vivent ; s'il est entendu ceux qui y sont nés, c'est parce que chacun a la religion de sa patrie, et cela principalement, parce qu'il est élevé dans cette religion, et qu'ensuite il est confirmé en elle par les prédications, surtout parce qu'il en est peu qui étudient la doctrine de l’Église et l'entendement intérieur de la Parole, dans la croyance que de telles choses surpassent la compréhension, et aussi qu'elles ne doivent pas être vues ou comprises, mais qu'il faut seulement les croire; de là vient qu'il y a nécessité de reconnaissance pour ceux qui sont nés au dedans de l'Église, ce qui est signifié par « et adoreront la bête tous ceux qui habitent sur la terre. » Qu'il en soit ainsi, on peut principalement le voir par la foi reçue, qu'ils appellent l'unique foi qui sauve, à savoir : « Que Dieu le Père a envoyé son Fils dans le Monde, afin que par sa passion de la croix il devienne Propitiation, Rédemption et Salvation; » foi qui, si elle est selon l'idée des défenseurs de la foi séparée d'avec la vie, et par suite selon les prédications faites d'après la doctrine, est une foi nulle comme on peut le voir par toutes et chacune des choses qui sont dans cette foi, et qui en découlent comme conséquences, lesquelles sont : I. Qu'il y a Propitiation, à savoir Propitiation de Dieu le Père par la passion ou par le sang de son Fils. II. .Qu'il y a Miséricorde ou Commisération de Dieu le Père à cause du Fils. III. Que le Seigneur a porté nos iniquités, et que par là il nous en a délivrés. IV. Qu'il y a un Imputatif, et par conséquent une imputation du mérite du Seigneur, par laquelle nous sommes sauvés, V. Qu'il y a Intercession du Seigneur auprès du Père. VI. Qu'il y a Rédemption et Salvation, sans les moyens de vie et de foi, et que par conséquent il y a Miséricorde immédiate. VII. Dans cette foi il n'y a aucune religion, mais il y a inanité et vide. VIII. Il n'y a non plus en elle aucune foi au Seigneur, ni reconnaissance de son Divin dans son Humain. IX. Conséquemment, l'assurance de cette foi et la confiance, qui sont reçues aujourd'hui comme étant l'unique foi salvifique, sont de vains mots. X. La foi qui sauve est absolument autre. Mais comme presque tous ceux qui sont de l'Église ont à la bouche que le Seigneur a souffert la croix pour nos péchés, et qu'il les a pris sur Lui et les a portés, et par là, non-seulement a réconcilié le Père, mais encore nous a rachetés de l'enfer, et que nous sommes sauvés par ce mérite du Seigneur si seulement nous croyons cela avec assurance et confiance, il est nécessaire d'examiner d'abord si de telles choses doivent être entendues selon l'opinion commune : Quant donc au Ier point : Qu'il y a Propitiation, à savoir, Propitiation de Dieu le Père par la passion ou par le sang de son Fils; cela enveloppe le rejet ou l'éloignement du genre humain par une sorte de colère ou de vengeance, appelée justice vindicative, qui a été mise par Dieu le Père sur son Fils, afin que par sa passion de la croix il fût réconcilié avec le genre humain, et qu'ainsi il devînt propice : Qui est-ce qui ne voit que rejeter loin de soi le genre humain, ou d'après la justice se venger de sou éloignement, est contraire à l'Essence Divine même, qui est l'Amour Même, la Miséricorde Même et le Bien Même? une telle vengeance n'existe môme chez aucun Ange, et à peine chez l'homme probe, à plus forte raison chez Dieu. Qui est-ce qui ne voit pas non plus qu'il est dur de penser que cette vengeance a été mise sur le Fils par son Père, ou que le Fils l'a prise sur lui, et que Dieu le Père devient miséricordieux d'après l'intuition et le souvenir de cet acte, et non d'après son Divin Amour, qui dans son essence est infini, éternel et immédiat envers tout le genre humain? c'est pourquoi, je ne sais si quelqu'un peut, par Dieu et avec Dieu, penser qu'il a été rejeté par Dieu, et que c'est pour cela que, d'après la volonté du Père, le Fils a été condamné, et par là est devenu un Propitiatoire et un trône de grâce. Outre cela, la Justice est un Attribut