| La Vraie Réligion Chrétienne 461 TROISIEME MEMORABLE. Un jour je fus porté en esprit dans la Plage méridionale du Monde spirituel, et là dans un Paradis, et je vis qu'il surpassait en beauté tous ceux que j'avais vus jusqu’a lors ; cela provenait de ce que le Jardin signifie l'Intelligence, et que dans le Midi sont transportés tous ceux qui excellent en intelligence, le Jardin d'Éden, dans lequel étaient Adam et son épouse, ne signifie pas autre chose, c'est pourquoi leur expulsion de ce jardin signifie qu'ils furent privés de l'intelligence, et par conséquent aussi de l'intégrité de la vie. Pendant que je me promenais dans ce Paradis méridional, je remarquai assis sous un laurier quelques esprits qui mangeaient des figues; je m'approchai d'eux: et leur demandai des figues, et ils m'en donnèrent; et voici, les Figues dans ma main devinrent des Raisins ; comme je m'en étonnais, un Esprit angélique qui se tenait près de moi me dit: «Les Figues dans ta main sont devenues des Raisins, parce que les Figues d'après la correspondance signifient les biens de la Charité, et par suite les biens de la Foi dans l'homme naturel ou externe, au lieu que les Raisins signifient les biens de la Charité, et par suite ceux de la Foi dans l'homme spirituel ou interne ; et comme tu aimes les spirituels, voilà pourquoi cela t'est arrivé ; car dans notre Monde tout se fait, existe et même se change selon les correspondances. » Alors il me vint tout à coup le désir de savoir comment l'homme peut faire le bien d'après Dieu, et cependant absolument comme d'après soi-même ; je demandai donc à ceux qui mangeaient des figues comment ils comprenaient cela. Ils me dirent : « Nous ne pouvons le comprendre autrement, si ce n'est que Dieu opère intérieurement dans l'homme et par l'homme sans que celui-ci le sache, puisque si l'homme en avait conscience, et qu'il le fît ainsi, il ne ferait qu'un bien apparent, qui est intérieurement le mal ; en effet, tout ce qui procède de l'homme procède de son propre, et le propre par naissance est le mal ; comment alors le bien qui vient de Dieu et le mal qui vient de l'homme peuvent-ils être conjoints el procéder ainsi conjointement dans l'acte? et le propre de l'homme dans les choses du salut respire continuellement le mérité, et autant il le respire, autant il enlève au Seigneur Son mérite, ce qui est le comble de l'injustice el de l'impiété : en un mot, si le bien que Dieu opère dans l'homme influait dans le vouloir de l'homme, et par suite dans le faire de l'homme, ce bien serait entièrement souillé et serait aussi profané, ce que cependant Dieu ne permet jamais : l'homme peut, il est vrai, penser que le bien qu'il fait vient de Dieu, et l'appeler le bien de Dieu par soi, mais toutefois, comment cela s'opère, nous ne le comprenons pas. » Alors j'ouvris mon mental, et je dis : « Vous ne comprenez pas, parce que vous pensez d'après l'apparence, et que la pensée confirmée d'après l'apparence est une illusion ; il y a apparence et par suite illusion en vous, parce que vous croyez que toutes les choses que l'homme veut et pense, et par suite fait et prononce, sont en lui, et par conséquent viennent de lui, lorsque cependant il n'y a en lui rien de ces choses, excepté l'état de recevoir ce qui influe; l'homme n'est pas la vie en soi, mais il est un organe qui reçoit la vie ; le Seigneur est la Vie en soi, comme il le dit aussi dans Jean : Comme le Père a la Vie en Lui-même ainsi il a aussi donné au Fils d'avoir la Vie en Lui-même. V. 26, et en outre ailleurs, par exemple, Jean, XI. 25. XIV. 6, 9. Il y a deux choses qui constituent la Vie ; savoir : l'Amour et la Sagesse, ou, ce qui revient au même, le Bien de l'Amour et le Vrai de la Sagesse ; elles influent de Dieu, et sont reçues par l'homme comme si elles lui appartenaient; et, parce qu'elles sont senties ainsi, elles procèdent aussi de l'homme comme lui appartenant ; il a été donné par le Seigneur qu'elles soient senties ainsi par l'homme, afin que ce qui influe l'affecte, et par conséquent soit reçu et reste. Mais comme tout mal influe aussi, non de Dieu, mais de l'enfer, et est reçu avec plaisir, parce que l'homme est par naissance un organe tel, c'est pour cela qu'il n'est pas reçu de Dieu plus de bien, qu'il n'y a de mal éloigné de l'homme comme par lui, ce qui se fait par la Pénitence, et en même temps par la Foi au Seigneur. Que l'Amour et la Sagesse, la Charité et la Foi, ou pour parler plus communément, le Bien de l'amour et de la charité, et le Vrai de la sagesse et de la foi, influent, et que les choses qui influent