| Apocalypse Expliquée 427. Jusqu'à ce que nous ayons marqué les serviteurs de notre Dieu sur leurs fronts, signifie que ceux qui sont dans les vrais d'après le bien doivent auparavant être séparés : on le voit par la signification de marquer, en ce que c'est distinguer et séparer, ainsi qu'il sera expliqué; par la signification des serviteurs de Dieu, en ce qu'ils sont ceux qui sont dans les vrais d'après le bien, ci-dessus, N° 6; et par la signification du front, en ce qu'il est le bien de l'amour : si le front est le bien de l'amour, c'est d'après la correspondance; en effet, toutes les choses qui sont chez l'homme dans tout le corps, tant celles qui sont en dedans que celles qui sont en dehors, correspondent au Ciel, car le Ciel tout entier est comme un seul Homme en présence du Seigneur, et tellement disposé qu'il correspond à toutes et à chacune des choses de l'homme; toute la face, où sont situés les sensoria de la vue, de l'odorat, de l'ouïe et du goût, correspond aux affections et par suite aux pensées en général, les yeux correspondent à l'entendement, les narines à la perception, les oreilles à la déférence et à l'obéissance, et le goût au désir de savoir et de devenir sage; mais le front correspond au bien de l'amour, d'où proviennent toutes ces choses; il constitue même la partie la plus haute de la face, et renferme immédiatement la partie antérieure et la plus considérable du Cerveau, d'où proviennent les intellectuels de l'homme : de là vient que le Seigneur regarde les Anges au front, et que les Anges regardent le Seigneur au moyen des yeux ; et cela, parce que le front correspond à l'amour d'après lequel le Seigneur les regarde, et que les yeux correspondent à l'entendement d'après lequel ils regardent le Seigneur, car le Seigneur se donne à voir par l'influx de l'amour dans leur entendement; sur ce sujet, voir dans le TRAITE DU CIEL ET DE L'ENFER, les Nos 145,151 ; puis aussi, dans le même Traité, que le Ciel entier dans tout le complexe présente la ressemblance d'un seul Homme, Nos 68 à 86 ; et que par suite il y a correspondance de toutes les choses du Ciel avec toutes celles de l'homme, Nos 87 à 102 : d'après cela l'on voit clairement ce qui est signifié par être marqué sur le front ; à savoir, que c'est être par le Seigneur dans le bien de l'amour envers le Seigneur, et par là être distingué et séparé de ceux qui ne sont pas dans cet amour ; en effet, le Seigneur regarde ceux-là au front et il les remplit du bien de l'amour, d'après lequel eux regardent le Seigneur par la pensée qui provient de l'affection ; les autres ne peuvent pas être regardés au front par le Seigneur, parce qu'ils se détournent de Lui, et se tournent vers l'amour opposé par lequel ils sont remplis et entraînés : que chacun dans le Monde spirituel, et aussi l'homme quant à son esprit, tourne la face vers l'amour régnant, on le voit dans le TRAITE DU CIEL ET DE L'ENFER, N°s 17, 123, 142, 143, 144, 153, 552. Être marqué, ce n'est pas être marqué, mais c'est être mis dans cet état, qu'on puisse être reconnu tel qu'on est, par conséquent qu'on soit conjoint avec ceux qui sont dans un semblable état, et séparé de ceux qui sont dans un état dissemblable; cela est signifié par être marqué et par le signe dans les passages suivants; dans Ézéchiel : « Jéhovah dit à l'homme vêtu de lin : Passe par le milieu de la ville, par le milieu de Jérusalem, et marque un signe sur les fronts des hommes qui gémissent et soupirent sur toutes les abominations faites au milieu d'elle : et passez par la ville après lui, et frappez; que_ votre œil n'épargne point, et de clémence n'usez point ; mais d'aucun homme sur qui (sera) le signe n'approchez. » — IX. 4,5,6 ;— ici, il s'agit aussi de la séparation des bons d'avec les méchants, et être marqué sur le front signifie la même chose que dans ce passage de l'Apocalypse, à savoir, être distingué et séparé des méchants, et être conjoint aux bons; il s'agit ensuite aussi du rejet et de la damnation des méchants; ceux qui sont dans le bien sont