| Apocalypse Expliquée 780. 780. Et la bête que je vis était semblable à un léopard, signifie les raisonnements qui sont discordants et cependant apparaissent comme en cohérence: on le voit par la signification de la bête montant de la mer, de laquelle il s'agit ici, en ce que ce sont les raisonnements d'après l'homme naturel, qui confirment la séparation de la foi d'avec la vie, comme il a été expliqué ci-dessus, N° 774, ici donc ces raisonnements ; et par la signification du léopard, en ce que ce sont ces raisonnements qui sont discordants et cependant apparaissent comme vrais ; si de telles choses sont signifiées par le léopard, c'est parce que le léopard a la peau marquetée bigarrée de taches, et que cette bigarrure ne le rend pas laid, et parce que c'est un animal cruel et artificieux, et plus prompt que les autres à saisir la proie, et que tels sont aussi ceux qui en raisonnant savent adroitement confirmer le dogme de la foi séparée d'avec les bonnes œuvres par des raisonnements d'après l'homme naturel; quoique ce dogme soit en discordance avec les vrais, néanmoins par ces raisonnements ils font qu'il apparaît comme en cohérence avec les vrais ; c'est pour cela que cette bête, quant au corps, apparut semblable à un léopard. Comme ces choses sont signifiées par le léopard, je vais d'abord par quelques exemples illustrer comment ceux qui séparent la foi d'avec sa vie, c'est-à-dire, d'avec les bonnes œuvres, font que les choses discordantes apparaissent par leurs raisonnements comme si elles étaient en cohérence : Dans la Parole, en beaucoup d'endroits, les dogmes hérétiques sont décrits par des idoles, que le fabricateur forme par divers moyens, jusqu'à ce qu'elles apparaissent en figure d'homme, mais auxquelles il ne peut être donné une vie telle, qu'elles puissent voir, entendre, mouvoir les mains et les pieds, et parler : j'ai aussi vu faire cela, dans le Monde spirituel, par quelques-uns qui avaient séparé la foi d'avec les bonnes œuvres, et ce travail dura pendant quelques heures, et après que l'idole eut été faite, elle apparut, il est vrai, à la vue de plusieurs comme l'image d'un homme, mais aux yeux des Anges comme un monstre; ceux-là voulurent même au moyen de leurs artifices y mettre quelque chose de la vie, mais ils ne le purent pas. Si dans le Monde spirituel il se fait de telles choses, c'est parce que tout ce qui apparaît là est représentatif de spirituels, qui se présentent dans des formes telles que celles qui existent dans le Monde naturel ; par suite il apparaît des bêtes de la terre et des oiseaux du ciel de tout genre, par suite aussi il apparaît des maisons, et dans ces maisons des chambres, et dans ces chambres divers ornements, puis des jardins et des paradis pleins d'arbres fruitiers et de fleurs ; il apparaît aussi des tables et sur elles des mets de tout genre, et d'innombrables autres choses, qui toutes cependant sont d'origine spirituelle, et sont par suite représentatives des spirituels : c'est de là que quelques-uns y forment plusieurs choses par lesquelles les spirituels sont effigies ; de là vient que ceux-ci aussi voulaient présenter la foi séparée d'avec les bonnes œuvres sous l'image d'un homme, pour persuader aux simples par cette apparence, que ce dogme hérétique était un Divin Vrai; car dans sa forme tout vrai d'après le Seigneur est homme, de là les Anges, parce qu'ils sont des réceptions du Divin Vrai d'après le Seigneur, sont des formes humaines ; bien plus, tout ce qui chez l'Ange vient du Divin Vrai est d'une telle forme ; qu'il en soit ainsi, on peut le voir en plusieurs endroits dans le TRAITE DU CIEL ET DE L’ENFER, et spécialement par les choses qui y ont été dites, N° 460. Que les idoles, dans la Parole, signifient les doctrinaux faux tirés de la propre intelligence, qui apparaissent comme vrais, on le