Divin, mais la Justice vindicative n'en est pas un, et encore moins sur un autre à cause d'un autre ; si celle-ci n'est pas la Justice, il n'est pas non plus de l'ordre Divin d'être sauvé à cause d'un autre, et Dieu ne peut pas être réconcilié par autre chose que par la pénitence de l'homme lui-même. Qu'être sauvé au moyeu du Seigneur, et aussi au moyen de sa passion de la croix, et ainsi par le Seigneur, ce soit la Propitiation et l'Expiation, on le verra dans ce qui suit. II. Qu'il y a Miséricorde, ou Commisération de Dieu le Père à cause du Fils : la supplication ordinaire dans les Églises, et par les hommes de l'Église, à la maison ou au dehors, quand ils sont dans un culte de piété, c'est que Dieu le Père ait pitié de nous à cause du Fils et à cause de sa passion de la croix; cette supplication découle de la foi reçue, au sujet de la Propitiation ou réconciliation du Père par le Fils, de laquelle il vient d'être parlé, puis aussi, de la doctrine de l'Église sur la justification par la foi seule sans les bonnes œuvres; et comme les défenseurs et les protecteurs de cette doctrine séparent de la foi la vie qui concerne les bonnes œuvres, ils n'ont pu reconnaître, pour la foi qui sauve, autre chose, sinon que Dieu le Père a envoyé son Fils, et qu'il est porté à la miséricorde par sa passion de la croix; de là cette supplication a été reçue aujourd'hui par la commune assemblée comme l'unique expression qui entre dans le Ciel et qui excite la compassion de Dieu, quand bien même l'homme ne l'émettrait qu'à l'heure de la mort avec la reconnaissance de son assurance ; que cependant cette supplication n'ait rien de la vie d'après le vrai et le bien, on peut le voir par ce qui vient d'être dit sur la propitiation et la réconciliation, et par suite sur la miséricorde du Père, puis aussi par ce qui sera dit plus loin sur ce que le Seigneur a porté nos iniquités, sur l'Imputation de son mérite, sur l'Intercession, la Rédemption et la Salvation sans les moyens qui appartiennent à la vie : ici il sera dit seulement qu'il n'a jamais été accordé à aucun homme de l'Eglise de s'adresser immédiatement à Dieu le Père, et de le prier pour l'amour de son Fils, car c'est au Seigneur qu'on doit s'adresser, et c'est Lui qu'on doit prier, puisque personne ne vient au Père que par le Seigneur, et dans le Seigneur, et puisque le Seigneur, également comme le Père, est Dieu, Infini, Éternel, Incréé, Tout-i Puissant, et qu'aucun d'eux n'est Premier ou Dernier, ni le plus grand ou le plus petit, mais qu'ils sont absolument égaux. Que personne ne vienne au Père que par le Seigneur, Lui-Même l'enseigne dans Jean : « Dieu, personne ne le vit jamais, l'Unique-Engendré Fils, qui est dans le sein du Père, Lui L'a exposé. » — 1.18. —Dans le Même : « Ni la voix du Père vous n'avez entendu jamais, ni son aspect vous n'avez vu. » — V. 37. — Dans Matthieu : « Personne ne connaît le Père que le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. » — XI. 27. — Dans Jean : « Non pas que personne ait vu le Père, si ce n'est Celui qui est chez le Père, Celui-ci a vu le Père. » — VI. 46. — Dans le Même : « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie, personne ne vient au Père que par Moi. » — XIV. 6. — Si personne ne vient au Père que dans le Seigneur, c'est parce que le Père et Lui sont un, comme il l'enseigne aussi dans Jean : « Si vous Me connaissez, mon Père aussi vous connaissez; celui qui Me voit, voit le Père; Philippe! ne crois-tu pas que Moi (je suis) dans le Père, et que le Père (est) en Moi; croyez-Moi, que Moi (je suis) dans le Père, et que le Père (est) en Moi. » — XIV. 7, 11. — Dans le Même : « Le Père et Moi nous sommes un; connaissez et croyez que le Père (est) en Moi, et Moi en Lui. » — X. 30, 38. — Qu'on ajoute à cela que le Seigneur est le Dieu du Ciel et de la terre, comme Lui-Même l'enseigne, — Jean, III. 35. XVII. 2. Matth. XI. 27. XXVIII. 