| La Vraie Réligion Chrétienne 441 Bien différents sont ceux qui regardent la récompense dans les œuvres comme la fin même; ceux-ci ressemblent à ceux qui lient amitié pour en tirer profit, qui font aussi des cadeaux, rendent des services, témoignent de l'amour comme si cela provenait du cœur, et qui, lorsqu'ils n'obtiennent pas ce qu'ils désiraient, s'éloignent, renoncent à l'amitié, et se joignent aux ennemis de celui qu'ils feignaient d'aimer, et à ceux qui le haïssent. Ils ressemblent aussi aux Nourrices qui allaitent des enfants seulement pour un salaire, et qui en présence des parents les embrassent et les caressent, mais qui, dès qu'elles ne sont point nourries délicatement, et ne sont point récompensées selon tous leurs caprices, rejettent les enfants, les traitent durement et les frappent, en riant de leurs pleurs. Ils sont encore comme ceux qui regardent la Patrie d'après l'amour d'eux-mêmes et du monde, et disent vouloir sacrifier pour elle leurs biens et leur vie, et qui cependant, s'ils n'obtiennent des honneurs et des richesses pour récompenses, en parlent d'une manière indigne et se joignent à ses ennemis. Ils sont aussi comme des Bergers qui paissent les brebis seulement pour un salaire, et qui, s'ils ne le reçoivent pas en son temps, repoussent avec leur houlette les brebis du pâturage dans un lieu aride. Semblables à eux sont les Prêtres qui remplissent les devoirs de leur ministère seulement pour les revenus qui y sont attachés ; que ceux-ci regardent comme rien le salut des âmes qu'ils sont chargés de diriger, cela est évident. Il en est de même des Magistrats qui ne considèrent que la dignité de leur fonction et les revenus qu'elle produit ; quand ceux- ci font le bien, ce n'est, point pour le bien public, mais c'est pour le plaisir de l'amour d'eux-mêmes et du monde, qu'ils respirent comme le seul et unique bien : il en est de même pour tout le reste ; car la fin pour laquelle on agit est le point essentiel, et les causes moyennes qui appartiennent à la fonction sont abandonnées, si elles ne poussent pas vers la fin. C'est la même chose pour ceux qui demandent une récompense d'après le mérite dans les choses du salut ; après la mort, ils demandent le Ciel avec beaucoup d'assurance ; mais quand il a été découvert qu'ils ne possèdent rien de l'amour envers Dieu, ni rien de l'amour à l'égard du prochain, ils sont remis à ceux qui doivent les instruire sur la Charité et sur la Foi, et s'ils en rejettent les doctrinaux, ils sont relégués vers leurs semblables, parmi lesquels il y en a qui s'irritent contre Dieu de ce qu'ils n'obtiennent pas des récompenses, et qui appellent la Foi un être de raison. Ce sont eux qui, dans la Parole, sont entendus par les Mercenaires auxquels avaient été donnés les emplois les plus vils dans les parvis du Temple : ils apparaissent de loin comme s'ils fendaient du bois.
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