voit ci-dessus, N° 587 : ces choses ont été dites, afin qu'on sache que dans toutes les hérésies, et principalement dans cette hérésie-universelle sur la séparation de la foi d'avec les bonnes œuvres, on peut par des raisonnements introduire l'apparence qu'elles sont fondées sur des vrais et non sur des faux. Mais ceci sera illustré par un exemple : Qui est-ce qui ne peut pas être amené à croire que la foi seule est l'unique moyen de salut, puisque l'homme ne peut pas par lui-même faire le bien qui en soi est le bien? à la première vue il semble à chacun que cela est conséquent, et ainsi cohérent avec le Vrai, et alors on ne sait pas que c'est un raisonnement d'après l'homme naturel continuant la séparation de la foi d'avec les bonnes œuvres; persuadé par ce raisonnement l'homme pense qu'il n'a pas besoin de faire attention à sa vie, parce qu'il a la foi; mais celui qui est dans cette persuasion ne sait pas que faire le bien d'après la Parole, c'est-à-dire, parce qu'il a été commandé dans la Parole, c'est faire le bien par le Seigneur, et qu'ainsi il fait le bien par lui-même, mais croit néanmoins que c'est par le Seigneur : mais, sur ce sujet, il en sera, dit davantage dans la suite. Par ce peu d'explication on peut voir comment, au moyen de raisonnements, on peut facilement introduire l'apparence que ce faux, qui règne universellement dans l'Église Chrétienne, concorde avec ce vrai, que tout bien, qui en soi est le bien, vient du Seigneur, et que rien de ce bien ne vient de l'homme, et que par conséquent l'homme peut cesser de faire le bien, et néanmoins être sauvé, lorsque cependant cela ne concorde nullement. Que de tels raisonnements soient signifiés par le léopard, on peut le voir par les passages suivants, dans Jérémie : « L'Éthiopien changera-t-il sa peau ou le léopard ses taches? Vous aussi, pourrez-vous faire le bien, ayant été instruits à faire le mal? »—XIll. 23; — « l'Ethiopien changera-t-il sa peau? » signifie que le mal ne peut changer sa nature, l'Éthiopien est le mal dans sa forme, parce qu'il est tout entier noir, et comme la peau est l'extrême de l'homme, et correspond à son sensuel, elle est sa nature ; « ou le léopard ses taches? » signifie que le faux du mal ne peut pas non plus être changé; le léopard ici est le faux d'après le mal, car c'est le vrai falsifié par les raisonnements, et les taches sont les choses falsifiées; comme l'un et l'autre est contre le bien, il est dit « vous aussi, pouvez-vous faire le bien, ayant été instruits à faire le mal? » il est dit que l'un et l'autre est contre le bien, à savoir, le mal et le faux du mal, parce qu'il y a le mal de la volonté, et par suite le faux de l'entendement, le mal de la volonté est le mal d'après la nature, et le faux de l'entendement devient le mal par l'acte, car la volonté agit par l'entendement et fait le mal. Dans Ésaïe : « La justice sera la ceinture de ses reins, et la vérité la ceinture de ses cuisses; c'est pourquoi demeurera le loup avec l'agneau, et le léopard avec le chevreau couchera; le veau et aussi le lionceau et le bétail gras ensemble, et un petit garçon les conduira. »— XI. 5, 6;— ces choses ont été dites du Seigneur et de son royaume, et de l'état d'innocence et de paix dans son royaume; qu'elles aient été dites du Seigneur, on le voit clairement par le Verset 1 de ce Chapitre, où il est dit qu'il sortira un rameau du tronc de Jischaï, et qu'un rejeton croîtra de ses racines : « la justice sera la ceinture de ses reins, et la vérité la ceinture de ses cuisses, » signifie que le Divin Bien procédant du Divin Amour du Seigneur conjoindra ceux qui, dans le Ciel et dans l'Église, sont dans l'amour envers Lui, et que le Divin Vrai procédant de Lui enjoindra ceux qui, dans le Ciel et dans l'Église, sont dans l'amour à l'égard du prochain; par la justice, lorsqu'elle