| Apocalypse Expliquée 445. De la Tribu d'Isaschar douze mille marqués, signifie la foi et le salut : on le voit d'après la représentation et par suite d'après la signification d'Isaschar et de sa Tribu, en ce que c'est ce qui fait le ciel et le salut chez l'homme, car Isaschar dans la Langue originale signifie la récompense, et ce qui fait le ciel et le salut chez l'homme, c'est l'amour et la foi; de là l'un et l'autre est signifié par la Tribu d'Isaschar : en effet, dans la Parole, la récompense est plusieurs fois nommée; par exemple, il y est dit qu'on recevra une récompense, et par elle il est entendu la vie éternelle, le salut, et par la plupart la joie céleste; c'est aussi ce qui est signifié dans le sens le plus proche par la récompense; mais comme il est permis à l'homme de penser à la vie éternelle, au salut et à la joie céleste, s'il vit selon les préceptes du Seigneur, et que néanmoins il ne lui est pas permis d'avoir l'esprit fortement tendu sur la récompense, car alors il a pour fin la récompense et tombe facilement dans la pensée que par sa vie il mérite le ciel et le salut, et cette pensée fait qu'il se contemple en toutes choses, contemplation qui l'éloigné du ciel, car autant l'homme se contemple dans ses actes, autant il ne contemple pas le ciel, c'est pour cela que la récompense, dans la Parole, signifie ce en quoi il y a le ciel et le salut, ainsi en général l'amour et la foi, et par suite l'intelligence et la sagesse; en ces choses il y a le salut et le ciel, par conséquent la joie céleste, en tant que l'homme ne pense pas à la récompense : d'après ces considérations on peut voir ce qui est signifié par Isaschar et par sa Tribu. Si ici il est signifié la foi, c'est parce que par la Tribu de Siméon il est signifié l'obéissance, et par la Tribu de Lévi les bonnes œuvres, et que ceux qui sont dans les bonnes œuvres d'après l'obéissance sont dans la foi ; mais ceux qui sont dans les biens de la vie d'après l'affection spirituelle du vrai et du bien sont dans la charité, et ceux qui sont dans les biens de la vie d'après l'affection céleste sont dans l'amour envers le Seigneur; de même aussi sont distingués les Anges dans les Cieux, dans le Ciel intime ou troisième Ciel sont ceux qui sont dans les biens de la vie d'après l'affection céleste; dans le Ciel moyen ou second Ciel ceux qui sont dans le bien de la vie d'après l'affection spirituelle, et dans le dernier ou premier Ciel ceux qui sont dans les bonnes œuvres d'après l'obéissance; ceux-ci sont aussi dits être dans la foi, car ils croient selon leur conception les choses qu'ils apprennent du sens littéral de la Parole et du prédicateur, sans voir ni percevoir si ce sont des vrais, c'est pourquoi leur pensée sur les choses qu'il faut croire est appelée foi ; car on appelle proprement foi ce que l'on croit sans une vue intellectuelle et sans une perception que cela soit ainsi ; de là résulte qu'ils peuvent croire le faux tout aussi bien que le vrai : mais lorsque ce qu'on croit est vu et perçu, cela est appelé non pas foi mais aperception et perception ; car l'entendement illustré par le Seigneur voit, et la volonté est affectée, et l'acte d'après l'un et l'autre vient ensuite. Si la foi est signifiée ici par Isaschar et par sa Tribu, c'est que par ces trois Tribus, dont douze mille de chacune ont été marqués, il est entendu tous ceux qui sont dans le dernier ou premier Ciel, et ceux qui sont dans ce Ciel sont dits être dans les bonnes œuvres d'après l'obéissance, et dans la foi; beaucoup d'entre eux appellent aussi la foi seule l'essentiel du salut, mais néanmoins ils ne la séparent point des bonnes œuvres, car ils disent que la foi leur est donnée par le Seigneur parce qu'ils sont dans les bonnes œuvres, et que s'ils