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La Vraie Réligion Chrétienne 459 

A ces explications seront joints ces MEMORABLES: PREMIER MEMORABLE. Je vis de loin cinq Gymnases, qui étaient environnés, chacun, d'une Lumière différente; le Premier, d'une Lumière enflammée ; le Second, d'une Lumière jaune; le Troisième, d'une Lumière d'un blanc éclatant ; le Quatrième, d'une Lumière tenant le milieu entre celle de midi et celle du soir ; le Cinquième apparaissait à peine, car il était comme dans l'ombre du soir. Et dans des chemins je vis des esprits, les uns sur des chevaux, d'autres dans des chars, d'autres qui marchaient, et quelques-uns qui couraient et se hâtaient, et ceux-ci allaient vers le Premier Gymnase qui était environné d'une Lumière enflammée. A cette vue, je fus pris et pressé du désir d'y aller et d'entendre ce qui s'y discutait; je me préparai donc promptement, et je m'associai à ceux qui se hâtaient vers le premier Gymnase, et j'entrai avec eux ; et voici, il y avait là une grande Assemblée, dont une partie se dirigea à droite, et l'autre à gauche, pour s'asseoir sur des bancs qui étaient contre les murailles ; sur lé devant je vis une tribune peu élevée, dans laquelle se tenait quelqu'un qui remplissait les fonctions de Président, ayant un bâton à la main, un bonnet sur la tête, et un vêtement teint de la lumière enflammée du Gymnase. Celui-ci, après qu'on fut rassemblé, éleva la voix et dit : « Frères, discutez aujourd'hui ce que c'est que la CHARITE ; chacun de vous peut savoir que la Charité est spirituelle dans son essence, et naturelle dans ses exercices. » Et aussitôt l'un du premier banc à gauche, sur lequel étaient assis ceux qui avaient été réputés sages, se leva; et, commençant à parler, il dit : « Mon Sentiment est, QUE LA MORALITE INSPIREE PARLA FOI EST LA CHARITE; » et il le confirma ainsi: «Qui ne sait que la Charité suit la Foi, comme une servante sa maîtresse, et que l'homme qui a la foi fait la loi, par conséquent la Charité, si spontanément, qu'il ne sait pas que c'est de la Loi et de la Charité qu'il vit, parce que s'il le savait et agissait ainsi, et qu'en même temps il pensât au salut pour ces œuvres, il souillerait de son propre la sainte Foi, et en énerverait ainsi l'efficacité? Cela n'est- il pas conforme au dogme des nôtres? » Et il tourna ses regards vers ceux qui étaient assis sur les côtés, parmi lesquels il y avait des chanoines; et ils firent un signe de tête pour approuver. « Mais qu'est-ce que la Charité spontanée, sinon la moralité, dans laquelle chacun dès l'enfance est initié, qui par conséquent est en elle- même naturelle, mais devient spirituelle, quand la foi lui a été inspirée ? Qui est-ce qui discerne d'après leur vie morale si les hommes ont la foi ou non, car tout homme vit moralement; mais Dieu seul qui introduit et scelle la foi, connaît et distingue: c'est pourquoi j'affirme que la Charité est la Moralité inspirée par la foi, et que cette Moralité d'après la foi dans son sein est salvifique, mais que toute autre ne donne pas le salut, parce qu'elle est méritoire : ils perdent donc leur huile tous ceux-là qui mêlent ensemble la Charité et la Foi, c'est-à-dire, qui les conjoignent par le dedans et ne les adjoignent pas par le dehors; car les mêler ensemble et les conjoindre, ce serait comme si l'on mettait dans un carrosse avec un Primat le valet qui se tient derrière, ou comme si l'on admettait le portier dans la salle à mangera table avec un magnat. » Ensuite se leva un de ceux qui étaient au premier banc à droite, et ayant pris la Parole il dit : « Mon Sentiment est, QUE LA PIETE INSPIREE PAR LA COMMISERATION EST LA CHARITE, et je le confirme ainsi : Rien ne peut rendre Dieu propice plus que la Piété provenant d'un cœur humble, et la Piété prie continuellement que Dieu donne la Foi et la Charité, et le Seigneur dit : Demandez, et il vous sera donné, Matth. VII, 7 ; et puisque les demandes sont accordées, la Foi et la Charité sont dans la Piété. Je dis que la Piété inspirée parla commisération