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Nom du Livre (APOCALYPSE EXPLIQUEE)
 
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Apocalypse Expliquée 789. 

789. Et ils adorèrent le dragon qui avait donné pouvoir à la bête, signifie la reconnaissance de la salvation et de la  justification par la foi seule, affermie et corroborée par l'invention de ces moyens de conjonction, et par suite reçue dans la doctrine : on le voit par la signification d'adorer, en ce que c'est reconnaître et honorer comme Divin, et par suite recevoir dans la doctrine qui est pour l'Église, car ceux  qui reconnaissent le Divin, et d'après la reconnaissance l'honorent, ceux-là adorent, et aussi reçoivent dans la doctrine qui est pour l'Église;  par la signification  du dragon, en ce que ce sont ceux qui sont dans la foi séparée d'avec la charité, par. la doctrine et par la vie, ainsi ceux qui reconnaissent la salvation et la justification par la foi seule, ainsi qu'il a été montré ci-dessus, N° 714; et par la signification du pouvoir donné à la bête par le dragon, en ce que c'est l'affermissement et la corroboration de ce dogme par l'invention des conjonctions de la foi avec les bonnes œuvres, dont il a été parlé ci-dessus, N° 786 : de là, il est évident que par « ils adorèrent le dragon qui avait donné pouvoir à la bête» il est signifié la reconnaissance de la salvation et de la justification par la foi seule, affermie et corroborée par l'invention des moyens de conjoindre cette  foi avec les bonnes œuvres, et par suite la réception dans la doctrine. Il est dit que le dogme sur la salvation et la justification par la foi seule a été affermi et corroboré par l'invention des moyens de conjonction de cette foi avec les bonnes œuvres, mais il est entendu  que ce dogme n'a en aucune manière été affermi ni corroboré par ces moyens, car ce dogme est entendu par le dragon, et sa confirmation par les raisonnements» d'après l'homme naturel est décrite par cette bête; et, par le dragon et sa bête, il est signifié cette doctrine qui est en discordance avec la Parole, et ne peut être conjointe. Pour qu'il soit évident qu'elle ne peut pas être conjointe, je vais montrer  ici que la foi seule ne peut jamais produire aucun bien, ou  que par la foi seule aucun fruit bon ne peut exister : On s'imagine que la foi consiste à croire que le Seigneur  a souffert la croix pour nos péchés, et par là nous a rachetés de l'enfer, et que la foi de ces choses est ce qui principalement justifie et sauve ; et qu'en outre la foi consiste à croire que Dieu est triun, à croire les choses qui sont dans la Parole, à croire la vie éternelle, et la résurrection au jour du jugement dernier, et les autres choses que l'Église enseigne ; et comme on sépare la foi d'avec la vie de la charité, qui consiste à faire les bonnes œuvres, la plupart aujourd'hui s'imaginent que savoir ces choses, les penser et les énoncer, c'est la foi qui sauve, en conséquence, ils ne font en rien attention à les vouloir ni à les faire; et même ils ne savent pas non plus ce qu'ils doivent vouloir et faire ; l'Église non plus ne les enseigne pas, parce que la doctrine de l'Église est la doctrine de la foi seule, et non la doctrine de la vie; la doctrine de la vie, ils l'appellent Théologie morale, et ils la méprisent,  parce qu'ils croient que les vertus de la vie morale, qui en elles-mêmes sont les bonnes œuvres, ne contribuent en rien au salut.  Mais que savoir les choses qui viennent d'être dites, les penser et les énoncer, ce ne soit pas la foi, et que si on les appelle la foi, cependant elles ne produisent pas des biens, comme l'arbre ses fruits, on peut le voir par les considérations suivantes : 1. Toutes les choses que l'homme sait, pense et énonce, en tant qu'il les comprend il les appelle des vrais, et toutes celles qu'il veut et fait, en tant qu'il les aime il les appelle des biens; par suite les vrais appartiennent à la foi de l'homme, et les biens appartiennent  à son amour : de là il est évident que les vrais qui appartiennent à la foi sont distincts des biens qui appartiennent à l'amour, comme savoir et penser est distinct de vouloir et de faire. Qu'ils soient distincts et combien ils le sont, l'homme peut le connaître, en ce qu'un homme peut savoir, penser et énoncer, et même comprendre beaucoup de choses, qu'il ne veut et ne fait pas, parce qu'il ne les aime pas; mais, vice versâ, ce que l'homme veut et fait d'après l'amour, il le pense et l'énonce d'après la foi, sinon devant le monde, du moins chez soi quand il est seul et livré à lui-même. Il suit de là, 2. Que l'amour et la volonté de l'homme entrent dans toutes les choses de sa foi et de sa pensée, mais que la foi et la pensée ne peuvent entrer ni dans son amour ni dans sa volonté; en effet, ce que l'homme aime, il aime aussi à le faire, il aime à le savoir, il aime à le penser, il aime à l’énoncer, et il aime à le comprendre, par conséquent aussi il aime à en avoir la foi : pareillement si au lieu de l'amour on prend la volonté; ce que l'homme veut, il veut aussi le faire, il veut le savoir, il veut le penser, il veut l'énoncer, il veut le comprendre, par conséquent aussi il veut en avoir la foi : si ce qui est dit de l'amour s'applique également à la volonté, c'est parce que l'amour appartient à la volonté, et que la volonté est le réceptacle de l'amour; de là donc il suit que l'amour produit la foi comme la volonté produit la pensée : puisque la foi, de même que la pensée, est produite, et que l'amour, de même que la volonté, produit, il s'ensuit que c'est l'inverse de dire que la foi produit l'amour : d'après cela, on peut d'abord voir, que croire que la foi produit les biens, qui sont appelés les bonnes œuvres, comme l'arbre produit ses fruits, c'est contre l'ordre. 