n'y étaient pas, la foi ne serait pas donnée : mais ceux qui séparent la foi des bonnes œuvres, et disent qu'elle est l'unique moyen de salut et qu'ils sont sauvés par elle de quelque manière qu'ils vivent, et qui confirment cela par la vie, ne sont pas dans le dernier Ciel, mais ils sont dans l'enfer. Ceux qui ont en vue la récompense pour les biens qu'ils font, et qui placent ainsi le mérite dans les œuvres, sont entendus par Isaschar, dans la Prophétie d'Israël sur ses fils : « Isaschar (est) un âne ossu, couché entre les bagages. Et il verra que le repos (est) bon, et que la terre (est) agréable; et il inclinera son épaule au fardeau, et il sera à tribut asservi. » —Gen. XLIX. 14, 15;— là, Isaschar signifie la récompense ou la rémunération d'après les œuvres; l'âne ossu signifie le service infime; « couché entre les bagages, » signifie la vie parmi les œuvres; « et il verra que le repos est bon, » signifie que les œuvres du bien sans rémunération sont pleines de félicité ; « et que la terre est agréable, » signifie que ceux qui sont dans le Royaume du Seigneur sont dans cette félicité; « et il inclinera son épaule au fardeau, » signifie que néanmoins par tout moyen il travaille; « et il sera à tribut asservi, » signifie afin de mériter : mais ces paroles» ont été expliquées avec beaucoup plus de détails dans les ARCANES CELESTES ; voir Nos 6387 à 6394. Au contraire, ceux qui dans les biens qu'ils font ne placent pas le mérite en portant leurs regards sur la récompense, mais qui placent le Ciel et la félicité de la vie éternelle à bien penser et à bien vouloir et par suite à bien agir, et dans l'affection spirituelle du vrai et du bien, laquelle est chez ceux qui sont dans le mariage céleste, c'est-à-dire, dans le mariage du bien et du vrai, ceux-là sont entendus par ces paroles, dans Moïse : « A Zébulon il dit : Réjouis-toi, Zébulon, dans ta sortie; et (toi), Isaschar, dans tes tentes; les peuples sur la montagne ils appelleront; ils y sacrifieront des sacrifices de justice, parce que l'affluence de la mer ils suceront, et les choses cachées des secrets du sable. » — Deutér. XXXIII. 18, 19; — ces choses ont été dites de ceux qui sont dans le mariage du bien et du vrai, à savoir, dans les vrais quant à l'entendement et à la pensée, et dans les biens quant à la volonté et à l'affection; Zébulon signifie ce mariage, et Isaschar l'affection du vrai et du bien ; se réjouir dans la sortie, signifie qu'ils ont du plaisir dans tous les vrais et tous les biens réels, la sortie signifie tous, parce que c'est le dernier, l'effet et le conclusum; se réjouir dans les tentes, signifie dans tout culte ; appeler les peuples sur la montagne, signifie parce qu'ils sont dans le Ciel où est le bien de l'amour; sacrifier des sacrifices de justice, signifie le culte d'après les vrais qui proviennent du bien ; sucer l'affluence de la mer, signifie puiser dans la Parole les vrais de la doctrine, et par suite l'intelligence; et sucer les choses cachées des secrets du sable, signifie les spirituels qui sont cachés dans le sens de la lettre de la Parole. Comme les Tribus de Jehudah, d'Isaschar et de Zébulon signifiaient le Ciel où est le bien de l'amour, la Tribu de Jehudah ce bien même, la Tribu d'Isaschar l'affection de ce bien, et Zébulon la conjonction du bien avec les vrais, « c'est pour cela que ces trois Tribus campaient à l'Orient de la Tente de convention, » — Nomb. II. 3 à 10; — car dans le Ciel à l'orient habitent ceux qui sont dans le bien de l'amour, et par suite dans l'affection du bien et du vrai, et aussi dans le mariage ou la conjonction du bien et du vrai, à savoir, dans les vrais quant à la doctrine et dans les biens quant à la vie.
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