18; —et qu'ainsi c'est à Lui qu'on doit s'adresser. Il faut aussi qu'on sache que si l'on ne s'adresse à Lui, l'homme ne peut penser avec les Anges, puisque toute pensée des Anges sur Dieu est sur Dieu-Homme; ils ne peuvent penser autrement sur Dieu, ni par conséquent sur les Divins, parce que leurs pensées vont de tous côtés dans le Ciel, et que le Ciel est Ciel dans une forme d'homme. Mais, sur ce sujet, il en sera dit davantage ailleurs. III. Que le Seigneur a porté nos iniquités, et que par là il nous en a délivrés, selon la foi-vulgaire, qui est, que le Seigneur a transporté sur Lui les péchés du monde, et les a jetés dans l'enfer, et ainsi les a ôtés : ils concluent cela des paroles de Jean sur Jésus : « Voici l'Agneau de Dieu qui a ôté le péché du monde, Jean, I. 29; — et d'Ésaïe, où il s'agit du Seigneur : « De nos maladies, Lui s'est chargé, et nos douleurs et nos iniquités, Lui les a portées. » — LIII. 4, 11;— mais dans les Églises on n'a pas encore compris ce qui est signifié par porter les iniquités ; il faut par conséquent le dire : II était d'Ordre Divin que les Prophètes représentassent l'état de leur Église, afin que par là on sût quels étaient les hommes de l'Église; on peut le voir par les exemples suivants : Ésaïe reçut ordre « d'aller nu et déchaussé pendant trois ans, comme signe et prodige, » — XX. 2, 3; — par là il représentait qu'il n'y avait plus aucun vrai dans l'Église; cela est signifié par aller nu et déchaussé. Hosée reçut ordre « de prendre pour lui une femme de scortations, et des enfants de scortations, parce que commettant avait commis scortation la terre, » — I. 2 et suiv. ; — par la femme de scortations était signifiée l'Église, qui falsifiait les vrais de la Parole. Et Ézéchiel reçut ordre « de prendre avec lui une brique, et de graver sur elle la ville de Jérusalem, et d'en faire le siège, et de coucher sur son côté gauche pendant trois cent quatre-vingt-dix jours, et ensuite sur son côté droit pendant quarante jours. » Puis aussi, il reçut ordre « de manger un gâteau d'orge fait avec de l'excrément de bœuf; et il est dit qu'ainsi ils manqueront de pain et d'eau dans Jérusalem, et qu'ils languissants cause de leur iniquité. >> — IV. 1 à 17; ce qui signifiait que l'Église était sans biens et sans vrais, et dans de purs faux d'après le mal; et il est dit que par là le prophète portait l'iniquité de la maison d'Israël, — Vers. 4, 5, — par là néanmoins il n'ôta pas les iniquités des Israélites, mais seulement il les représenta, et cela parce que le Prophète signifiait la doctrine d'après la Parole, ainsi l'Église quant à la doctrine et par suite quant au culte. Semblable chose est aussi entendue par porter les iniquités, lorsqu'il s'agit du Seigneur, qui fut le plus grand Prophète, car en Soi il a représenté Lui-Même comment l'Église Juive traitait outrageusement le Divin Vrai, ou la Parole, puisqu'il était Lui-Même la Parole; c'est pourquoi, lorsque les Juifs l'ont flagellé, lui ont craché à la face, l'ont frappé avec le bâton, lui ont mis une couronne d'épines, lui ont donné du vinaigre à boire, ont partagé ses vêtements, et enfin l'ont crucifié, toutes ces choses étaient des représentatifs de l'état de cette Église; voir ci-dessus, Nos 83, 195 f., 627 f., 655 ; cela est donc signifié par porter les iniquités, de même aussi en ce qu’il a supporté les tentations les plus graves de toutes. Mais transporter sur soi les péchés des autres, et les ôter au moyen de douleurs et de punitions admises en soi, cela est contraire à la nature de l'abolition des péchés, car les péchés ne sont abolis que par la pénitence de vie de celui qui a péché ; les enlever par dérivation d'un autre sur soi, c'est un dogme des Catholiques-Romains, dans lequel n'est point le vrai. IV. Il n'y a point d'Imputatif, et par conséquent aucune imputation du mérite du Seigneur : s'il n'y en a point, c'est parce que la salvation par imputation est contre les lois de l'ordre Divin décrites dans la Parole, lesquelles sont que l'homme doit apprendre ce que c'est que le péché qu'il doit fuir, et ce que c'est que le vrai qu'il doit faire, et que s'il vit