| Apocalypse Expliquée 543. Et de la fumée sortirent des Sauterelles sur la terre, signifie que d'après les faux infernaux ils devinrent sensuels-corporels dans l'Église : on le voit par la signification de la fumée, en ce qu'elle est le faux infernal, comme il a été montré ci-dessus, N° 539; que ce soit le faux infernal qui est signifié ici par la fumée, c'est parce qu'il vient d'être dit ci-dessus que cette fumée montait du puits de l'abîme, et que par le puits de l'abîme il est signifié l'enfer, où sont et d'où viennent les faux du mal qui falsifient les vrais de la Parole; par la signification des Sauterelles, en ce que c'est le dernier sensuel de l'homme, sensuel qui est dans le faux du mal, ainsi qu'il va être montré; et par la signification de sortir sur la terre, en ce que c'est dans l'Église, car la terre signifie l'Église; et même les choses qui sont contenues dans l'Apocalypse sont des prédictions sur l'Église et sur l'état de l'Église. Que la Sauterelle signifie le dernier sensuel de l'homme, sensuel qui est dans le faux du mal, on peut le voir d'après toutes et chacune des choses qui sont dites dans ce Chapitre jusqu'au Vers. 12, et dont l'explication montre qu'il n'est pas entendu autre chose par les Sauterelles : mais ici, il sera d'abord dit ce qui est entendu par le dernier sensuel de l'homme : Il est entendu, non pas le sensuel de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût et du toucher, car ce sont là les propres du corps, mais le dernier de la pensée et de l'affection, lequel est d'abord ouvert chez les petits enfants, et est tel, qu'ils ne pensent pas autrement, et ne sont pas affectés par d'autres objets, que par les choses qui font un avec les sens ci-dessus nommés; en effet, les petits enfants apprennent à penser par les sens, et à être affectés par les objets selon les choses qui ont plu aux sens; c'est pourquoi, le premier interne, qui est ouvert chez eux, est le sensuel qui est appelé dernier sensuel de l'homme, et aussi sensuel corporel : ensuite, quand le petit enfant grandit et devient un jeune garçon (puer), le sensuel intérieur est ouvert, et d'après ce sensuel il pense naturellement et il est aussi affecté naturellement; enfin, quand il devient adolescent et jeune homme, son sensuel plus intérieur est ouvert; d'après ce sensuel, il pense rationnellement, et, s'il est dans le bien de la charité et de la foi, il pense spirituellement, et il est aussi affecté rationnellement et spirituellement; c'est cette pensée et cette affection qui sont appelées l'homme rationnel et spirituel; les précédentes sont appelées l'homme naturel ; et les premières, l'homme sensuel : chez chaque homme, les intérieurs, qui appartiennent à sa pensée et à son affection, sont ouverts successivement, et cela, par l'influx continu venant du Seigneur par le Ciel; par cet influx est d'abord formé le sensuel qui tient le plus près au corps, d'où l'homme devient sensuel; ensuite le naturel, d'où il devient naturel; et plus tard le rationnel et avec le rationnel le spirituel, d'où il devient homme rationnel et spirituel; mais homme spirituel, en tant que l'homme pense à Dieu et aux Divins qui procèdent de Dieu; et il est formé et perfectionné, en tant qu'il est affecté des Divins, c'est-à-dire, en tant qu'il les veut et qu'il y conforme sa vie; mais si cela ne se fait pas, alors l'homme spirituel est ouvert communément, mais il n'est pas formé, ni à plus forte raison perfectionné; par cela que l'homme spirituel est ouvert communément, l'homme a la faculté de penser, et de parler rationnellement d'après la pensée, car c'est là le commun effet de l'influx du Ciel chez tout homme : d'après cela, on peut voir qu'il y a des pensées et des affections