| Apocalypse Expliquée 893. 893. Ici est la patience des saints, signifie les persécutions et les tentations de ceux qui ne sont pas dans cette foi, mais qui sont dans la charité : on le voit par la signification de la patience, en ce que ce sont les tentations, comme ci-dessus, N° 813 ; que ce soient aussi les persécutions, on le verra ci-après; et par la signification des saints, en ce qu'ils sont ceux qui sont dans les vrais d'après le bien, N° 204, ainsi ceux qui sont dans la charité, car ceux-ci sont dans les vrais d'après le bien ; ceux-ci aussi sont dans la foi, mais ils savent que la charité et la foi font un, comme le bien et le vrai, ou comme la volonté et l'entendement, ou comme l'affection et la pensée; et, parce qu'elles font un, la foi aussi pour eux est la charité ; car tout ce qui vient de la charité dans la pensée, cela appartenant à la charité est, quant à l'essence, charité, quoique, quant à l'existence, ce soit appelé foi; en effet, il ne peut rien exister dans la pensée, sinon ce qui vient de quelque affection, et appartient par conséquent à l'affection, car l'affection est comme l'être, ainsi comme la vie et l'âme de la pensée; il en est de même de la charité et de la foi ; il suit de là que la foi ne peut être donnée que d'après la charité; puis aussi, que la foi est absolument telle qu'est la charité : mais, sur ce sujet, il sera dit plusieurs choses ailleurs. Quant à ce qui concerne les persécutions de ceux qui sont dans la charité par ceux qui sont dans la foi séparée d'avec la charité, il n'y a pas aujourd'hui de telles persécutions, c'est-à-dire, qu'on n'est point banni et rejeté hors des communions du Monde Chrétien, mais on est exposé aux blasphèmes de ceux qui sont dans la foi seule, et on est damné par eux ; car, en quelque royaume qu'il soit, celui qui vit bien et dit qu'il faut vivre bien pour être sauvé, ne peut être ni banni ni rejeté; et il en est ainsi, parce que cela est absolument conforme à la Parole, et parce que par la lueur rationnelle chacun voit qu'il faut vivre bien ; mais toujours est-il que par ceux qui sont dans la foi seule on est damné comme gens qui ne peuvent être sauvés, à cause du mérite dans les bonnes œuvres, et à cause des œuvres faites par soi-même, qui ne sont pas bonnes, et de plusieurs autres choses, par lesquelles ils confirment la justification et la salvation par la foi seule; cela est bien évident chez ceux qui sont de la communion Moravienne, lesquels sont des défenseurs de la foi séparée plus que les autres; ils damnent tellement qu'ils appellent non vivants, mais pleinement morts, et qu'ils rejettent du Ciel, tous ceux qui dans leur vie pensent par religion à faire les biens; ceux qui ne sont pas de cette communion, mais qui sont dans les Églises où les œuvres ont été rejetées comme n'étant pas des moyens de salut, ne blasphèment point ainsi, mais néanmoins ils pensent d'eux en mauvaise part, principalement ceux qui se sont beaucoup confirmés par des écrits, ou par des prédications, ou par des raisonnements, pour la justification par la foi seule; ce sont ces persécutions qui sont entendues ici par la patience, et aussi dans le Chapitre XII de l'Apocalypse, par ces paroles : « Le dragon se tint devant la femme qui allait enfanter, afin que, quand elle aurait enfanté, il dévorât son enfant; et ensuite il la poursuivit, et après elle il jeta de sa bouche de l'eau comme un fleuve, afin que par le fleuve il la fit emporter; et irrité fut le dragon contre la femme, et il s'en alla faire la guerre aux restes de sa semence, qui gardent les commandements de Dieu, et ont le témoignage de Jésus-Christ. » — Vers. 4, 15, 17; — pareillement par les choses qui sont dites des deux bêtes, — Chap. XIII. 5, 6, 7, 15 ; — qu'il y ait aussi pour eux des persécutions à cause de la reconnaissance et de la confession du Divin Humain dans le Seigneur, on le verra dans ce qui suit. Mais quant à ce qui concerne les tentations, qui sont entendues aussi ici par la patience, ce sont des tentations spirituelles, que subissent ceux qui reçoivent du Seigneur la charité réelle; car ils doivent combattre contre les maux qui sont par naissance chez chaque homme, et quelques-uns contre les faux que dès l'enfance ils ont puisés chez les maîtres et chez les prédicateurs de la foi seule; ces faux et ces maux sont éloignés par les combats de tentations; cela est entendu par la croix dans les passages suivants : « Jésus dit : Qui ne prend pas sa croix, et ne suit pas derrière Moi, n'est pas digne de Moi. » — Matth. X. 38. Luc, XIV. 27.