contrairement aux vrais il doit faire pénitence; ces choses, conjointement avec toutes celles qu'enseignent les doctrines des Églises d'après la Parole, seraient inutiles, si l'homme était sauvé par cela seul qu'il prononce certains mots d'après l'assurance de la foi, que Dieu a compassion de lui à cause de son Fils et par sa passion de la croix, et que par conséquent il lui imputera le mérite du Seigneur; ainsi l'homme pourrait vivre mal, commettre des adultères, voler, agir frauduleusement, exercer des haines et des vengeances, calomnier, et faire plusieurs autres choses de ce genre, parce qu'il peut être sauvé, non par de bonnes œuvres, mais seulement par la foi, qui est absolument séparée de la vie; et cependant c'est un blasphème de dire que l'homme peut vivre mal, et néanmoins vivre d'après le Seigneur; puis aussi, c'est une contradiction de dire que l'homme doit fuir les maux et faire les biens, et que cependant il est sauvé seulement par la foi du mérite imputé. Le mérite du Seigneur, c'est que par sa propre puissance il a subjugué les enfers, et qu'il a glorifié son Humain ; par là il s'est mis en puissance de sauver tous ceux qui croient en Lui, et font ce qu'il a enseigné; ce mérite ne peut être attribué ni imputé à qui que ce soit, encore moins par le Père, parce que c'est le mérite propre du Seigneur, et en outre il y a salvation d'après le Seigneur, ainsi par le Seigneur, et non à cause du Seigneur. En un mot, le mérite d'un autre ne peut pas être attribué à quelqu'un, avec qui il ne serait pas d'accord par sa vie, selon laquelle chacun est ou récompensé ou puni; mais la vie d'après le Seigneur, celle-ci est une suite du mérite du Seigneur. L'imputatif aussi est contre l'essence du Divin Amour, qui s'étend à tous, tandis qu'imputer, c'est aimer l'un et non l'autre, sinon à cause de celui-là, et c'est aussi contre la Justice, qui veut que chacun ait une récompense en tant qu'il vit d'après le Seigneur, V. Qu'il y a Intercession du Seigneur auprès du Père : cela tombe, il est vrai, dans les idées des hommes absolument simples, qui ne pensent des Trois Personnes de la Divinité, que comme de Trois Personnes assises et discourant ensemble sur ce qui doit être fait, et que l'une porte l'autre à avoir pitié en considération d'elle, ce qui est intercéder : mais ceux qui sont plus érudits voient que par Intercession, il est entendu un perpétuel souvenir d'après l'amour, parce qu'il y a pour l'une des Personnes de même que pour l'autre la même essence ou substance et le même amour, ainsi la même miséricorde, qui ne doit être excitée ou rappelée à la mémoire par aucune demande. VI. Qu'il y a Rédemption et Salvation sans les moyens de vie et de foi, et que par conséquent il y a Miséricorde immédiate : il est connu que les vrais appartiennent à la foi, et que les biens appartiennent à la vie, et que sans les vrais il n'y a aucune foi; par exemple, sans ceux-ci : Qu'il y a un Dieu, que le Seigneur est le Sauveur du monde, qu'il y a un Ciel et un Enfer, qu'il y a une vie après la mort, que la Parole est sainte, qu'il faut croire et faire ce qui est dans la Parole, que la sainte cène est la chose la plus sainte du culte, et plusieurs autres choses semblables ; ces choses doivent appartenir à la foi ; et que pareillement sans les biens il n'y a aucune vie de la foi, car le Seigneur dit : « Celui qui entend et ne fait point est comme un homme insensé qui bâtit sa maison sur le sol sans fondement; mais celui qui entend et fait est comme un homme prudent qui bâtit sa maison sur le roc; » ces choses et autres semblables, en tant que choses à croire, sont des moyens et sont appelées moyens de foi, et en tant que choses à faire, elles sont des moyens et sont appelées moyens de vie, sans lesquels l'homme ne peut être sauvé : ces choses seraient vaines, si à leur place il y avait cet unique point, qui est appelé la foi, à savoir, que l'homme est sauvé par la seule miséricorde du Père à cause du Fils, et par l'imputation de son mérite; qu'il n'y ait pas de