de l'homme qui sont spirituelles, et qu'il y en a de naturelles, et aussi de sensuelles; et qu'il y a des pensées et des affections spirituelles chez ceux qui pensent d'après Dieu sur Dieu et sur les Divins, mais qu'il y a seulement des pensées et des affections naturelles chez ceux qui ne pensent pas d'après Dieu sur Dieu et sur les Divins, mais qui pensent seulement, d'après eux ou d'après le monde, sur eux ou sur le monde : toutefois, il faut qu'on sache que penser d'après soi ou d'après le monde, c'est penser, non d'après soi ni d'après le monde, mais d'après l'enfer, car celui qui ne pense pas d'après Dieu pense d'après l'enfer, personne ne peut penser en même temps d'après l'un et l'autre : mais ceux qui nient Dieu, et par suite les Divins appartenant au Ciel et à l'Église, et qui se confirment contre eux, deviennent tous des hommes sensuels plus ou moins selon les confirmations ; ils pensent seulement des faux quand il s'agit des spirituels, et ils sont affectés des maux, et s'ils pensent quelques vrais, soit que ces vrais soient spirituels, ou moraux, ou civils, c'est seulement d'après la science de ces vrais qui sont dans la mémoire; mais au-delà des causes les plus proches, qu'ils peuvent aussi confirmer, ils ne voient rien, et s'ils sont affectés des biens, c'est seulement d'après un plaisir en vue d'eux-mêmes ou du monde, ainsi d'après une cupidité qui appartient à l'amour de soi, ou qui appartient à l'amour du monde; c'est là la pensée de l'homme sensuel, qui est appelée pensée matérielle, et c'est son affection qui est appelée affection corporelle; celle-ci est la cupidité. De plus, il faut qu'on sache que tous les maux que l'homme tient de ses parents, maux qui sont appelés héréditaires, sont situés dans son homme naturel et dans son homme sensuel, mais non dans son homme spirituel; de là vient que l'homme naturel, et principalement l'homme sensuel, sont opposés à l'homme spirituel; en effet, l'homme spirituel dès l'enfance est fermé, et il est seulement ouvert et formé par les Divins Vrais reçus par l'entendement et par la volonté; et autant et selon que cet homme est ouvert et formé, autant sont éloignés les maux de l'homme naturel et de l'homme sensuel, et à la place de ces maux sont implantés les biens : puisque tous les maux sont situés dans l'homme naturel et dans l'homme sensuel, il s'ensuit qu'il en est de même des faux, et cela, parce que tous les faux appartiennent au mal, car lorsque l'homme désire et veut d'après le mal, il pense et parle d'après le faux ; en effet, quand le mal de la volonté se forme dans la pensée pour se manifester aux autres ou à l'homme lui-même tel qu'il est, il est appelé le faux; c'est pourquoi, le faux est la forme du mal comme le vrai est la forme du bien : d'après ces explications, on peut voir qui et quel est l'homme appelé homme sensuel, et que l'homme devient sensuel, quand il continue par l'acte les maux dans lesquels il naît, et qu'il y en ajoute de lui-même plusieurs autres; autant il fait cela, et s'y confirme, autant l'homme spirituel est tenu fermé, et cet homme étant fermé, l'homme naturel et sensuel nie les Divins qui sont du Ciel et de l'Église, et ne reconnaît que les choses qui sont du monde et de la nature; bien plus, l'homme sensuel est alors tellement aveugle, qu'il ne croit que ce qu'il voit des yeux et touche des mains : tels sont la plupart des érudits, quoiqu'ils soient réputés intelligents et sages parce qu'ils peuvent parler d'après les sciences qui sont dans la mémoire, et cela, en apparence comme l'homme rationnel, parce que le mental spirituel chez eux, comme chez tout homme, a été ouvert communément, ainsi qu'il a été dit ci-dessus. Comme dans ce qui suit maintenant dans ce