apparaissent dans l'homme comme lui appartenant, et par suite procèdent comme lui appartenant, c'est ce qui est clairement manifesté d'après la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le loucher ; toutes les choses qui sont senties par les Organes de ces sens influent du dehors, et sont senties en eux ; pareillement dans les Organes des sens internes, avec la seule différence que dans ceux-ci influent les Spirituels qui n'apparaissent point, et dans ceux-là les Naturels qui apparaissent: en un mot, l'homme est un Organe récipient de la vie qui procède de Dieu, par conséquent il est un récipient du bien en tant qu'il renonce au mal ; le Seigneur donne à chaque homme de pouvoir renoncer an mal, parce qu'il lui donne de vouloir el de comprendre ; et tout ce que l'homme fait d'après la volonté selon l'entendement, ou, ce qui est la même chose, tout ce qu'il fait d'après la liberté de la volonté selon la raison de l'entendement, reste chez lui ; par là le Seigneur introduit dans l'homme l'état de conjonction avec Lui, et dans cet état il le réforme, le régénère et le sauve. La Vie qui influe est la Vie procédant du Seigneur, laquelle est aussi appelée l'Esprit de Dieu, et dans la Parole l'Esprit Saint, dont il est dit aussi qu'il illustre et vivifie, et même qu'il opère dans l'homme ; mais cette Vie est variée et modifiée selon l'Organisation introduite par l'amour. Vous pouvez aussi savoir que tout bien de l'amour et de la charité, et tout vrai de la sagesse et de la foi, influent et ne sont point dans l'homme, par cela même que celui qui pense que ce bien et ce vrai sont en l'homme par la création, ne peut ensuite s'empêcher de penser que Dieu s'est infusé dans l'homme, et qu'ainsi les hommes seraient en partie des Dieux; et cependant ceux qui pensent cela d'après la foi deviennent diables, et dans le monde spirituel puent comme des cadavres. De plus, qu'est-ce que l'action de l'homme, sinon le Mental agissant ? Car ce que le Mental veut et pense, il le fait et le prononce par le Corps son organe ; c'est pourquoi, lorsque le Mental est conduit par le Seigneur, l'Action et le Langage sont conduits aussi, et l'Action et le Langage sont conduits par le Seigneur, quand on croit en Lui. S'il n'en était pas ainsi, dites, si vous le pouvez, pourquoi le Seigneur dans sa Parole a commandé, en des milliers de passages, que l'homme aimât son prochain, qu'il opérât des biens de la charité, et des fruits comme l'arbre, et qu'il fît les préceptes, et ceci et cela, afin d'être sauvé ; puis, pourquoi il a dit que l'homme serait jugé selon ses faits ou ses œuvres, celui qui fait de bonnes œuvres, pour le Ciel et la Vie, et celui qui en fait de mauvaises, pour l'Enfer et la Mort. Comment le Seigneur aurait-il pu parler ainsi, si tout ce qui procède de l'homme était méritoire, et par conséquent le mal ? Sachez donc que si le Mental est Charité, l'action aussi est Charité ; mais que si le Mental est la Foi seule, qui est aussi la Foi séparée de la Charité spirituelle, l'Action aussi est cette Foi. » A ces mot, ceux qui étaient assis sous le laurier dirent : « Nous comprenons la justesse de ce que tu viens de dire, mais néanmoins nous ne comprenons point. » Je leur répondis : « Ce que je viens de dire, vous en comprenez la justesse d'après la perception commune qui est dans l'homme par l'influx de la lumière venant du Ciel, quand il entend dire quelque vrai ; mais d'après la perception propre qui est dans l'homme par l'influx de la lumière venant du Monde, vous ne comprenez point ; ces deux perceptions, à savoir, l'interne et l'externe, ou la spirituelle et la naturelle, n'en font qu'une chez les sages ; vous aussi vous pouvez de ces deux perceptions n'en faire qu'une, si vous portez vos regards vers le Seigneur, et si vous éloignez les maux. » Comme ils comprenaient cela, je pris des branches d'un Cep, et je les leur présentai, et je dis : « Croyez-vous que cela vienne de moi ou du Seigneur? » Et ils dirent que cela venait de moi d'après le Seigneur. Et voici, ces branches dans leurs mains produisirent des raisins. Mais comme je me retirais, je vis une table de cèdre, sur laquelle était un Livre, sous un olivier verdoyant, dont le tronc était entouré d'un Cep ; je regardai, et voici, c'était un Livre écrit par moi et intitulé : ARCANES CELESTES ; et je dis que dans ce Livre il a été pleinement montré que l'Homme est un Organe récipient de la vie, et non la vie ; et que celle-ci ne peut pas être créée, ni par conséquent se trouver créée dans l'homme, pas plus que la lumière dans l'œil.
|