se dit du Seigneur, il est entendu le Divin Bien, et par les reins du Seigneur il est entendu ceux qui sont dans l'amour envers Lui ; par la vérité il est entendu le Divin Vrai, par les cuisses il est entendu ceux qui sont dans l'amour à l'égard du prochain, et par la ceinture il est signifié la conjonction avec eux dans le Ciel et dans l'Église : « c'est pourquoi demeurera, » signifie l'état de paix, qui existe quand on ne craint rien de mal de la part de l'enfer, parce que l'enfer ne peut causer aucun dommage; « le loup avec l'agneau, et le léopard avec le chevreau couchera, » signifie qu'aucun mal ni aucun faux ne nuira à ceux qui sont dans l'innocence et dans la charité par le Seigneur; par le loup est signifié le mal qui est opposé à l'innocence et s'efforce de la détruire, et par le léopard est entendu le faux opposé à la charité, lequel par des raisonnements pour la foi s'efforce de détruire la charité; par l'agneau est signifiée l'innocence, et par le chevreau la charité; « le veau et aussi le lionceau et le bétail gras ensemble, » signifie que le faux infernal ne nuira pas à l'innocence de l'homme naturel, ni à aucune affection de son bien; par le veau est signifiée l'innocence de l'homme naturel, par le bétail gras ou le bœuf est signifiée l'affection de l'homme naturel, et par le lion le faux infernal quant à la puissance et à la cupidité de détruire le Divin Vrai; « et un petit garçon les conduira, » signifie l’état de l'innocence et de l'amour envers le Seigneur, dans lequel ils seront; le garçon signifie l'innocence et en même temps l'amour envers le Seigneur; en effet, l'amour envers le Seigneur fait un avec l'innocence, car ceux qui sont dans cet amour sont aussi dans l'innocence, comme sont ceux qui sont dans le troisième Ciel, lesquels aussi par suite apparaissent aux yeux des autres comme de petits enfants ou de petits garçons. Dans Jérémie : « Le lion de la forêt a frappé les grands de Jérusalem, le loup des campagnes les a dévastés, le léopard est au guet contre leurs villes; quiconque en sortira sera déchiré, car multipliées ont été leurs prévarications, et fortes sont devenues leurs rébellions. » — V. 6; —ces choses ont été dites de la falsification du vrai dans l'Église, et par les grands de Jérusalem sont entendus ceux qui prendront le devant sur les autres pour enseigner les vrais et les biens, et par Jérusalem est entendue l'Église quant à la doctrine; par le lion de la forêt qui a frappé les grands est signifiée la domination du faux infernal; par le loup qui dévastera est signifiée la domination du mal qui en provient, l'un et l'autre, tant le faux que le mal, détruisant les vrais et les biens de l'Église; par le léopard, qui est au guet contre les villes, sont signifiés les raisonnements d'après les faux du mal contre les vrais de la doctrine; les villes signifient les doctrinaux, ainsi les vrais de la doctrine;« quiconque en sortira sera déchiré, » signifie que quiconque se retire des vrais de la doctrine périra par les faux ; par les prévarications qui ont été multipliées sont signifiées les falsifications du vrai, par les rébellions qui sont devenues fortes sont signifiées les adultérations du bien ; que les falsifications du vrai et les adultérations du bien soient signifiées par les prévarications et par les rébellions, on le voit par le Verset suivant où il est dit qu'ils ont commis adultère, et que dans la maison de la prostituée en foule ils sont entrés, ce qui signifie ces falsifications et ces adultérations. Dans Habakuk : « Légers sont plus que les léopards ses chevaux, et subtils ils sont plus que les loups du soir, en sorte que ça et là se répandent ses cavaliers. » —I. 8;—ces choses concernent la dévastation de l'Église par l'adultération du vrai ; la nation Chaldéenne, de qui ces choses sont dites, signifie