Chapitre il s'agit beaucoup de la Sauterelle, et que par elle est signifié le sensuel qui est le dernier ou l'extrême de l'homme naturel, il importe qu'on sache pleinement ce qu'est et quel est ce sensuel, et par suite qui et quel est l'homme sensuel, je vais pour cela même rapporter ici ce qui en a été dit et montré dans les ARCANES CELESTES; ce sont les propositions suivantes : Le Sensuel est le dernier de la vie de l'homme, adhérant et inhérant à son corporel, Nos 5077, 5767, 9212, 9216, 9331,9730. Est appelé homme Sensuel celui qui juge toutes choses d'après les sens du corps, et qui ne croit que ce qu'il peut voir des yeux et toucher des mains, disant que cela est quelque chose, et rejetant tout le reste, Nos 5094, 7693. Un tel homme pense dans les extrêmes, et non intérieurement d'après quelque lumière spirituelle, Nos 5089, 5094, 6564, 7693. Les intérieurs de son mental, qui voient d'après la lumière du Ciel, ont été fermés, tellement qu'il n'y voit rien du vrai qui appartient au Ciel et à l'Église, N°s 6564, 6844, 6845. En un mot, il est dans une grossière lueur naturelle, et ainsi il ne perçoit rien de ce qui procède de la lumière du Ciel, Nos 6201, 6310, 6564, 6844,6845, 6598, 6612, 6614, 6622, 6624. Par suite il est intérieurement contre les choses qui appartiennent au Ciel et à l'Église, N°s 6201, 6316, 6844, 6845, 6948, 6949. Les Érudits, qui se sont confirmés contre les vrais de l'Église, sont sensuels, N° 6316. Les hommes sensuels raisonnent avec rigueur et adresse, parce que leur pensée est si près de leur parole qu'elle est presque en elle, et parce qu'ils placent toute intelligence dans le discours provenant de la mémoire seule, N°s 195, 196, 5700, 10236; mais ils raisonnent d'après les illusions des sens, par lesquelles le vulgaire est séduit, N°s 5084, 6948, 6949, 7693. Les hommes sensuels ont plus d'astuce et de malice que tous les autres, Nos 7693, 10236. Les avares, les adultères, les voluptueux et les fourbes, sont principalement sensuels, N° 6310. Leurs intérieurs sont sales et corrompus, N° 6201. Par eux ils communiquent avec les enfers, N° 6311. Ceux qui sont dans les enfers sont sensuels, et plus ils sont sensuels, plus ils y sont profondément, Nos 4623, 6311. La sphère des esprits infernaux se conjoint avec le sensuel de l'homme par le dos, N° 6812. Ceux qui ont raisonné d'après le sensuel, et par suite contre les vrais réels de la foi, ont été appelés par les Anciens des serpents de l'arbre de la science, Nos 195, 196,197, 6398, 6949, 10313. Le sensuel de l'homme et l'homme sensuel sont en outre décrits, N° 10236; et l'extension du sensuel chez l'homme, N° 9731. Les sensuels doivent être à la dernière place et non à la première; et, chez l'homme sage et intelligent, ils sont à la dernière place, et sont soumis aux intérieurs; mais chez l'homme insensé ils sont à la première place, et ils dominent ; ce sont ceux-ci qui sont proprement appelés sensuels, N°s 5077, 5125, 5128, 7645. Si les sensuels sont à la dernière place, par eux est ouvert le chemin vers l'entendement, et les vrais sont épurés par un mode d'extraction, N° 5580. Ces sensuels de l'homme se tiennent très-près du monde, et ils admettent les choses qui affluent du monde, et pour ainsi dire ils les criblent, N° 9726. L'homme externe ou naturel communique avec le monde par ces sensuels, et avec le Ciel par les rationnels, N° 4009. Les sensuels fournissent ainsi les choses qui servent aux intérieurs appartenant au mental, Nos 5077, 5081. Il y a des sensuels qui fournissent à la partie intellectuelle, et des sensuels qui fournissent à la partie volontaire, N° 5077. Si la pensée n'est pas élevée hors des sensuels, l'homme a peu de sagesse, N° 5089. L'homme sage pense