miséricorde immédiate, mais qu'il y en ait une médiate, et que néanmoins l'homme soit conduit d'après une pure miséricorde par le Seigneur depuis son enfance jusqu'à sa vieillesse, et après cela éternellement, on le voit dans le Traité DU CIEL ET DE L'ENFER, Nos 521 à 527 ; ainsi il n'y a pas non plus de salvation immédiate; il suit de là que la Rédemption consiste seulement en ce que le Seigneur a racheté de l'Enfer ceux qui croient en Lui, et font ce qu'il a commandé, lesquels cependant sans son avènement dans le monde n'auraient pu être sauvés, puisque sans son avènement ils n'auraient pu croire en Lui, ni faire ce qu'il a commandé, ni par conséquent vivre par Lui. Que ceux-là soient ceux qui sont entendus dans la Parole par les rachetés, on le verra ailleurs. VII. Dans cette foi il n'y a aucune religion, mais il y a inanité et vide : pourquoi la religion, si ce n'est pour que l'homme vive, pour qu'il vienne dans le Ciel, et pour qu'il sache comment il faut vivre? savoir cela est appelé doctrine, le croire et y conformer sa vie est appelé religion; par la doctrine l'homme saura, non-seulement les choses qu'il doit penser, mais aussi celles qu'il doit faire; l'homme doit penser afin de faire, mais non pas penser ce qui enveloppe ne faire rien; et cette foi est de penser sans faire, de sorte qu'elle doit être appelée foi seulement cogitative, lorsque l'homme implore la miséricorde seule parce que le Fils de Dieu a souffert pour lui, et a pris sur Soi les péchés du monde, et par conséquent l'a racheté et délivré de l'Enfer, et lorsqu'en même temps il croit que le mérite du Fils de Dieu lui est attribué : que celui qui le veut et le peut, pense si en cela il y a quelque chose de la Parole, où il est dit si souvent croire et faire, par conséquent si dans cette foi il y a quelque chose de l'Église ou de la religion ; car dans ce qui vient d'être rapporté, où y a-t-il les vrais qui doivent appartenir à la foi, et où y a-t-il les biens qui doivent appartenir à la vie, lesquels doivent constituer la doctrine réelle d'après la Parole et par suite la Théologie dans le Monde Chrétien? et puisque ces vrais et ces biens ne sont pas dans cette foi, il s'ensuit que, non-seulement elle est une foi vaine et vide, mais encore une foi du non-vrai : beaucoup dans le Monde spirituel, et tous dans le Ciel, sont étonnés que la Théologie du Monde Chrétien ait été réduite à une telle inanité et à une telle vacuité, qu'enfin on l'a renfermée tout entière dans un simple énoncé de pensée, qui peut même avoir lieu chez les méchants par crainte de l'enfer à l'heure de la mort; de là chez un très-grand nombre d'entre les Réformés dans le Monde Chrétien, il a été trouvé une vacuité telle que celle qu'il y a chez les Catholiques-Romains; qu'ils examinent, s’ils le veulent, s'il peut y avoir pour eux quelque lot parmi les Anges du Ciel, dont l'intelligence vient des vrais de la Parole, et dont la sagesse vient des vrais en acte qui sont appelés biens; c'est cela aussi qui est entendu par les paroles du Seigneur : « Le Fils de l'Homme, quand il viendra, est-ce qu'il trouvera la foi sur la terre? » — Luc, XVIII. 8. — VIII. Il n'y a non plus en elle aucune foi au Seigneur, ni reconnaissance de son Divin dans son Humain : en effet, celui qui supplie le Père, afin qu'il ait pitié à cause de son Fils, celui-là s'adresse au Père, et ne s'adresse pas au Seigneur, lorsque cependant c'est au Seigneur qu'on doit s'adresser, car il est le Dieu du Ciel et de la terre; et la Parole enseigne qu'on ne s'adresse au Père que par le Seigneur, et dans le Seigneur, comme il a été montré ci-dessus; puis aussi, qu'il doit y avoir foi au Seigneur, car le Seigneur dit : « Qui croit au Fils a la vie éternelle; mais qui ne croit point au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. » — Jean, III. 36. — Puis : « C'est la volonté du Père, qui M'a envoyé, que quiconque voit le Fils, et croit en Lui ait la vie éternelle, et que je le ressuscite au dernier jour. » — Jean, VI. 40. — Et aussi : « Jésus