est la Charité ; en effet, toute Piété dévote a de la commisération, car la Piété porte le cœur de l'homme à gémir, et qu'est-ce autre chose que la commisération ? Celle-ci, il est vrai, se retire après la prière, mais néanmoins elle revient avec elle, et quand elle revient, la Piété est en elle, et ainsi dans la Charité. Nos Prêtres attribuent à la Foi tout ce qui fait avancer le salut, et n'en attribuent rien à la Charité, que reste-t-il alors, sinon la Piété priant avec commisération au sujet de l'une et de l'autre ? Quand j'ai lu la Parole, je n'ai pu voir autre chose, sinon que la Foi et la Charité étaient les deux moyens de salut; mais quand j'ai consulté les Ministres de l'Église, j'ai appris que la Foi était l'unique moyen, et que la Charité n'était rien, et alors je me suis vu comme sur une mer dans un vaisseau flottant entre deux écueils, et comme j'ai craint qu'il ne fut brisé, je me suis jeté dans une nacelle et j'ai navigué ; ma nacelle est la Piété ; et, de plus, la Piété est utile à toutes choses.  Après celui-ci, l'un de ceux du second banc à droite se leva, et ayant pris la parole, il dit : « Mon Sentiment est, QUE LA CHARITE CONSISTE A FAIRE DU BIEN A CHACUN, TANT AU MECHANT QU'AU BON, et je le confirme ainsi : Qu'est-ce que la Charité, sinon la bonté du cœur ? et un Cœur bon veut du bien à tous, tant aux méchants qu'aux bons ; et le Seigneur a dit qu'il faut faire du bien même à ses ennemis ; si donc tu détournes de quelqu'un la Charité, alors la Charité quant à cette partie ne devient-elle pas nulle? Et ainsi l'homme n'est-il pas comme s'il marchait en sautant sur un pied, ayant perdu l'autre? Le méchant est homme de même que le bon, et la Charité regarde l'homme comme homme ; s'il est méchant, qu'est-ce que cela méfait? Il en est de la Charité comme de la Chaleur du soleil ; celle-ci vivifie les bêtes tant les féroces que les douces, les loups comme les brebis, et elle fait croître les arbres tant les mauvais que les bons, les épines comme les ceps de vigne. » Ayant ainsi parlé, il prit dans sa main un raisin nouveau, et il dit : « Il en est de la Charité comme de cette grappe de raisin ; si on la divise, tout ce qui est en elle se répand de côté et d'autre. » Et il la divisa, et le jus s'en répandit de côté et d'autre. Après ce discours, un autre du second banc à gauche se leva et dit : « Mon Sentiment est, QUE LA CHARITE CONSISTE A ETRE UTILE EN TOUTE MANIERE A PARENTS ET AMIS, ce que je confirme ainsi : Qui ne sait que la Charité commence par soi-même? Chacun, en effet, est le prochain à soi-même ; la Charité s'avance donc à partir de soi vers les proximités, d'abord vers les frères et les sœurs, et de ceux-ci vers les parents et les alliés, et ainsi la progression de la charité à partir de soi-même est terminée ; ceux qui sont en dehors sont des étrangers, et les étrangers ne sont point reconnus intérieurement, ainsi ils ont été mis de côté par l'homme interne: or, la nature conjoint les consanguins et les parents, et l'habitude qui est une seconde nature conjoint les amis, et ainsi ils deviennent le prochain ; et la Charité unit à soi autrui par le dedans, et ainsi par le dehors ; et ceux qui n'ont pas été unis par le dedans doivent être nommés seulement compagnons. Tous les oiseaux ne connaissent- ils pas leur parentage, non par les plumes, mais par le son, et quand ils sont près, par la sphère de vie qui émane de leur corps? Cette affection de parentage, avec la conjonction qui en résulte, est nommée instinct chez les oiseaux; cette même affection chez l'homme, quand elle est dirigée vers les siens et vers ceux qui lui appartiennent, est véritablement l'instinct de la nature humaine. Qu'est-ce qui fait l'homogène, sinon le sang ? Le mental de l'homme qui est aussi l'esprit de l'homme, sent et odore pour ainsi dire cet homogène ; l'essence de la charité consiste dans cet homogène et dans la sympathie qui en résulte; et vice versa l'hétérogène, d'où résulte aussi l'antipathie, est comme l'absence des liens du sang, et par suite la