au-dessus des sensuels, Nos 5089,5094. Quand sa pensée est élevée au-dessus des sensuels, l'homme vient dans une lueur plus claire, et enfin dans une lumière céleste, N°s 6183, 6313, 6315, 9407, 9730, 9922. L'élévation au-dessus des sensuels et le détachement des sensuels étaient connus des Anciens, N° 6313. L'homme par son esprit peut voir les choses qui sont dans le monde spirituel, s'il peut être détaché des sensuels qui sont du corps, et être élevé dans la lumière du Ciel par le Seigneur, N° 4622. La raison de cela, c'est que le corps ne sent pas, mais c'est l'esprit de l'homme qui sent dans le corps; et autant il sent dans le corps, autant il sent grossièrement et obscurément, ainsi dans les ténèbres; mais autant il sent non dans le corps, autant il sent clairement et dans la lumière, Nos 4622, 6614, 6622. Le dernier de l'entendement est le scientifique sensuel, et le dernier de la volonté est le plaisir sensuel, N° 9996. Quelle est la différence entre les sensuels communs avec les bêtes et les sensuels non communs avec elles, N° 10236. Il y a des hommes sensuels non méchants, parce que leurs intérieurs n'ont pas été autant fermés; de leur état dans l'autre vie, N° 6311. — Que par la Sauterelle il ne soit pas signifié autre chose que ce sensuel de l'homme, sensuel qui vient d'être décrit, on peut le voir d'après d'autres passages dans la Parole, où il est parlé de la Sauterelle; par exemple, dans Moïse : « Moscheh étendit son bâton sur la terre d'Egypte, et Jéhovah amena un vent oriental en la terre, tout ce jour-là, et toute la nuit : le matin se fit, et le vent oriental apporta la Sauterelle. Et la Sauterelle monta sur toute la terre d'Egypte, et elle se posa dans toute la frontière d'Egypte, en masse forte ; avant elle il n'y eut point de Sauterelle comme celle-là, et après elle il n'y en aura point ainsi : et elle couvrit la surface de toute la terre, de sorte que la terre fut obscurcie; et elle mangea toute l'herbe de la terre, et tout le fruit de l'arbre, qu'avait laissé la grêle, de sorte qu'il ne resta aucune verdure de l'arbre, ni en l'herbe du champ dans toute l'Egypte. Et la Sauterelle remplit les maisons de Pharaon, et les maisons le tous ses serviteurs, et les maisons de tous les Égyptiens. » —Exod. X. 4, 6, 13, 14,15 ; — tous les Miracles en Egypte, de même que tous les Miracles rapportés dans la Parole, enveloppent et signifient des spirituels qui appartiennent au Ciel et à l'Église, ainsi les plaies d'Egypte des plaies spirituelles ; cette plaie, à savoir, la plaie des sauterelles, la destruction de tout le naturel de l'homme par l'irruption du mal et du faux provenant du sensuel ; par l'Egypte est signifié l'homme naturel quant au scientifique et quant au charme qu'il y trouve, et par la Sauterelle le faux et le mal de l'homme sensuel dévastant l'homme naturel, c'est-à-dire, chassant de là et détruisant tout vrai et tout bien de l'Église, aussi est-il dit que la Sauterelle monta sur toute la terre d'Égypte, et se posa dans toute la frontière d'Egypte; par la terre d'Egypte est signifié le naturel chez les hommes de l'Église, et par la frontière d'Egypte est signifié le sensuel chez eux, car le sensuel est le dernier ou l'extrême du naturel, c'est pourquoi il en est la frontière; la Sauterelle est le faux et le mal, là. Comme le faux et le mal de l'homme sensuel, c'est ce qu'il y a de plus massif, car c'est là le corporel et le terrestre, voilà pourquoi il est dit que cette Sauterelle était en masse forte, et qu'avant elle il n'y en eut point comme celle-là, et qu'après elle il n'y en aura point ainsi ; et cela, parce que les Égyptiens étaient dans la science des correspondances, et que par cette science ils avaient eu connaissance des