| La Vraie Réligion Chrétienne 763 S’il est selon l’ordre que le premier marche vers son dernier dans le Commun et dans le Particulier, c’est afin qu’il existe une variété de toutes choses, et que par les variétés existe toute qualité, car la qualité est perfectionnée par des différences en relation avec des choses plus ou moins opposées ; qui est-ce qui ne peut voir que le Vrai reçoit sa qualité par cela qu’il y a le faux, et le Bien par cela qu’il y a le Mal, de même que la Lumière reçoit la sienne par cela qu’il y a l’Obscurité, et la Chaleur par cela qu’il y a le Froid ? Que serait la couleur, s’il y avait seulement le blanc et non le noir? La qualité des couleurs intermédiaires, venant d’ailleurs, ne serait qu’imparfaite. Que serait le Sens, sans la relation ; et la relation, si ce n’était avec des opposés ? Est-ce que la vue de l’œil n’est pas offusquée par le blanc seul, et vivifiée par la couleur qui intérieurement tire quelque chose du noir, comme la couleur verte ? Est-ce que l’oreille n’est pas assourdie par un même ton qui en frappe continuellement les organes, et réveillée par une modulation qui est variée par des relations? Y a-t-il quelque chose de beau sans une relation avec quelque chose de laid ? Aussi, pour que la beauté d’une jeune fille se présente d'une manière frappante, place-t-on à côté, dans certaines peintures, une image difforme ? Qu’est-ce que le plaisir ou le bonheur, sans une relation avec la peine et le malheur? Qui est-ce qui ne devient pas insensé d’après une seule idée constante, si la variété résultant de choses qui se tournent vers les opposés ne s’interpose pas? II en est de même dans les choses spirituelles de l’Église, dont les opposés se réfèrent au mal et au faux, qui cependant ne procèdent pas du Seigneur, mais viennent de l’homme, lequel a le libre arbitre qu’il peut tourner vers un bon usage ou vers un mauvais usage ; il en est de cela comme de l’obscurité et du froid; l’obscurité et le froid ne procèdent pas du Soleil, mais viennent de la Terre qui par des circonvolutions successives se soustrait et se détourne, et cependant sans ces mouvements successifs il n’y aurait ni jour ni année, et par suite ni aucune production ni aucun homme sur la terre. J’ai appris que les Églises qui sont dans des biens différents et dans des vrais différents, pourvu que leurs biens se réfèrent à l’amour envers le Seigneur, et leurs vrais à la foi au Seigneur, sont comme autant de Pierres précieuses dans la Couronne d’un Roi.
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