non-charité ; or, comme l'habitude est une seconde nature, et qu'elle constitue aussi l'homogène, il s'ensuit que la charité est aussi de faire du bien aux amis Celui qui voyageant sur mer arrive dans un port, et apprend que c'est une Terre étrangère habitée par des hommes dont il ne connaît ni la langue ni- les mœurs, n'est-il pas alors comme hors de soi, et éprouve-t-il le moindre plaisir d'amour à l'égard des habitants ? mais s'il apprend que c'est une Terre de sa patrie, habitée par des hommes dont il connaît la langue et les mœurs, il est comme dans soi-même, et alors il éprouve un plaisir d'amour, qui est aussi le plaisir de la charité, » Ensuite, l'un de ceux du troisième banc à droite se leva, et s'exprima à haute voix, en disant: « Mon Sentiment est, QUE LA CHARITE CONSISTE A FAIRE L’AUMONE AUX PAUVRES, ET A SECOURIR LES INDIGENTS. C'est là certainement la Charité, car c'est ce qu'enseigne la Divine Parole, dont le contenu n'admet pas la contradiction; qu'est-ce que donner aux riches et à ceux qui sont dans l'opulence, sinon une vaine gloire, dans laquelle il y a non pas la Charité, mais une vue de rémunération? Il ne peut pas y avoir en cela une affection réelle de l'amour à l'égard du prochain, mais il y a une affection bâtarde, qui a de la valeur sur Terre mais non dans les Cieux ; c'est pourquoi la pauvreté et l'indigence doivent être secourues, parce qu'en cela n'entre pas l'idée de rétribution. Dans la ville que j'habitais, où j'ai connu des bons et des méchants, je voyais tous les bons s'arrêter â la vue d'un pauvre dans une rue, et lui faire l'aumône ; mais tous les méchants laissaient le pauvre de côté et passaient outre, comme aveugles à son aspect et sourds à sa voix ; qui ne sait que la Charité est chez les bons, et qu'elle n'est pas chez les méchants ? Celui qui donne aux pauvres et secourt les indigents est semblable à un berger qui conduit au pâturage et à l'abreuvoir les brebis affamées et altérées : mais celui qui donne seulement aux riches et aux opulents est semblable à celui qui adore des idoles, et gorge de viande et de vin ceux qui en sont déjà remplis.  Après celui-ci, un autre se leva du troisième banc à gauche ; et, prenant la parole, il dit : « Mon Sentiment est, QUE LA CHARITE CONSISTE A BATIR DES HOPITAUX, DES MAISONS POUR LES MALADES, POUR LES ORPHELINS, ET DES HOSPICES, ET A LES ENTRETENIR PAR DES DONS ; et je le confirme ainsi ; De tels bienfaits et de tels secours sont publics, et surpassent de beaucoup les bienfaits et les secours privés ; la Charité devient donc plus opulente et plus remplie de biens, et les biens étant plus nombreux, la récompense espérée d'après les promesses de la Parole devient plus abondante ; car selon que quelqu'un prépare et ensemence son champ, il moissonne ; n'est-ce pas là avec abondance donner aux pauvres et secourir les indigents ? Qui est-ce qui par là ne recueille pas de la gloire, et en même temps des louanges de la part du Monde, avec d'humbles actions de grâces de la part de ceux qu'il nourrit? Cela n'élève-t-il pas le cœur, et en même temps l'affection, qui est appelée Charité, jusqu'à son faite? Les riches qui ne marchent pas dans les rues, mais qui les parcourent en voiture, ne peuvent pas porter les yeux sur ceux qui sont assis sur les côtés près des murs, et leur tendre delà monnaie, mais ils emploient leurs dons à ce qui est avantageux à plusieurs à la fois ; que les petits, qui marchent dans les rues et qui n'ont pas les mêmes moyens, fassent l'aumône à la main.  A ces mots, un autre assis sur le même banc lui coupa la parole en prenant un ton plus élevé, et dit : « Que les Riches ne mettent jamais la munificence et l'excellence de leur Charité au- dessus de l'obole que le pauvre donne au pauvre ; car nous savons que quiconque agit, agit conformément à sa personne, un Roi en roi, un Préteur en préteur, un Tribun en tribun, et un soldat en soldat, car la Charité, considérée en elle-même pesi estimée non pas selon l'excellence de la personne et du don, mais selon la plénitude de l'affection qui la fait ; et qu'ainsi le plus bas valet, lorsqu'il donne un liard, peut être plus pourvu d'une charité pleine qu'un magnat qui donne ou lègue un trésor; ceci encore est conforme à ce passage : Jésus vit des riches qui mettaient leurs présents dans le tronc, il vit aussi une certaine veuve pauvre qui y mettait deux petites pièces ; et il dit ; Vraiment je vous dis que cette veuve pauvre a mis plus que tous les autres.  