spirituels qui appartiennent au Ciel, et les avaient tournés en magies. Comme le faux et le mal de l'homme sensuel, quand de là ils font irruption dans l'homme naturel, le ravagent entièrement, en y détruisant tout vrai et tout bien, c'est pour cela qu'il est dit que la Sauterelle couvrit toute la surface de la terre, de sorte que la terre fut obscurcie, et qu'elle mangea toute l'herbe de la terre, et tout le fruit de l'arbre ; la terre d'Egypte est le naturel chez les hommes de l'Église, l'herbe de la terre y est le vrai, et le fruit de l'arbre y est le bien. Semblable chose est encore entendue en ce que la Sauterelle remplit les maisons de Pharaon, de ses serviteurs et de tous les Égyptiens, car par maison de Pharaon, de ses serviteurs et de tous les Égyptiens, est signifié le mental naturel dans toute son extension; en effet, la maison dans la Parole signifie les intérieurs de l'homme qui appartiennent à son mental (mens) et à son mental (animus), ici, ceux qui appartiennent à son mental naturel. Il est dit qu'ici par la Sauterelle montant sur toute la terre d'Egypte il est signifié l'irruption du faux et du mal de l'homme sensuel dans l'homme naturel, tandis que cependant l'homme naturel est intérieur et l'homme sensuel extérieur, et que l'irruption ou l'influx existe, non pas de l'extérieur dans l'intérieur, mais de l'intérieur dans l'extérieur; c'est pourquoi, il faut qu'on sache que par l'irruption ou l'influx de l'homme sensuel dans l'homme naturel il est entendu l'abaissement de l'homme naturel jusqu'à ce qu'il soit semblable à l'homme sensuel ; de là l'extension du mal et du faux est plus grande, et l'un et l'autre est pareillement corporel et terrestre : d'ailleurs, dès l'enfance l'homme apprend à séparer l'homme sensuel de l'homme naturel en disant le vrai et en faisant le bien, quoique d'après l'homme sensuel il pense le faux et veuille le mal; et cela, jusqu'à ce que ces deux hommes soient absolument séparés, ce qui arrive quand l'homme est réformé et régénéré par le Seigneur; mais s'ils ne sont point séparés, l'homme ne peut que penser et vouloir follement, et par suite vouloir et agir follement. Comme là par la Sauterelle il est signifié le sensuel quant au faux et au mal, ou, ce qui est la même chose, le faux et le mal de l'homme sensuel, c'est pour cela que la même chose est signifiée par la sauterelle et le grillon, dans David : « il envoya contre eux une masse d'insectes qui les consuma, et la grenouille qui les détruisit; et il donna au grillon leur produit, et leur travail à la sauterelle.» — Ps. LXXV1II. 45, 46 : —et dans le Même : « Il dit, et il vint de la sauterelle et du grillon, sans nombre, qui mangea toute herbe dans leur terre, et dévora le fruit de leur terre.»—Ps. CV. 34, 35 ; — mais ici par la sauterelle il est signifié le faux de l'homme sensuel, et par le grillon le mal de cet homme, ou le faux et le mal dans l'homme sensuel et provenant de cet homme; si le mal est signifié par le grillon et le faux par la sauterelle, c'est parce que le grillon est aussi une sauterelle, ce qui résulte évidemment de ce que David parle ici des sauterelles en Egypte, et que cependant dans Moïse il est seulement parlé de la sauterelle et non du grillon. Pareille chose est signifiée par la sauterelle et le grillon, dans Joël : « Le reste de la chenille l'a mangé la sauterelle, et le reste de la sauterelle l'a mangé le hanneton, et le reste du hanneton l'a mangé le grillon : réveillez-vous, (vous) ivres, et pleurez; et lamentez-vous, vous tous qui buvez le vin, à cause du moût, parce qu'il a été retranché de votre bouche.» — I. 4, 5 : —et ailleurs, dans le Même : « Pleines seront les aires de blé pur, et regorgeront les pressoirs de moût et