désignés par ceux qui gémissent et soupirent sur toutes les abominations faites au milieu de la ville de Jérusalem ; ceux qui gémissent et soupirent sur les abominations sont ceux qui ne sont ni dans les maux ni dans les faux du mal, les gémissements et les soupirs sur les abominations signifient l'aversion et la douleur pour elles; Jérusalem est l'Église, et la ville est la doctrine : le rejet et la damnation des méchants sont ensuite décrits par « passez par la ville après lui, et frappez; que votre œil n'épargne point; » frapper et tuer signifient être damné, car la mort spirituelle, qui est la damnation, est signifiée dans la Parole par la mort naturelle. Dans Ésaïe : « Il viendra (le temps) de rassembler toutes les nations et les langues, afin qu'elles viennent et voient ma gloire; et je placerai en elles un signe. » — LXVI. 18,19; — ces choses ont été dites du Seigneur, et de la nouvelle Église qui devait être instaurée par Lui, par conséquent du Nouveau Ciel et de la Nouvelle Terre, comme on le voit par le Verset 22 de ce Chapitre; par rassembler toutes les nations et les langues il est signifié la même chose que par rassembler les élus des quatre vents, Matth. XXIV. 31 ; rassembler signifie prendre pour Soi ceux qui Lui appartiennent, les nations signifient ceux qui sont dans le bien, et les langues ceux qui sont dans la vie selon la doctrine; venir et voir la gloire du Seigneur signifie être illustré du Divin Vrai et par suite jouir de la joie céleste, car la gloire du Seigneur signifie le Divin Vrai et d'après ce vrai l'illustration et la joie ; placer en elles un signe signifie distinguer et séparer d'avec les méchants et conjoindre aux bons. On lit au sujet de Caïn, que« Jéhovah mit sur lui un signe, afin que personne ne le tuât. »— Gen. IV. 15; — celui qui ne sait pas cet arcane de la Parole, que dans les Historiques par les personnes, qui y sont nommées, il est entendu des choses dans le sens spirituel, ou que là chaque personne représente une chose de l'Église et du Ciel et par suite la signifie, ne peut savoir que l'Historique seul de la lettre, dans lequel il n'apparaît pas plus de Divin que dans les autres Histoires; et cependant dans la Parole, tant dans les Prophétiques que dans les Historiques, dans toutes et dans chacune des choses qu'elle contient, il y a le Divin qui n'apparaît dans la lettre qu'à ceux qui sont dans le sens spirituel et le connaissent; l'Arcane spirituel dans l'Historique de Caïn et d'Abel est, celui-ci : Abel y représente le bien de la charité, et Caïn le vrai de la foi; ce bien et ce vrai sont aussi dans la Parole appelés frères, et le Vrai de la foi le premier-né, par la raison que les vrais, qui plus tard deviennent vrais de la foi, sont d'abord acquis et mis en réserve dans la mémoire, afin que le bien y puise, comme dans un réservoir, pour se les conjoindre et faire qu'ils soient vrais de la foi; en effet, le vrai ne devient vrai de la foi que quand l'homme le veut et le fait, et autant l'homme le fait, autant le Seigneur conjoint l'homme à Soi et au Ciel, et influe d'après l'Amour avec le bien, et par le bien dans les vrais que l'homme a acquis dès l'enfance, et il les conjoint au bien, et fait qu'ils sont des vrais de la foi ; avant cela ils ne sont que des connaissances et des sciences, auxquelles l'homme n'a encore foi que comme aux choses qu'il a apprises d'un autre, et dont il peut se détacher si plus tard il pense autrement; aussi cette foi est-elle la foi d'un autre en lui, et non sa propre foi, et cependant sa propre foi doit être chez l'homme, pour qu'elle reste chez lui après la mort; or sa foi devient sa propre foi, quand il voit, veut et fait ce qu'il croit, car alors elle entre dans l'homme et forme son esprit, et elle devient une chose de son affection et de sa pensée, car l'esprit de l'homme, dans son essence, n'est autre chose que son affection et sa pensée : ce qui appartient à l'affection est appelé bien, et ce qui par suite appartient à la pensée est appelé vrai; l'homme aussi ne croit comme vrai