dit : Moi je suis la résurrection et la vie; celui qui croit en Moi, bien qu'il meure, vivra; et quiconque vit et croit en Moi ne mourra point durant l'éternité » — Jean, XI. 25, 26; et ailleurs. — Croire en Lui et ne point s'adresser à Lui, mais prier le Père à cause de Lui, ce n'est point croire en Lui, car toute foi s'adresse à celui en qui l'homme croit : c'est pourquoi s'adresser au Père et le voir a été refusé à Philippe, el il lui a été dit que voir le Seigneur, c'est voir le Père, — Jean, XIV. 7 à 11 ; — de là aussi tous ceux qui ont supplié le Seigneur d'avoir pitié d'eux, et qui ont eu foi en Lui, ont été guéris de leurs maladies ; et pareillement ont été guéris dans le désert les fils d'Israël qui portaient leurs regards sur le serpent d'airain, par lequel était représenté le Seigneur quant au dernier dans son Humain, qui est appelé le sensuel. En outre, dans le Monde spirituel, toute vue et toute pensée, provenant de la reconnaissance, conjoint, mais la vue portée sur le Père ne conjoint personne, car le Seigneur dit : « La voix du Père vous n'avez entendu jamais, ni son aspect vous n'avez vu. » — Jean, V. 37. —Qu'on ajoute à cela, que celui qui supplie le Père d'avoir pitié à cause du Fils n'a pas du Seigneur d'autre idée que comme d'un homme ordinaire, car il le considère au-dessous du Père, ainsi comme un homme d'après Marie sa mère, ayant souffert la croix, en raison de laquelle il lui est fait, à lui, miséricorde ; par là il sépare son Divin de son Humain, ce que cependant la doctrine du concile de Nicée sur la Trinité ne sépare point, car elle enseigne que le Divin et l'Humain du Seigneur ne sont pas deux, mais sont une seule Personne, et qu'ils sont comme l'âme et le corps dans l'homme. Mais ceux qui portent leurs regards vers le Père, quoiqu'ils reconnaissent le Divin du Seigneur, ne s'adressent pas cependant à ce Divin, car ils le placent près du Père au-dessus de son Humain, et ainsi ils voient son Humain sans son Divin qui cependant est son âme; c'est de là que la plupart aujourd'hui confessent de bouche le Divin du Seigneur, mais qu'il en est peu qui le reconnaissent de cœur; et à celui qui ne reconnaît pas le Divin du Seigneur dans son Humain et ne porte pas ses regards vers ce Divin, quand il supplie, il ne peut pas lui être donné de conjonction avec le Ciel. Il suit de là que dans cette foi, à savoir, que le Père a pitié à cause du Fils, il n'y a aucune foi au Seigneur, ni aucune reconnaissance de son Divin dans son Humain. C'est aussi cela que le Seigneur a prédit à Pierre, qu'à la fin de l'Église il ne serait plus reconnu. IX. Conséquemment, l'assurance de cette foi et la confiance, qui sont reçues aujourd'hui comme étant l'unique foi salvifique, sont de vains mots : en effet, l'assurance de cette foi est une assurance naturelle, dans laquelle il n'y a rien de spirituel, parce qu'il n'y a rien du vrai et du bien appartenant à la foi et à la vie; c'est pourquoi si elle est confirmée par les érudits, le vrai du Ciel peut être détruit par la confirmation, et l'homme peut ainsi être exclu du Ciel : dans cette inanité s'est terminée la foi seule reçue dans les Églises, ou la foi séparée des biens de la vie ; cette foi, quoique vaine, remplit néanmoins toute la Théologie du Monde Chrétien; de là résulte que les savants de l'Église, quand après la mort ils viennent dans le Monde spirituel, sont dans un si grand nombre de faux, qu'ils savent à peine un seul vrai réel : mais il en est autrement de ceux qui n'ont pas confirmé ces faux chez eux, et ont en même temps vécu quelque vie de la foi, qui est la charité, ceux-ci peuvent être instruits dans les vrais de la foi, et quand ils ont été instruits, être reçus parmi les Anges du Ciel : en effet, c'est absolument autre chose de croire de tels faux par une foi confirmée et ainsi de cœur, et autre chose de les croire par une foi non confirmée. X. La foi qui sauve est absolument autre : il va en être traité dans ce qui suit.
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