d'huile ; et je vous compenserai les années qu'ont consumées la sauterelle, le hanneton, et le grillon, et la chenille, mon armée grande, que j'ai envoyée parmi vous.» — II. 24, 25; — que par ces animalcules nuisibles soient signifiés les faux et les maux dévastant ou consumant les vrais et les biens chez l'homme de l'Église, cela est évident, puisqu'il est dit « lamentez-vous, vous tous qui buvez le vin, à cause du moût, parce qu'il a été retranché de votre bouche; » par le vin et le moût est signifié le vrai de l'Église; et aussi parce qu'il est dit « pleines seront les aires de blé pur, et regorgeront les pressoirs de moût et d'huile;» car par l'aire il est signifié la doctrine de l'Église, par le blé et l'huile les biens de l'Église, et par le moût les vrais de l'Église. Pareillement dans Nahum : « Là te dévorera le feu, t'exterminera l'épée; elle te dévorera comme le grillon; multiplie-toi comme le grillon, multiplie-toi comme la sauterelle : tu as multiplié tes marchands plus que les étoiles des Cieux; le grillon s'est dispersé, et il s'est envolé. Tes (chefs) couronnés (sont) comme la sauterelle, et tes commandants comme sauterelle de sauterelles, lesquelles campent dans des masures au jour du froid; le soleil se lève, et elle s'envole, et l'on ne connaît plus son lieu, là où elles (étaient).»—III. 15,16,17; —ceci a été dit de la ville de sangs, par laquelle est signifiée la doctrine forgée avec des vrais falsifiés, ainsi avec des faux ; la ruine de ceux qui sont dans la foi et dans la vie selon cette doctrine est signifiée par « te dévorera le feu, t'exterminera l'épée; » par le feu qui dévorera est signifié le mal détruisant le bien, et par l'épée le faux détruisant le vrai; et comme il est entendu le mal et le faux d'après l'homme sensuel, c'est pour cela qu'il est dit « elle te dévorera comme le grillon; multiplie-toi comme le grillon, multiplie-toi comme la sauterelle ; tu as multiplié tes marchands plus que les étoiles des deux;» s'il est parié d'une multiplication comme celle du grillon et comme celle de la sauterelle, c'est parce que les falsifications de la Parole sont faites en très-grande abondance par ceux qui sont sensuels, ainsi par l'homme sensuel, car cet homme est signifié par le grillon et par la sauterelle, ainsi qu'il vient d'être dit; si l'homme sensuel falsifie la Parole plus que les autres, c'est parce que le dernier sens de la Parole, qui est le sens littéral, est pour l'homme naturel et sensuel, et que le sens intérieur est pour l'homme spirituel ; de là vient que l'homme, lorsqu'il n'est pas homme spirituel, mais qu'il est homme naturel et sensuel lequel est dans le mal et par suite dans les faux, ne voit ni les vrais ni les biens de la Parole, mais applique le dernier sens de la Parole à confirmer ses faux et ses maux ; les marchands signifient ceux qui falsifient, communiquent et font valoir; « les chefs couronnés sont comme la sauterelle, et tes commandants comme sauterelle de sauterelles,» signifie que les choses premières et principales de la doctrine, qui est la ville de sangs, sont des faux du mal, et d'après ceux-ci encore des faux du mal;« lesquelles campent dans des masures au jour du froid,» signifie dans les vrais de la Parole, qui ne se montrent pas comme des vrais, parce qu'ils ont été falsifiés, et parce qu'ils proviennent du mal; les masures sont les vrais qui ne se montrent point parce qu'ils ont été falsifiés, et le jour du froid est l'état de l'amour du mal; « le soleil se lève et elle s'envole, et l'on ne connaît plus son lieu, là où elles étaient, » signifie qu'ils consument tout vrai et tout bien, et qu'il n'en reste point. Il est signifié la même chose par une multiplication comme de Sauterelle, dans Jérémie,—XLVI. 20, 22, 23; —et aussi dans le Livre des Juges, —VI. 5. VII. 12. — Le faux dans les extrêmes, ou un faux très-dense, est aussi signifié par la Sauterelle, dans Moïse : « Beaucoup de semence tu jetteras dans le champ, mais peu tu récolteras, parce que la consumera la Sauterelle ». — Deutér. XXVIII. 