| Apocalypse Expliquée 1182. Et un Ange fort enleva une pierre comme une grande meule, et il la jeta dans la mer, signifie les confirmations de leur doctrine d'après la Parole, jetées avec eux dans l'enfer : on le voit par la signification d'un Ange fort, en ce que c'est le Divin Vrai dans sa puissance, Nos 130, 200, 302, 593, 800; par la signification de la pierre de meule, en ce que c'est la confirmation du vrai d'après la Parole, et aussi la confirmation du faux d'après la Parole, ainsi qu'il va être expliqué; et par la signification de jeter dans la mer, en ce que c'est dans l'enfer avec eux ; que par la mer il soit aussi signifié l'enfer, on le voit, Nos 537, 538. Si la pierre de meule signifie la confirmation d'après la Parole dans l'un et dans l'autre sens, c'est parce que le froment signifie le bien, et la fine farine le vrai de ce bien; de là, la pierre de meule, par laquelle le froment est moulu en fine farine, ou l'orge en farine, signifie la production du vrai d'après le bien, ou la production du faux d'après le mal, par conséquent aussi la confirmation du vrai ou du faux d'après la Parole, comme on peul le voir aussi par les passages suivants; dans Jérémie : « Je ferai cesser parmi eux voix de joie et voix d'allégresse, voix de fiancé et voix de fiancée, voix de meules, et lumière de lampe. » —XXV. 10;— là aussi est décrite la joie du Ciel et de l'Église, et par voix de joie est signifiée la joie de cœur d'après le bien de l'amour, et par voix d'allégresse est signifiée la glorification d'âme d'après les vrais de la foi, car la joie dans la Parole se dit du bien, et l'allégresse se dit du vrai ; par voix de meules, il est signifié la même chose que par voix de joie, et par lumière de lampe la même chose que par l'allégresse, à savoir, d'après le vrai de la foi; si voix de meules signifie la joie du cœur d'après le bien de l'amour, c'est parce que la meule moud le froment en fine farine, et que par le froment est signifié le bien de l'amour, et par la fine farine le vrai d'après ce bien. Des choses semblables sont dites dans ce Chapitre de l'Apocalypse, à savoir : « Voix de meule ne sera plus entendue en toi; et lumière de lampe ne luira plus en toi; et voix de fiancé et de fiancée ne sera plus entendue en toi, » —Vers. 22, 23 ; — paroles qui seront bientôt expliquées. Dans Ésaïe : « Prends le moulin et mouds de la farine, découvre ta cuisse en passant les fleuves. » — XLVII. 2; — ces choses ont été dites de Babel et de la Chaldée, et par prendre le moulin et moudre de la farine, il est signifié d'après le mal produire des faux et les confirmer par la Parole; et par découvrir la cuisse en passant les fleuves, il est signifié adultérer les biens par des raisonnements. Dans les Lamentations: « Les jeunes gens pour moudre ils ont entraînés, et les jeunes garçons sous le bois sont tombés. » — V. 43; — entraîner les jeunes gens pour moudre signifie pousser ceux qui ont pu être dans l'entendement du vrai à falsifier les vrais; « les jeunes garçons sous le bois sont tombés, » signifie pousser ceux qui ont pu être dans la volonté du bien à adultérer les biens; moudre, c'est falsifier les vrais ou confirmer les faux par la Parole, le bois est le bien. Dans Moïse : « En gage tu ne prendras point le moulin, ni la meule de dessus; car l'âme, celui-là, prend en gage, » — Deutér. XXIV. 6; — c'était là une de leurs lois, qui toutes correspondaient à des spirituels; ne pas prendre en gage le moulin ni la meule de dessus signifiait dans le sens spirituel qu'ils n'enlèveraient à qui que ce soit la faculté de comprendre d'après le bien les vrais, qu'ainsi ils ne priveraient personne des biens et des vrais ; comme ces choses étaient signifiées, c'est pour cela qu'il est dit « l'âme, celui-là, prend en gage, » ce qui signifie qu'il périt ainsi spirituellement. Dans le Même : « Tout premier-né mourra, jusqu'au premier-né de la servante qui (est) après le moulin. » — Exod. XI. 5; — par le premier-né de la servante qui est après le moulin sont signifiées les principales choses de la foi de l'homme naturel, qui ont été falsifiées. Dans Matthieu ; « A la consommation du siècle, deux moudront au moulin, l'une sera prise, l'autre sera laissée. » —-XXIV. 40, 41 ; — la consommation du siècle est le dernier temps de l'Église; par deux moudront sont entendus ceux qui se confirment dans les vrais et ceux qui se confirment dans les faux d'après la Parole; ceux qui se confirment dans les vrais sont entendus par celle qui sera prise; et ceux qui se confirment dans les faux sont entendus parcelle qui sera laissée. Dans les Évangélistes : « Jésus dit : Si quelqu'un scandalise un de ses petits qui croient en Moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on eût pendu une meule d'âne à