3. Les mêmes choses, qui ont été dites de la foi et de l'amour, doivent aussi être entendues du vrai et du bien, car le vrai appartient à la foi, et la foi appartient au vrai, puisque ce que l'homme croit, il l'appelle vrai; et le bien appartient a l'amour, et l'amour appartient au bien, puisque ce que l'homme aime, il l'appelle bien : le Vrai, considéré en lui-même, n'est que le bien dans une forme, car le bien peut, à la vérité, se présenter pour être senti, mais non pour être vu à moins que ce ne soit dans quelque forme, et la forme dans laquelle il se présente pour être vu, dans la pensée, ainsi dans l'entendement et dans la perception, est appelée vrai : de là aussi il suit que l'amour produit la foi, comme le bien produit le vrai; et par conséquent, que la foi ne produit pas le bien de l'amour, comme l’arbre le fruit, 4. De plus, savoir, et par suite penser et énoncer, cela vient de la mémoire, mais vouloir et faire d'après l'amour, cela vient de la vie ; l'homme peut penser et énoncer de mémoire beaucoup de choses qui ne viennent pas de sa vie, qui est l'amour, tout hypocrite et tout flatteur le peut ; mais lorsque l'homme est livré à lui-même, il ne peut rien penser ni rien énoncer d'après la vie, qui ne vienne de son amour; en effet, l'amour est la vie de chacun, et tel est l'amour, telle est la vie : au contraire, la mémoire est seulement le magasin d'où la vie tire ce qu'elle pense et énonce, et qui sert à la vie pour qu'elle en soit nourrie ; c'est pourquoi dire que la foi produit les biens comme l'arbre les fruits, c'est dire que la pensée et le langage de l'homme produisent sa vie, et que la vie ne produit ni la pensée ni le langage, lorsque cependant les méchants, et même les plus méchants, peuvent penser et énoncer de mémoire les vrais, mais qu'il n'y a que les bons qui le puissent d'après la vie. 5. Que la foi seule, ou la foi séparée d'avec les biens en acte qui sont les bonnes œuvres, ne soit pas donnée, on peut le voir par l'essence de la foi, qui est la charité, et la charité est l'affection de faire les choses qui appartiennent à la foi, c'est pourquoi la foi sans la charité est comme la pensée sans l'affection, et la pensée sans l'affection est une pensée nulle, de même la foi sans la charité; c'est pourquoi dire la foi sans la charité; c'est dire la pensée sans l'affection, et aussi la vie sans l'âme, l’exister sans l'être, la forme sans le formant, le produit sans le produisant, et l'effet sans la cause; c'est pourquoi la foi seule est un non être (non ens), et d'après le non être produire des biens en acte, qui sont les bonnes œuvres, comme un bon arbre produit des fruits, c'est une contradiction, d'après laquelle ce que l'on croit être quelque chose n'est pas quelque chose. 6. Comme la foi sans la charité n'est point donnée, et que cependant la pensée et la persuasion que telle chose est de telle manière semble être la foi, et aussi est appelée la foi, il est évident que cela n'est pas une foi salvifique, mais que c'est une foi historique,  parce qu'elle vient de la bouche d'un autre; en effet, celui qui croit une chose d'après un autre, qu'il juge digne de foi, et qui la reçoit, la renferme dans sa mémoire, et par suite la pense et l'énonce, ne voit pas non plus si cette chose est un faux ou un vrai, il la possède non autrement que comme une chose historique; mais s'il la confirme chez lui par des apparences tirées de la Parole et par des raisonnements, de la  foi historique elle devient pour lui foi persuasive, foi qui est semblable à la vue du hibou qui voit les objets dans les ténèbres, et ne voit rien dans la lumière. Une telle foi persuasive vient de toute confirmation du faux : en effet, tout faux peut être confirmé jusqu'au point de se présenter comme un vrai, et le faux confirmé brille d'une lueur chimérique. D'après ces considérations, il est encore évident qu'une telle foi ne peut pas non plus produire des biens. 7. Gomme la foi cogitative n'est autre chose qu'une foi historique ou persuasive, il s'ensuit que c'est une foi purement naturelle : en effet, la foi spirituelle est produite d'après l'amour spirituel, qui est la charité, comme la lumière d'après le soleil, et elle ne produit pas cet amour, de même que la lumière ne produit pas le soleil; c'est pourquoi la foi purement naturelle est produite d'après un amour purement naturel, qui tire son âme de l'amour de soi, amour dont le plaisir est le plaisir de la chair, qui est appelé agrément, convoitise et lasciveté, d'où jaillissent les maux de tout genre, et d'après les maux les faux ; de là on peut voir que la foi qui en procède ne peut pas produire des biens comme un arbre produit de bons fruits, et que si elle en produit quelques-uns, ce sont des biens d'après le propre de l'homme, qui en eux-mêmes sont des maux, et en même temps des biens méritoires, qui en eux-mêmes sont iniques. Mais il en est tout autrement de la foi spirituelle, dont il va être traité dans l'Article suivant.



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