cette dévastation; « légers sont plus que les léopards ses chevaux, » signifie la cupidité de séduire par des raisonnements, et par suite l'habileté à séduire; leur cupidité et leur habileté sont signifiées en ce qu'ils sont légers et prompts, les raisonnements d'après l'homme naturel y sont signifiés par les chevaux, et comme ils sont signifiés par les chevaux et que des raisonnements semblables sont signifiés par les léopards, c'est pour cela qu'il est dit que leurs chevaux sont légers plus que les léopards; « subtils ils sont plus que les loups du soir, » signifie l'astuce de tromper par des illusions, les illusions des sens sont signifiées ici par les loups du soir, parce que les illusions viennent de l'homme sensuel, qui voit dans les ténèbres les faux comme des vrais ; « en sorte que ça et là se répandent ses cavaliers, » signifie en sorte que par adultération les vrais de la Parole deviennent des choses hérétiques, par les cavaliers sont signifiées les hérésies, parce que les chevaux signifient les ratiocinations, par lesquelles sont confirmés les faux. Dans Daniel : « La troisième bête qui montait de la mer était comme un léopard, et à elle quatre ailes, comme d'oiseau, sur son dos. » —VII. 6; — là, par les quatre bêtes, qui montaient de la mer, est décrite la dévastation successive de l'Église, et par cette troisième bête, qui était comme un léopard, il est signifié les mêmes choses que par le léopard dans cet endroit de l'Apocalypse, à savoir, des raisonnements qui sont en discordance, et néanmoins apparaissent comme en cohérence; « à elle quatre ailes, comme d'oiseau, sur son dos, » signifie l'apparence de l'entendement du bien et du vrai d'après l'application du sens de la lettre de la Parole. Dans Hosée : « Moi, je t'ai connu dans le désert, dans une terre de sécheresses; quand ils avaient leur pâturage, alors ils se sont rassasiés; quand ils ont été rassasiés, alors s'est élevé leur cœur, parce qu'ils M'ont oublié; c'est pourquoi je suis devenu pour eux comme un lion, comme un léopard sur le chemin j'épierai. » —XIII. 5, 6, 7;—« Moi, je t'ai connu dans le désert, dans une terre de sécheresses, » signifie l'état sans le bien et sans les vrais, le désert est l'état sans le bien, et une terre de sécheresses est l'état sans les vrais ; « quand ils avaient leur pâturage, alors ils se sont rassasiés, » signifie quand il leur a été donné des biens et des vrais, c'est-à-dire, quand ils ont été instruits d'après la Parole jusqu'à la pleine nutrition de l'âme; « quand ils ont été rassasiés, alors s'est élevé leur cœur, » signifie quand d'après cette plénitude ils se sont élevés au-dessus de tous, en croyant que pour cela même eux seuls et non les autres auraient le Ciel; « parce qu'ils M'ont oublié, » signifie que le faste a oblitéré ces choses, et que par suite leur désir, et avec lui leur cœur, s'est retiré du Seigneur; « c'est pourquoi je suis devenu pour eux comme un lion, » signifie par suite la dévastation de tout vrai de l'Église; « comme un léopard sur le chemin j'épierai, » signifie la falsification du vrai par les raisonnements d'après l'homme naturel ; par le léopard est signifiée la falsification par les raisonnements; par le chemin, le vrai qui conduit au bien, et par épier, l'intention de pervertir : cela est ainsi dit du Seigneur dans le sens de la lettre de la Parole d'après l'apparence du vrai, dans laquelle cependant se tient caché le vrai réel, qui est le sens spirituel de la Parole; ce vrai, c'est que le Seigneur n'est pas comme un lion qui dévaste l'Église, ni comme un léopard qui falsifie les vrais par des raisonnements, mais que c'est l'homme qui fait cela quand son cœur s'enorgueillit. D'après ces explications, on peut voir ce qui est signifié par le léopard dans la Parole.
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