son cou, et qu'on l'eût enfoncé dans la profondeur de la mer. » —Matth. XVII. 6. Marc, IX. 42. Luc, XVII. 2 ; — par scandaliser un de ces petits qui croient en Jésus, il est signifié pervertir ceux qui reconnaissent le Seigneur; par « il vaudrait mieux qu'on eût pendu une meule d'âne à son cou, » il est signifié qu'il serait préférable qu'il ne connût aucun bien ni aucun vrai, mais le mal et le faux; c'est là la meule d'âne; et être pendu au cou, c'est l'interception afin qu'il ne sache ni le bien ni le vrai; par être enfoncé dans la profondeur de la mer, il est signifié être précipité dans l'enfer; que cela vaudrait mieux, c'est parce que savoir les biens et les vrais et les pervertir, c'est profaner. Ce qui est entendu par cela que « Moïse brûla le veau, et le moulut jusqu'en une poudre, et la répandit sur les faces des eaux, et en fît boire aux fils d'Israël,» — Exod. XXXII. 20. Deutér. IX. 21, —on le voit expliqué dans les arcanes célestes, Nos 10462 à 10466. — Continuation : Maintenant, il sera dit quelque chose du langage des esprits avec l'homme : Plusieurs croient que l'homme peut être enseigné par le Seigneur au moyen des esprits qui parlent avec lui; mais ceux qui le croient et le veulent, ne savent pas que cela a été conjoint avec le péril de leur âme. Tant que l'homme vit dans le monde, il est, quant à son esprit, au milieu des esprits, et cependant les esprits ne savent pas qu'ils sont chez l'homme, et l'homme ne sait pas qu'il est avec les esprits : cela vient de ce qu'ils ont été conjoints immédiatement quant aux affections de la volonté, et médiatement quant aux pensées de l'entendement; en effet, l'homme pense naturellement, mais les esprits pensent spirituellement; or, la pensée naturelle et la pensée spirituelle ne font un que par les correspondances, et l'union par les correspondances fait que l'un ne sait rien au sujet de l'autre. Mais dès que les esprits commencent à parler avec l'homme, ils passent de leur état spirituel dans l'état naturel de l'homme, et alors ils savent qu'ils sont chez l'homme, et ils se consignent avec les pensées de son affection, et parlent avec lui d'après ces pensées : ils ne peuvent entrer dans autre chose, car tous sont conjoints par une affection semblable, et par suite par une pensée semblable, et tous sont préparés par la différence de l'affection et de la pensée. De là résulte que l'esprit qui parle est dans les mêmes principes avec l'homme, que ces principes soient vrais ou qu'ils soient faux, et qu'en outre il les excite, et les confirme fortement par son affection conjointe à l'affection de l'homme : de là, il est évident qu'il n'y a pas d'autres esprits, que des esprits semblables à lui, qui parlent avec l'homme, ou qui opèrent d'une manière manifeste dans l'homme, car l'opération manifeste coïncide avec le langage; de là vient qu'il n'y a que des esprits Enthousiastiques qui parlent avec les Enthousiastes; qu'il n'y a aussi que des Esprits Quakers qui opèrent dans les Quakers, et des esprits Moraves dans les Moraves; il en serait de même avec les Ariens, avec les Sociniens, et avec les autres Hérétiques. Tous les esprits, qui parlent avec l'homme, ne sont autres que des hommes qui ont vécu dans le Monde, et alors tels : qu'il en soit ainsi, il m'a été donné de le connaître par des expériences. Et, ce qu'il y a de plaisant, lorsque l'homme croit que l'Esprit Saint parle avec lui, ou opère en lui, l'esprit croit aussi lui-même qu'il est l'Esprit Saint ; cela est commun chez les esprits Enthousiastiques. D'après ces considérations, ou voit clairement le danger dans lequel est l'homme qui parle avec des esprits, ou qui sent manifestement leur opération. L'homme ignore quelle est son affection, si elle est bonne ou mauvaise, il ignore aussi avec quelles autres affections elle a été conjointe; et s'il a le faste de la propre intelligence, l'Esprit est favorable à toute pensée qui en provient; il en est de même si quelqu'un a, pour des principes, une faveur pleine d'un certain feu qu'on trouve chez ceux qui ne sont pas dans les vrais par une affection réelle; quand l'Esprit d'après une affection semblable est favorable aux pensées ou aux principes de l'homme, l'un conduit l'autre comme un aveugle conduit un aveugle, jusqu'à ce qu'ils tombent tous deux dans la fosse. Tels ont été autrefois les Pythoniciens, et aussi dans l'Egypte et à Babylone les mages, qui ont été appelés sages, parce qu'ils parlaient avec les esprits, et parce qu'ils sentaient manifestement en eux leur opération ; mais par là le culte de Dieu a été changé en culte des démons, et l'Eglise a péri : c'est pour cela que de telles communications furent interdites sous peine de mort aux fils d'Israël.
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