que ce qui appartient à son affection, mais à son affection intérieure laquelle appartient à son esprit ; c'est pourquoi ce que l'homme pense d'après l'affection intérieure, cela est sa foi; et toutes les autres choses, quelles qu'elles soient, qu'il tient dans sa mémoire, soit qu'il les ait puisées dans la Parole, ou dans la doctrine de l'Eglise par la lecture, ou dans la prédication, ou dans son propre entendement, ne sont point sa foi, quoiqu'il s'imagine que cela est la foi, et quoiqu'on dise et qu'on croie aujourd’hui que cela est la foi : ce premier-né et ce primitif, c'est ce que Caïn représente et signifie dans cet Historique, car Caïn était premier-né : quand on croit qu'un tel vrai est la foi qui sauve l'homme, et que la foi ne consiste pas à le vouloir et à le faire, c'est-à-dire, à vivre selon lui, alors existe l'hérésie dangereuse que la foi seule sauve, quelle que soit la vie, et que la foi est donnée sans la vie, lorsque cependant cela n'est point la foi, mais n'est qu'une science qui réside hors de l'homme dans sa mémoire, et non au dedans de lui dans la vie; et si on l'appelle foi, c'est une foi historique, qui est la foi d'une autre chez soi, et ne reçoit pas la vie, avant qu'on voie soi-même que ce qu'on a puisé est le vrai, et on ne le voit que lorsqu'on le veut et qu'on le fait : quand celle hérésie s'affermit, la charité qui est le bien de la vie est alors anéantie, et enfin rejetée comme non essentielle au salut : cela a été représenté par Caïn qui tue son frère Abel, car la foi et la charité, ou le vrai de la foi et le bien de la charité, sont appelés frères dans la Parole, ainsi qu'il a été dit ci-dessus : par Jéhovah mit un signe sur Caïn afin que personne ne le tuât, il est signifié qu'il l'a distingué d'avec les autres et conservé, parce que la foi salvifique ne peut être donnée, si elle n'est pas précédée par la foi historique, qui est la connaissance des choses de l'Église et du Ciel par d'autres, en un mot, la science de choses qui dans la suite doivent être de la foi ; en effet, si l'homme dès l'enfance ne puisait pas les vrais dans la Parole, ou dans la doctrine de l'Église, ou dans la prédication, il serait vide, et dans l'homme vide il n'y a ni opération ni influx du Seigneur par le Ciel, car le Seigneur opère et influe par le bien dans les vrais chez l'homme, et il les conjoint et fait que la charité et la foi soient un : d'après ces considérations, on peut voir ce qui est signifié par « Jéhovah mit un signe sur Caïn, afin que personne ne le tuât » et par « celui qui le tuera sera puni sept fois autant; » en outre, ceux qui sont seulement dans la foi historique, c'est-à-dire, dans la science des choses qui appartiennent à la foi,—hommes qui sont Caïn ou foi qui est Caïn, — sont conservés aussi, parce qu'ils peuvent enseigner aux autres les vrais d'après la Parole, car ils enseignent de mémoire. Puisque le front correspond au bien de l'amour, et qu'en conséquence le Seigneur d'après le Divin Amour regarde les Anges et les hommes au front, comme il a été dit ci-dessus, c'est pour cela qu'il a été ordonné qu'une plaque d'or pur, sur laquelle on écrirait « sainteté à Jéhovah » serait posée, sur le turban d'Aharon du côté du front; il en est parlé ainsi dans Moïse : « Tu feras une plaque d'or pur, et tu graveras sur elle en gravure de sceau : Sainteté à Jéhovah; et tu la poseras sur un fil d'hyacinthe, du côté des faces du turban elle sera, afin qu'elle soit sur le front d'Aharon ; et elle sera sur son front à perpétuité, en bon plaisir pour eux devant Jéhovah. » — Exod. XXVIII. 