— «Jésus dit à ses disciples : Si quelqu'un veut venir après Moi, qu'il renonce à soi-même, et qu'il porte sa croix et Me suive. » — Matth. XVI. 24. Marc, VIII. 34. Luc, IX. 23 ; — dans ces passages, par la croix sont entendues les tentations, et par suivre le Seigneur il est entendu reconnaître son Divin et faire ses préceptes; que cela soit entendu par suivre le Seigneur, on le voit ci-dessus, N° 864; si par la croix il est entendu les tentations, c'est parce que les maux, et par suite les faux, qui par naissance sont adhérents à l'homme, infestent et par conséquent tourmentent ceux qui sont naturels lorsqu'ils deviennent spirituels; et comme ces maux, et par suite ces faux, qui infestent et tourmentent, ne peuvent être dissipés que par des tentations, delà vient que les tentations sont signifiées par la croix ; c'est pour cela que le Seigneur dit qu'ils doivent renoncer à eux-mêmes, et porter leur croix, c'est-à-dire, rejeter les propres; la croix de l'homme est son propre, contre lequel il doit combattre. Et ailleurs : « Jésus dit au riche, qui lui demandait ce qu'il devait faire pour hériter de la vie éternelle : Tu sais les commandements : Tu ne commettras point adultère; tu ne tueras point; tu ne voleras point; tu ne porteras point de faux témoignage; tu ne feras point de fraude; honore ton père et ta mère. Celui-ci, répondant, dit : Toutes ces choses j'ai observé dès ma jeunesse. Jésus, l'ayant regardé, l'aima; il lui dit : Cependant une chose te manque; va, vends tout ce que tu as, et donne-(le) aux pauvres; ainsi tu auras un trésor dans le Ciel; viens cependant, suis-Moi, en portant la croix. » — Marc, X. 17, 19, 20, 21 ; — ici aussi, par suivre le Seigneur et porter la croix il est signifié les mêmes choses que ci-dessus, à savoir, reconnaître le Divin du Seigneur, et le Seigneur pour Dieu du Ciel et de la terre, car sans cette reconnaissance personne ne peut s'abstenir des maux, ni faire le bien, à moins que ce ne soit par soi-même, et à moins qu'il ne soit méritoire; le bien qui est le bien en soi et non méritoire vient seulement du Seigneur; c'est pourquoi, à moins qu'on ne reconnaisse le Seigneur et que tout bien vient de Lui, on ne peut pas être sauvé : mais avant que quelqu'un puisse agir d'après le Seigneur, il faut qu'il subisse des tentations, et cela, parce que par les tentations est ouvert l'interne de l'homme, par lequel l'homme est conjoint au Ciel; maintenant, comme personne ne peut faire les préceptes sans le Seigneur, c'est pour cela que le Seigneur a dit « cependant une chose te manque; va, vends tout ce que tu as, et suis-Moi, en portant la croix,» c'est-à-dire, qu'il doit reconnaître le Seigneur, et subir des tentations; vendre tout ce qu'il avait, et le donner aux pauvres, signifie dans le sens spirituel éloigner de soi et rejeter les propres, ainsi signifie les mêmes choses que ci-dessus, renoncer à soi-même; et par donner aux pauvres, dans le sens spirituel, il est signifié faire les œuvres de la charité; si le Seigneur lui a parlé ainsi, c'est parce qu'il était riche, et que par les richesses, dans le sens spirituel, sont signifiées les connaissances du bien et du vrai, et chez lui, qui était Juif, les connaissances du mal et du faux, qui étaient les traditions : par là on peut voir que le Seigneur, ici comme ailleurs, a parlé par les correspondances. Les tentations sont aussi signifiées par la coupe qu'ils devaient boire : « Jésus dit à Jacques et à Jean : Vous ne savez pas ce que vous demandez; pouvez-vous boire la coupe que Moi je bois, et être baptisés du baptême dont Moi je suis baptisé? Ils dirent : Nous le pouvons. Et Jésus leur dit : La coupe, il est vrai, que Moi je bois, vous boirez; et du baptême, dont Moi je suis baptisé, vous serez baptisés; mais d'être assis à ma droite et à ma gauche, il ne m'appartient pas de le donner, excepté (à ceux) pour qui (cela) a été préparé. » — Marc, X. 38, 39, 40; — par boire la coupe que le Seigneur boit il est signifié la môme chose que ci-dessus par la croix, à savoir, subir les tentations; et par le baptême, dont a été baptisé le Seigneur, il est signifié être régénéré par les tentations ; mais entre la coupe que le Seigneur boit et la coupe qu'eux boiront il y a une différence, comme entre les tentations du Seigneur et les tentations des hommes; les tentations du Seigneur ont été les plus graves et contre tous les enfers, car le Seigneur a subjugué tous les enfers par les tentations admises en Lui, tandis que les tentations des hommes sont contre les maux et les faux qui sont chez eux par les enfers, contre lesquels le Seigneur combat, et non l'homme, si ce n'est contre quelques douleurs : entre le baptême, dont le Seigneur était baptisé, et le baptême dont seront baptisés les hommes, il y a la même différence qu'entre la glorification et la régénération; le Seigneur par les tentations a glorifié son Humain d'après la propre puissance, tandis que les hommes sont régénérés, non d'après la propre puissance, mais par le Seigneur, car par le baptême il est signifié être régénéré par les tentations, tandis que par le baptême du Seigneur il est signifié glorifier son Humain par les tentations : que par le baptême il soit signifié la régénération et aussi la tentation, on le voit dans la doctrine de la nouvelle Jérusalem, N°187 à 193 et suiv. Et que le Seigneur ait glorifié son Humain et l'ait fait Divin, comme il régénère l'homme et le fait spirituel, on le voit dans les arcanes célestes, Nos 1725, 1729, 1733, 3318, 3381, 3382, 4286.
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