Luc, XXI. 1, 2, 3. Après ceux-ci, l'un du quatrième banc à gauche se leva, et il parla, et il dit : «Mon Sentiment est, QUE LA CHARITE CONSISTE A ENRICHIR LES TEMPLES ET A FAIRE DU BIEN AUX MINISTRES QUI EN FONT LE SERVICE ; ce que je confirme ainsi : Celui qui fait cela agite en son esprit ce qui est saint, et il agit d'après le saint qui y est, et en outre il sanctifie ses dons ; c'est ce que la Charité demande, parce qu'en elle-même elle est sainte; tout culte dans les Temples n'est-il pas saint? Car le Seigneur dit : Où deux ou trois ont été assemblés en mon Nom, au milieu deux je suis ; et les Prêtres ses serviteurs font le service ; j'en conclus que les dons, qui sont employés pour ces Prêtres et pour les Temples, sont supérieurs aux dons qui sont dispensés aux autres et pour d'autres objets ; et, en outre, au Ministre a été donnée la faculté de bénir, faculté d'après laquelle il sanctifie aussi ces dons; et, de plus, rien n'élargit tant le mental, et ne le réjouit tant, que de voir ses dons comme autant de sanctuaires. » Ensuite, un autre du quatrième banc à droite se leva et parla ainsi : « Mon Sentiment est, QUE LA VIEILLE FRATERNITE CHRETIENNE EST LA CHARITE, et je le confirme de cette manière ; Toute Église, qui adore le vrai Dieu, commence par la Charité, ainsi qu'a commencé la vieille Église Chrétienne ; et comme la Charité unit les mentais, et de plusieurs en fait un seul, voilà pourquoi les premiers Chrétiens se nommaient Frères, mais en JESUS-CHRIST leur Dieu ; cependant comme ils étaient alors entourés de barbares d'entre les nations, qu'ils redoutaient, ils mirent leurs bien en commun ; par ce moyen ils se réjouissaient ensemble et avec unanimité ; chaque jour dans leurs réunions ils parlaient du Seigneur Dieu leur Sauveur Jésus-Christ, et dans leurs dîners et leurs soupers ils s'entretenaient sur la Charité ; de là venait leur Fraternité. Mais après ces premiers temps, quand des schismes commencèrent à naître, et qu'enfin s'éleva l'abominable Hérésie Arienne, qui chez un grand nombre enleva l'idée de la Divinité de l'Humain du Seigneur, la Charité devint hors d'usage, et la Fraternité fut dissipée. Il est vrai que tous ceux qui adorent en vérité le Seigneur et font ses préceptes sont Frères, Matth. XXIII, 8, mais frères en esprit ; et comme aujourd'hui personne n'est connu quel il est en esprit, il n'est pas besoin qu'on s'appelle mutuellement frères. La Fraternité de la foi seule, et moins encore celle d'une foi en un autre Dieu que le Seigneur Dieu Sauveur, n'est point la fraternité, parce que la Charité, qui fait la fraternité, n'est pas dans cette foi ; c'est pourquoi je conclus que la vieille Fraternité Chrétienne était la Charité, mais elle a été, et elle n'est plus : cependant je prédis qu'elle reviendra. » Quand il prononça ces mots, une lumière enflammée apparut à travers la fenêtre du côté de l'orient, et colora ses joues ; à cette vue l'Assemblée fut saisie d'étonnement. En dernier lieu, un de ceux du cinquième banc à gauche se leva, et demanda qu'il lui fût permis d'ajouter quelque chose à ce qui venait d'être dit ; et, cela lui ayant été accordé, il dit : «Mon Sentiment est, QUE LA CHARITE CONSISTE A REMETTRE A CHACUN SES FAUTES ; j'ai tiré ce Sentiment du langage ordinaire de ceux qui s'approchent de la Sainte-Cène, car quelques-uns alors disent à leurs amis : Remettez-moi les fautes que j'ai commises entre vous, s'imaginant ainsi qu'ils ont rempli tous les devoirs de la Charité; mais moi j'ai pensé en moi-même que cela est seulement une figure peinte de la Charité, et non la forme réelle de son essence, car