38; — ceci est au nombre des malédictions, s'ils ne gardaient pas et ne faisaient pas les préceptes de Jéhovah ; par la semence du champ est entendu le vrai de la Parole, et par la Sauterelle le faux condensé provenant de l'homme sensuel, faux qui consumera et détruira. La même chose est signifiée par la Sauterelle, dans Amos, VII. 1, 2; dans Ësaïe, XXXIII. 3, 4; et dans David, Ps. CIX. 22, 23. Comme le sensuel de l'homme est le dernier et l'infime de la vie de la pensée et de l'affection de l'homme, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, et comme l'infime, considéré par ceux qui sont dans un lieu supérieur et plus élevé, est petit, c'est pour cela que le sensuel est comparé aux sauterelles ; par exemple, dans Ésaïe : « Jéhovah qui habite au-dessus du cercle de la terre, et ses habitants (sont) comme des sauterelles. »— XL. 22; — par là il est aussi signifié que les hommes quant à l'intelligence sont dans les infimes, et que le Seigneur est dans les suprêmes. De même les hommes, considérés par ceux qui sont dans la persuasion de leur prééminence sur les autres, sont comparés aux sauterelles, dans Moïse : « Les Explorateurs de la terre de Canaan dirent : Nous avons vu les Néphilim, fils d'Énakim d'entre les Néphilim, et nous étions à nos yeux comme des Sauterelles, et de même nous étions à leurs yeux.» -Nomb. XIII. 33;—que par les Néphilim et les Enakim dans la Parole soient signifiés ceux qui sont dans une très-grande persuasion de leur prééminence et de leur sagesse au-dessus des autres, et dans le sens abstrait, des persuasions affreuses, on le voit dans les ARCANES CELESTES, Nos 311, 567, 581,1268,1270, 1271, 1673, 3686, 7686 : s'ils ont paru et à eux-mêmes et aux autres comme des sauterelles, c'est selon les apparences dans le Monde spirituel; car là, quand ceux qui sont dans la persuasion de leur prééminence regardent les autres, ils les voient comme petits et vils, et même ceux-ci alors se voient eux-mêmes tels. Comme par la Sauterelle il est signifié le sensuel, qui est le dernier de la vie de la pensée de l'homme, ou le dernier dans lequel se termine et sur lequel subsiste l'entendement, d’où ce dernier est comme la base et le fondement sur lequel se tiennent les intérieurs ou supérieurs, qui appartiennent à l'entendement et à la volonté de l'homme, pareillement dans la Parole les intérieurs et supérieurs qui sont appelés spirituels et célestes, et comme toutes choses doivent avoir un fondement pour qu'elles se tiennent et subsistent, voilà pourquoi le sens de la lettre de la Parole, qui est le dernier et la base est naturelle et sensuel, et est aussi entendu dans le sens ben par la sauterelle, par conséquent aussi le vrai et le bien de ce sens; de là vient que Jean-Baptiste mangea des Sauterelles, et qu'il avait été permis aux fils d'Israël d'en manger; à l'égard de Jean-Baptiste, il est dit « qu'il avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins, et qu'il mangeait des Sauterelles et du miel sauvage. »— Matth. III. 4. Marc, I. 6;—si Jean-Baptiste était ainsi vêtu, c'est parce qu'il représentait la Parole, de même qu'Élie, et que par le vêtement de poils de chameau, la ceinture de cuir, et l'action de manger des sauterelles et du miel sauvage, était représenté le dernier sens de la Parole, lequel, ainsi qu'il a été dit, est naturel-sensuel, parce qu'il est pour l'homme naturel-sensuel ; par le vêtement est signifié le