| La Vraie Réligion Chrétienne 22 Que Dieu soit le Soi-Même, l'Unique et le Premier, qui est nommé l'Être en soi et l'Exister en soi, de qui procèdent toutes les choses qui sont et existent, c'est ce que l'homme Naturel ne peut nullement découvrir d'après sa raison, car l'homme Naturel d'après sa raison ne peut saisir que ce qui appartient à la nature ; en effet, ce qui appartient à la nature cadre avec son essence, parce qu'il n'y est entré rien autre chose depuis son enfance et sa jeunesse ; mais comme l'homme a été créé pour être Spirituel aussi, parce qu'il doit vivre après la mort et être alors parmi les Spirituels dans leur Monde, c'est pour cela que Dieu dans sa Providence a donné une Parole, dans laquelle non-seulement il s'est révélé Lui-Même, mais dans laquelle il a aussi révélé qu'il y a un Ciel et un Enfer, et que tout homme doit vivre éternellement dans l'un ou dans l'autre, chacun selon sa vie et en même temps selon sa foi. Dieu a aussi révélé dans la Parole qu'il est Je Suis ou l'Être, et le Soi-même et l'Unique qui en soi est, et ainsi le Premier ou le Principe d'où procèdent toutes choses. C'est par cette révélation que l'homme Naturel peut s'élever au-dessus de la nature, ainsi au-dessus de lui-même, et voir les choses qui sont de Dieu ; mais toujours cependant comme de loin, quoique Dieu soit proche chez chaque homme, car il est en lui avec son Essence ; et cela étant ainsi, il est proche chez ceux qui L'aiment, et ceux-là L'aiment, qui vivent selon ses préceptes et qui croient eu Lui ; eux Le voient pour ainsi dire Lui-Même ; qu'est-ce que la foi, sinon la vue spirituelle que Dieu est ? Et qu'est-ce que la vie selon les préceptes de Dieu, sinon la reconnaissance actuelle que le salut et la vie éternelle viennent de Dieu ? Ceux, au contraire, qui sont non dans la foi spirituelle, mais dans la foi naturelle, laquelle est seulement une science, et par suite dans une vie semblable, voient Dieu, il est vrai, mais de loin, et cela seulement quand ils parlent de Lui ; entre les premiers et ceux-ci il y a une différence, comme entre ceux qui sont dans la clarté de la lumière et qui voient les hommes près d'eux et les touchent, et ceux qui sont dans un brouillard épais, et qui par suite ne peuvent voir si ce sont des hommes, ou si ce sont des arbres ou des rochers ; ou bien encore comme entre ceux qui sont sur une haute Montagne où est située une Ville et qui vont ça et là et s'entretiennent avec leurs concitoyens, et ceux qui de cette Montagne regardent en bas et ne distinguent pas si les objets qu'ils voient sont des hommes, ou si ce sont des bêtes ou des statues; ou bien encore comme entre ceux qui sont sur un globe planétaire et y voient leurs semblables, et ceux qui sont sur un autre globe planétaire un télescope à la main, et regardent une planète, et qui disent y voir des hommes, lorsque cependant ils ne voient en général que des terres telles qu'en présente le brillant de la lune, et des eaux telles qu'en présentent les taches de ce satellite. Il y a une pareille différence entre voir Dieu et les Divins qui procèdent de Dieu dans leur mental, chez ceux qui sont dans la foi et en même temps dans la vie de la charité, et chez ceux qui sont seulement à cet égard dans la science, par conséquent entre les hommes Naturels et les hommes Spirituels. Quant à ceux qui nient la Divine Sainteté de la Parole, et qui cependant portent comme dans un sac sur le dos les choses qui appartiennent à la Religion, ils ne voient point Dieu, mais ils font seulement retentir le nom de Dieu, différant peu en cela des perroquets.
|