cela est dit non-seulement par ceux qui ne remettent point, mais aussi par ceux qui ne font aucun effort pour suivre la Charité, et ceux-ci ne sont pas compris dans la Prière que le Seigneur Lui-même a enseignée : Notre Père, remets-nous nos fautes, comme nous-mêmes nous remettons à ceux qui ont commis des fautes contre nous ; en effet, les fautes sont comme des ulcères, où il s'amasse, s'ils ne sont ouverts et guéris, une sanie qui corrompt les parties voisines, rampe alentour comme un serpent, et change de tout côté le sang en sanie. Il en est de même des fautes contre le prochain, qui, si elles ne sont point éloignées par la pénitence et par la vie selon les préceptes du Seigneur, restent et sont des amorces : et ceux qui, sans pénitence, prient seulement Dieu de leur remettre leurs péchés, sont semblables aux citoyens d'une ville, qui, attaqués d'une maladie contagieuse, s'en iraient trouver le Maire, et lui diraient ; Guéris- nous ; le Maire leur répondrait : Quoi ! Vous guérir ! Allez trouver le Médecin, demandez-lui une recette, allez la faire composer par un pharmacien, prenez-là et vous serez guéris. Et le Seigneur dira à ceux qui le supplient de leur remettre leurs péchés sans une pénitence actuelle : Ouvrez la Parole, et lisez ce que j'ai dit dans Esaïe : Malheur à la Nation pécheresse chargée d'iniquité! C’est pourquoi, quand vous étendez vos mains je cache mes yeux de vous ; si même vous multipliez la prière, Moi je n'écoute point. Lavez-vous, éloignez la malice de vos œuvres de devant mes yeux, cessez de faire le mal; apprenez à faire le bien, et alors vos péchés seront éloignés et seront remis. I. 4, 15. 16, 17, 18. Ce discours terminé, j'étendis la main, et je demandai qu'il me fût permis, quoique étranger, de donner aussi mon sentiment : le Président en fit la proposition, et le consentement ayant été accordé, je parlai ainsi : « Mon Sentiment est, que la charité consiste à agir, dans toute œuvre et dans tout emploi, d'après l'amour de la justice avec le jugement, mais d'après un amour qui ne procède d'autre part que du seigneur Dieu sauveur ». Toutes les choses que j'ai entendu dire par ceux qui sont assis sur ces bancs, au côté droit et au côté gauche, sont de célèbres documents de la Charité ; niais, comme l'a dit le Président de cette assemblée, la Charité est spirituelle dans son origine, et naturelle dans sa dérivation ; et la Charité naturelle, si elle est intérieurement spirituelle, apparaît devant les Anges diaphane comme le Diamant, mais si intérieurement elle n'est pas spirituelle, et qu'ainsi elle soit purement naturelle, elle apparaît devant les Anges comme une Perle semblable à un œil de poisson cuit. Il ne m'appartient pas de dire si les célèbres documents de la Charité, que vous avez présentés en ordre, sont ou ne sont pas inspirés par la Charité spirituelle : mais il m'appartient ici de dire, ce que sera le spirituel qui doit être en eux, pour qu'ils soient des formes naturelles de la Charité spirituelle; leur spirituel même consiste en cela, qu'ils soient faits d'après l'amour de la justice avec le jugement, c'est-à-dire, que l'homme dans les exercices de la Charité examine s'il agit d'après la justice ; et cela, il l'examine d'après le jugement; en effet, l'homme peut par des bienfaits faire du mal, et il peut aussi faire du bien par des actions qui se présentent comme malfaisantes ; par exemple, il fait du mal par des bienfaits, s'il donne à un brigand indigent des secours qui le mettent en état d'acheter une épée, quoique celui-ci, lorsqu'il demande en suppliant, ne dise pas quelle est son intention; ou, s'il le délivre de prison, et lui montre le chemin de la forêt, en disant en soi-même : Ce n'est pas ma faute s'il commet des brigandages, j'ai porté secours à un homme ; soit encore un autre exemple, s'il nourrit un paresseux et veille à ce qu'il ne soit pas forcé à faire des travaux, et qu'il lui dise : Entre dans une chambre de ma maison, et couche-toi dans un lit, pourquoi te fatiguerais-tu ? Car il favorise la