vrai revêtant le bien ; par les poils de chameau est signifié le dernier du naturel de l'homme, qui est le sensuel ; par la sauterelle et le miel sauvage est aussi signifié ce dernier quant à l'appropriation, ou le sensuel, par la sauterelle le sensuel quant au vrai, par le miel sauvage le sensuel quant au bien, et par manger, l'appropriation : il faut qu'on sache que dans les temps anciens, quand les Églises étaient des Églises représentatives, tous dans les fonctions étaient vêtus selon leurs représentations, et mangeaient aussi selon ces représentations. Qu'il ait été permis aux fils d'Israël de manger des sauterelles, on le voit par ces passages dans Moïse : « Tout reptile d'oiseau, qui marche sur quatre pieds, vous sera une abomination; mais de celui qui marche sur quatre pieds, qui a des jambes sur ses pieds pour sauter avec elles sur la terre, vous mangerez : parmi ces animaux est aussi nommée la Sauterelle. »—Lévit. XL 20, 21, 22; — s'il a été permis de manger des sauterelles, par la raison qu'elles ont des jambes sur les pieds pour sauter, c'est parce que les jambes signifient le bien naturel conjoint au bien spirituel, et les pieds le vrai naturel d'après ce bien; et tout vrai qui provient du bien doit être approprié et conjoint à l'homme, mais non le vrai qui ne provient pas du bien, car ce vrai a été conjoint à quelque mal; aussi est-il dit que le reptile d'oiseau, qui marche sur quatre pieds, et qui n'a pas de jambes sur les pieds, serait une abomination ; il est dit aussi pour sauter sur la terre, parce que par sauter, quand il s'agit des oiseaux, il est signifié vivre, de même que par marcher quand il s'agit des animaux de la terre, et l'on vit spirituellement d'après les vrais qui procèdent du bien, lesquels sont signifiés par sauter avec des pieds sur lesquels il y a des jambes; mais mourir spirituellement, c'est d'après les vrais conjoints au mal, ce qui est signifié par marcher sur quatre pieds sur lesquels il n'y a pas de jambes, c'est pourquoi il est dit que manger ces animaux est une abomination. Comme le cheval signifie l'intellectuel, et la sauterelle le sensuel qui est le dernier de l'intellectuel, et comme l'intellectuel vit lorsqu'il est dans son dernier, c'est pour cela que les anciens ont dit des chevaux de même que des sauterelles sauter et sautiller; par exemple, dans Job : « Ne donnes-tu pas au cheval la force? ne revêts-tu pas son cou d'agitation? ne fais-tu pas qu'il sautille comme la Sauterelle? la gloire de sa narine est la terreur. »—XXXIX. 19, 20; —là, par le cheval est décrit l'entendement tel qu'il est, c'est-à-dire que, de même que le cheval, il est robuste, il agite et courbe le cou, et il marche en sautillant ; et comme le dernier de l'entendement est le sensuel, et que celui-ci est signifié par la sauterelle, et la vie de l'entendement dans ce dernier par sauter et marcher en sautillant, c'est pour cela qu'il est dit que le cheval sautille comme la Sauterelle. Les très-anciens Livres, au nombre desquels est celui de Job, avaient été écrits par de pures correspondances ; en effet, la science des correspondances était alors la science des sciences, et plus que tous les autres étaient estimés ceux qui pouvaient composer des livres par de plus nombreuses et de plus significatives correspondances; tel est le Livre de Job; mais le sens spirituel, recueilli dans ce Livre d'après les correspondances, ne traite pas des choses saintes du Ciel et de l'Église, comme le sens spirituel dans les Prophètes ; c'est pourquoi ce Livre n'est pas du nombre des Livres de la Parole, mais néanmoins plusieurs passages en sont rapportés à cause des correspondances dont il est rempli.
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