| Apocalypse Expliquée 787. 787. Et en admiration fut toute la terre après la bête, signifie l'acceptation par les plus érudits dans l'Église, et la réception de loin par les moins érudits : on le voit par la signification d’être en admiration après la bête, quand il s'agit de la discordance avec la Parole en apparence écartée par l'invention de conjonctions des œuvres avec la foi, en ce que c'est l'acceptation par les plus érudits et la réception par les moins érudits, ainsi qu'il va être montré; et par la signification de la terre, en ce qu'elle est l'Église, comme ci-dessus, N°s 29, 304, 417, 697, 741, 742, 752. Si par « en admiration fut toute la terre après la bête, » il est signifié l'acceptation et la réception, c'est parce que l'admiration entraîne, et que ceux qu'elle entraîne suivent. Dans la Parole, en certains endroits, il est dit aller et marcher après Dieu, après d'autres dieux, après le conducteur, et après un grand nombre, et par là il est signifié suivre et reconnaître de cœur, et aussi être et vivre avec eux, et être consociés, comme dans les passages suivants ; dans le Livre I des Rois : « David qui a gardé préceptes, et qui a marché après Moi de tout son cœur, pour faire ce qui est droit à mes yeux. » — XIV. 8 ; — Dans le Livre I de Samuel : « Les fils de Jischaji allaient après Saül à la guerre. » — XVII. 13. — Dans Moïse : « Tu ne seras point après un grand nombre pour des maux. Tu ne répondras point sur un procès après un grand nombre en pervertissant. » — Exod. XXIII. 2. Dans Jérémie : Tu n'iras point après d'autres dieux que tu n'as point connus.» — VII. 9. — Dans le Même : « Eux sont allés après d'autres dieux pour les servir. » — XI. 10. Deutér. VIII. 19. — Dans Moïse : « L'homme qui sera allé après Baalpéor, Jéhovah ton Dieu le détruira du milieu de toi. » — Deutér. IV. 3 ; — de là, il est évident qu'aller après quelqu'un signifie le suivre, lui obéir, faire d'après lui, et vivre d'après lui; marcher aussi signifie vivre : d'après ces considérations, on peut voir que par être en admiration après la bête il est signifié l'acceptation et la réception d'après la persuasion, parce que la discordance avec la Parole a été écartée en apparence. S'il est signifié l'acceptation par les plus érudits et la réception de loin par les moins érudits, c'est parce que les érudits ont inventé les conjonctions de la foi avec sa vie, c'est-à-dire, avec les bonnes œuvres, tandis que les moins érudits, n'ayant pu scruter intérieurement les discordances, ont reçu chacun selon sa compréhension ; de là ce dogme, que la foi seule est le moyen essentiel du salut, a été reçu dans toute la terre ou Église Chrétienne. Il sera dit aussi, en peu de mots, comment le capital de cette religion, que dans la foi seule il y a salvation, et non dans les bonnes œuvres, a été amené jusqu'à avoir pour lui l'apparence, et a, par suite, été accepté par les érudits : ceux-ci, en effet, ont inventé des degrés de progression de la foi vers les bonnes œuvres, qu'ils appellent degrés de la justification : Le Premier Degré, ils le font consister à entendre les maîtres et les prédicateurs; le Second Degré, ils le font consister à s'informer d'après la Parole que la chose est ainsi; le Troisième Degré, ils le font consister à reconnaître : et comme aucune chose de l'Église ne peut être reconnue de cœur, à moins que la tentation ne précède, ils l'adjoignent en conséquence à ce degré; et si les doutes, qui alors se présentent, sont dissipés d'après la Parole ou d'après le prédicateur, et qu'ainsi l'homme soit vainqueur, ils disent que l'homme a l'assurance, qui est la certitude que la chose est ainsi, et aussi la confiance que par le mérite du Seigneur on est sauvé : mais comme les doutes qui se présentent dans la tentation viennent principalement de la Parole non comprise, où il est dit si souvent « les faits, les œuvres, faire et opérer, » ils disent que l'entendement doit être retenu sous l'obéissance de la foi. De là suit le Quatrième Degré qui est l'effort de faire le bien, degré dans lequel ils s'arrêtent; ils disent que quand l'homme est parvenu à ce degré, il a été justifié, et qu'alors tous les actes de sa vie ont été acceptés de Dieu, et que les maux de la vie ne sont point vus par Dieu, parce qu'ils sont pardonnés. Cette conjonction de la foi avec les bonnes œuvres a été inventée par les érudits, et aussi acceptée par eux, mais cette conjonction se répand rarement dans le vulgaire, tant parce qu'elle est au-dessus de la conception de quelques-uns, que parce que la plupart sont dans des négoces et dans des fonctions qui détournent le mental (animus) de l'intelligence des Arcanes intérieurs de cette doctrine. Mais la conjonction de la foi avec les bonnes œuvres, et par elle l'apparente concordance avec la Parole, est reçue autrement par les moins érudits ; ceux-ci ne savent rien des degrés de la justification, mais ils croient que la foi seule est l'unique moyen de salut, et lousqu'ils voient d'après la Parole et entendent d'après le prédicateur qu'il faut faire de bonnes œuvres, et que l'homme sera jugé selon ses œuvres, ils pensent que la foi produit les bonnes œuvres, car tout ce qu'ils connaissent, c'est que savoir les choses que le prédicateur enseigne, et par suite penser que la chose est ainsi c'est là la foi; et comme cela précède, ils croient que la foi produit les bonnes œuvres qui sont appelées fruits de la foi, ne sachant pas que cette foi est une foi de la mémoire seule, foi qui, considérée en elle-même, est une foi historique, parce qu'elle vient d'un autre, par conséquent appartient à un autre chez eux, et qu'une telle foi ne peut jamais produire aucun fruit bon. Dans cette erreur sont tombés la plupart des hommes dans le Monde Chrétien, par cela que la foi seule a été reçue pour le principal, et même pour l'unique moyen de salut. Mais de quelle manière la foi et la charité, ou croire et faire, deviennent un, cela sera dit dans ce qui suit.
|