paresse; de même encore, s'il pousse des parents et des amis, d'un caractère méchant, à des fonctions honorables, dans lesquelles ils peuvent machiner plusieurs genres de méchanceté. Qui ne peut voir que de telles œuvres de la Charité ne proviennent d'aucun amour de la justice avec le jugement? Et vice versa, l'homme peut faire du bien par des choses qui apparaissent comme faisant du mal; par exemple, un Juge qui n'absout point un malfaiteur, par cela qu'il pleure, prononce des paroles pieuses, et le supplie de lui pardonner parce qu'il est son prochain ; ce juge fait une œuvre de la charité en lui appliquant une peine selon la loi, car ainsi il fait en sorte que le coupable ne commette plus de méfaits, qu'il ne soit plus nuisible à la société qui est le prochain dans un degré supérieur, et qu'un jugement d'absolution ne soit un scandale. Qui ne sait aussi que c'est un bien pour les domestiques et pour les enfants, lorsque leurs maîtres et leurs parents les corrigent pour les mauvaises actions qu'ils font? Il en est de même de ceux qui sont dans l'Enfer, et qui sont tous dans l'amour de faire le mal ; 'ils sont tous renfermés dans des prisons, et lorsqu'ils font du mal, ils sont punis, ce qui est permis par le Seigneur pour leur amendement; il en est ainsi, parce que le Seigneur est la Justice même, et que tout ce qu'il fait, il le fait d'après le Jugement même. Par ces exemples, on peut voir clairement pourquoi la Charité, comme je l'ai dit, devient spirituelle d'après l'amour de la justice avec le jugement, mais d'après un amour qui ne procède d'autre part que du Seigneur Dieu Sauveur ; et cela, parce que tout bien de la Charité procède du Seigneur, car il dit : Celui qui demeure en Moi, et Moi en lui, celui-là porte du fruit beaucoup, car sans Moi vous ne pouvez faire rien. Jean, XV. 5. Il m’a été donné tout pouvoir dans le Ciel et sur Terre. Matth. XXYIII. 18 ; et tout amour de la justice avec le jugement ne procède pas d'autre part que du Dieu du Ciel, qui est la Justice même, et de qui l'homme reçoit tout Jugement, Jérém. XXIII. 5. XXXIII. 15. De là je conclus que toutes les choses qui ont été dites sur la Charité par ceux qui sont assis sur ces bancs à droite et à gauche, à savoir: Que la Charité est la Moralité inspirée par la Foi, Qu'elle est la Piété inspirée par la commisération : Qu'elle consiste à faire du bien à chacun, tant au méchant qu'au bon : Qu'elle consiste à être utile en toute manière à parents et amis: Qu'elle consiste à faire l'aumône aux pauvres et à secourir les indigents : Qu'elle consiste à bâtir des Hôpitaux, et à les entretenir par des dons : Qu'elle consiste à enrichir les Temples, et à faire du bien aux Ministres qui en font le service : Qu'elle est la vieille Fraternité Chrétienne: Qu'elle consiste à remettre à chacun ses fautes ; je conclus, dis-je, que toutes ces choses sont de bons documents de la Charité, lors qu’elles sont faites d'après l'amour de la justice avec le jugement ; autrement, elles ne sont point la Charité, mais elles sont seulement comme des ruisseaux séparés de leur source, et comme des branches détachées de leur arbre, puisque la Charité réelle est de croire au Seigneur, et d'agir avec justice et droiture dans toute œuvre et dans tout emploi. Celui donc qui, d'après le Seigneur, aime la Justice et la fait avec Jugement, celui-là est la Charité dans son image et dans sa ressemblance. » Après que j'eus prononcé ces mots il se fit un silence, comme il arrive pour ceux qui d'après l'homme Interne voient et reconnaissent qu'une chose est, mais sans encore la voir ni la reconnaître dans l'homme Externe-; c'est ce que je remarquai d'après leurs faces. Mais tout à coup alors je fus enlevé de leur présence, car de mon esprit je rentrai dans mon corps matériel ; en effet, l'homme naturel étant revêtu du corps matériel n'est visible à aucun homme spirituel, c'est-à-dire, à aucun esprit, ni à aucun ange, et l'homme spirituel n'est point visible à l'homme naturel.

 

 


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