| La Vraie Réligion Chrétienne 487 Comme je pensais qu’un dogme si extravagant ne pouvait jamais être adopté par aucun chrétien, ni à plus forte raison être répandu de bouche, et mis publiquement au jour, — cependant cela a été fait par l’élite du Clergé dans le Synode de Dordrecht ou Hollande, et a ensuite été écrit avec clarté et lancé dans le public, — afin donc que je n’en doutasse point, quelques-uns de ceux qui avaient participé aux décrets de ce synode me furent amenés. Quand je les vis près de moi, je dis: « Qui est-ce qui peut, d’après une raison saine, conclure à la Prédestination ? Peut-il découler de là autre chose que des idées atroces sur Dieu, et déshonorantes sur la Religion ? Celui qui a gravé la Prédestination dans son cœur par des confirmations, peut-il, sur toutes les choses qui appartiennent à l’Église, ne pas penser qu’elles sont vaines, et qu’il en est de même de la Parole, et que Dieu n’est que comme un tyran, puisqu’il a prédestiné à l’Enfer tant de myriades d’hommes?» A ces mots, ils me regardèrent d’un regard satanique, en disant: « Nous avons été du nombre des Ecclésiastiques choisis pour le Synode de Dordrecht ; et alors, et encore plus depuis, nous nous sommes confirmés sur Dieu, sur la Parole et sur la Religion dans un grand nombre de points, que nous n’avons pas oser divulguer; mais quand nous avons parlé et enseigné au sujet de la prédestination, nous avons ourdi et tressé la toile de fils de diverses couleurs, et nous avons étendu sur elle des plumes empruntées aux ailes des paons. » Mais comme ils voulaient alors faire de même, les Anges, d’après la puissance donnée par le Seigneur, fermèrent les Externes de leur mental, et en ouvrirent les Internes chez eux, et ils furent forcés de parler d’après ces Internes ; et alors ils dirent : « Notre foi, que nous avons formée par des conclusions dérivées l’une de l’autre, a été et est encore celle-ci: 1° Il n’y a aucune Parole de Jéhovah Dieu, mais il y a une sorte de boursoufflage prononcé par la bouche des prophètes ; nous avons pensé ainsi, parce que la Parole prédestine tous les hommes pour le Ciel, et que seulement l’homme est en faute s’il ne marche pas dans les chemins qui y conduisent. 2° Il y a une religion, parce qu’il faut qu’il y en ait une ; mais elle est comme un grand vent qui apporte une odeur agréable pour le vulgaire; elle doit par conséquent être enseignée par les Ministres, tant petits que grands, et d’après la Parole, parce que cela est généralement reçu ; nous avons pensé ainsi, parce que là où la prédestination existe, la Religion n’est rien. 3° Les Lois civiles de la justice constituent la Religion, mais la Prédestination a lieu, non pas selon la vie d’après ces lois, mais purement selon le bon plaisir de Dieu, de même que chez un Roi d’un pouvoir absolu la faveur est accordée selon son caprice. 4° Toutes les choses que l’Église enseigne, excepté qu’il y a un Dieu, doivent être repoussées avec mépris comme des futilités, et rejetées comme des guenilles. 5° Les choses spirituelles, qui sont prônées, ne sont pas plus que des substances éthérées sous le Soleil ; si elles pénètrent profondément dans l’homme, elles introduisent en lui le vertige et la stupeur, et le rendent un monstre détestable devant Dieu. » 6° Interrogés sur la Foi, de laquelle ils ont déduit la Prédestination, s’ils la croyaient spirituelle, ils répondirent qu’elle devient selon la prédestination, mais que, lorsqu’elle est donnée ils sont comme des souches d’après lesquelles, à la vérité, ils sont vivifiés, mais non spirituellement. Après ces propos abominables ils voulurent se retirer; mais je leur dis: « Restez encore un peu, et je lirai devant vous un passage d’Ésaïe. » Et je lus celui-ci : « Ne le réjouis pas, Philistée tout entière : de ce qu'a été brisée la verge qui te frappait, car de la racine du serpent, est sorti un basilic, dont le fruit est un serpent volant. » — XIV. 29 ; — et je l’expliquai par le sens spirituel, à savoir, que par la Philistée il est entendu l’Église séparée de la charité ; que par le basilic, qui est sorti de la racine du serpent il est entendu sa doctrine sur trois Dieux, et sur la foi imputative appliquée en particulier à chacun ; et que par son fruit, qui est un serpent volant, il est entendu nulle imputation du bien et du mal, mais l’immédiate Miséricorde soit que l’homme ait bien vécu, soit qu’il ait mal vécu. Après avoir entendu cette explication, ils dirent : « Soit ; mais de ce Livre que tu appelles la Sainte Parole, tire-nous quelque chose sur la Prédestination. » Et je l’ouvris, et je rencontrai dans le même Prophète ce passage, qui concordait : « Des œufs d'aspic ils déposent, et des toiles d'araignées ils tissent ; celui qui mange de leurs œufs meurt, et quand on les presse, il en sort une vipère. » — LIX. 5 ; — Ayant entendu ce passage, ils n’en soutinrent point l’explication, mais quelques-uns de ceux qui avaient été amenés, — ils étaient cinq, — s’élancèrent dans un Antre, autour duquel apparut un feu sombre, signe qu’ils n’avaient ni foi ni charité. D’après cela, il est évident que ce décret synodique sur la Prédestination est non-seulement une Hérésie insensée, mais encore une Hérésie atroce ; elle doit donc être déracinée du cerveau, au point qu’il n’en reste pas même un seul point.
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