36, 37, 38; — en effet, Aharon comme grand Prêtre représentait le Seigneur quant au bien du Divin Amour; et par suite ses Habits représentaient des choses qui procèdent de cet amour ; le turban représentait l'intelligence et la sagesse, et son côté de devant l'amour d'où procèdent l'intelligence et la sagesse; c'est pour cela qu'on y avait posé sur un fil d'hyacinthe la plaque d'or pur, sur laquelle était gravé : Sainteté à Jéhovah ; l'or pur dont était composée la plaque signifie le bien de l'amour céleste ; l'hyacinthe, dont était formé le fil sur lequel était la plaque, signifie le bien de l'amour spirituel, l'amour spirituel est l'amour du vrai; la gravure de sceau signifie la permanence à éternité; Sainteté à Jéhovah signifie le Seigneur quant au Divin Humain d'où procède tout saint du Ciel et de l'Église; ces choses étaient sur le côté des faces du turban qui était sur la tête d'Aharon, parce que le turban signifie la même chose que la tête, à savoir, la Divine Sagesse, et le front le Divin Bien de l'Amour : qu'Aharon ait représenté le Seigneur quant au bien de l'amour, on le voit dans les ARCANES CELESTES, N°s 9806, 9946,10017; voir aussi, que l'hyacinthe signifie l'amour du vrai, Nos 9466, 9687, 9833; que le turban signifie l'intelligence et la sagesse, N° 9827. Comme le front signifie le bien de l'amour, c'est pour cela qu'il a été commandé aux fils d'Israël d'attacher sur leur front le précepte concernant l'amour envers Jéhovah ; il en est parlé ainsi dans Moïse : « Tu aimeras Jéhovah ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta force : tu attacheras ces paroles en signe sur ta main; et qu'elles soient en fron-teaux devant tes yeux. » — Deutér. VI. 5, 8. XL 18 : et en outre dans l'Exod. XIII. 9, 16; — s'il est dit « qu'elles soient en fronteaux devant tes yeux, » c'était pour représenter que le Seigneur regarde les Anges et les hommes au front, parce qu'il les regarde d'après le Divin Amour, et qu'il accorde aux Anges et aux hommes de Le regarder d'après l'intelligence et la sagesse, car les yeux signifient l'entendement; tout entendement de l'homme vient aussi du bien de son amour, et selon ce qu'il reçoit du Seigneur; ils les attachaient aussi sur la main, et cela représentait les derniers, puisque les mains sont les derniers des forces de l'âme de l'homme; ainsi « sur le front et sur la main, » signifie dans les premiers et dans les derniers, or le premier et le dernier signifient toutes choses, voir ci-dessus, N° 417 ; s'ils devaient attacher ainsi ce précepte, c'était parce que de lui dépendent la Loi et les Prophètes, c'est-à-dire, toute la Parole, par conséquent toutes les choses du Ciel et de l'Église; que la Loi et les Prophètes dépendent de ce précepte, le Seigneur l'enseigne dans Matthieu, Chap. XXII. 35, 36, 37, 38. D'après ces considérations on voit aussi pourquoi les Rois autrefois et encore aujourd'hui, quand on les couronne, sont oints d'huile sur le front et sur la main, et ce que cela signifie; en effet, les Rois autrefois représentaient le Seigneur quant au Divin Vrai, et comme ce vrai est reçu dans le bien de l'amour qui influe du Seigneur, c'est pour cela que l'onction se faisait sur le front et sur la main; l'huile aussi, dont ils étaient oints, signifie le bien de l'amour : c'est de là que les Rois dans la Parole signifient ceux qui sont dans les vrais d'après le bien, et abstractivement les vrais d'après le bien; voir ci-dessus, N° 31. D'après ces explications, on peut voir ce qui est entendu par le signe sur les fronts, comme aussi ailleurs dans l'Apocalypse, par exemple Chap. IX. 4. XIV. I. XXII. 3, 4. — Mais vice versa le front signifie ce qui est opposé au bien de l'amour, à savoir, le mal de l'amour, et par suite le dur, l'opiniâtre, l'impudent et l'infernal; le dur, dans Ésaïe : « Dur, toi; car nerf de fer, ta nuque; et ton front, d'airain. » — XLVIII. 4 : — l'opiniâtre, dans Ézéchiel : « La maison d'Israël, ils ne veulent point M'obéir, car toute la maison d'Israël, eux, opiniâtres de front et durs de cœur. » — III. 7, 8 : — l'impudent, dans Jérémie : « Un front de femme prostituée t'est resté, tu as refusé d'avoir de la pudeur. » — III. 3 : — l'infernal, dans l'Apocalypse, Chap. XIII. 16. XIV. 9, 10, 11. XVI. 2. XVII. 5. XIX. 20. XX. 4; — car, de même que le bien de l'amour est céleste, et par suite clément, patient et pudique, de même le mal opposé à ce bien est infernal, dur, opiniâtre et impudent.
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