| Apocalypse Expliquée 1049. Et je vis la Femme ivre du sang des saints, signifie la religiosité dans le délire d'après les faux du mal, par lesquels il a été fait violence aux Divins Vrais : on le voit par la signification de la femme, en ce qu'elle est la religiosité, qui dans le commun sens est entendue par Babylone, comme ci-dessus, N° 1042; par la signification d'être ivre, en ce que c'est être en délire dans les choses spirituelles d'après les faux du mal, Nos 376, 1035; et par la signification du sang des saints, en ce que ce sont les Divins Vrais, ici la violence qui leur a été faite, parce qu'il est entendu qu'elle a répandu le sang; que le sang signifie le Divin Vrai, on le voit, Nos 30, 328, 329, 476, 748; et que répandre le sang, ce soit faire violence aux Divins Vrais, on le voit, N° 329 : il est dit le sang des saints, parce que les Divins Vrais de la Parole sont les choses qui sont dites saints (sancta), et parce que par les saints (sancti) dans le sens spirituel il est entendu, non pas des saints, mais des choses saintes, car le sens spirituel de la Parole est sans l'idée de la personne, du lieu et du temps; il en est autrement du sens naturel. Comment diffèrent entre eux ces deux sens, on peut le voir manifestement dans beaucoup de passages de la Parole, comme ici, en ce qu'il est dit qu'il vit la femme ivre du sang des saints, et du sang des témoins ou martyrs de Jésus, paroles par lesquelles, dans le sens naturel, il est entendu que Babylone a répandu le sang des saints, et le sang de ceux qui ont témoigné concernant le Seigneur, tandis que par ces paroles, dans le sens spirituel, il est entendu que Babylone a fait violence aux Divins Vrais, et aussi au témoignage du Seigneur : que dans ces paroles il y ait ce sens, on peut même le voir ou le conclure en ce que la Babylone d'aujourd'hui n'a point tué les saints, ni les témoins du Seigneur, car elle adore des saints jusqu'à l'idolâtrie, et elle adore Seigneur avec une sainteté suprême, quoiqu'elle soit externe, et le Pape avec une sainteté interne; de là il est évident que ce ne sont point ces choses qui doivent être entendues, mais que quelque chose est caché intérieurement dans ces paroles, à savoir, qu'ils ont fait violence aux Divins Vrais, et aussi au Divin pouvoir du Seigneur ; en effet, ils ont fait violence aux Divins Vrais, en ce qu'ils ont falsifié, adultéré et profané la Parole; qu'ils aient fait violence au Divin pouvoir du Seigneur, en ce qu'ils l'ont transféré en eux, cela est notoire. — Continuation sur la Profanation : II vient d'être dit que le genre de profanation le plus grave, c'est quand les vrais de la Parole sont reconnus par la foi et confirmés par la vie, et qu'ensuite l'homme se retire de la foi et vit mal, ou que sans se retirer de la foi, il vit néanmoins dans le mal; toutefois, cependant, il n'y a pas de profanation de la part de celui qui, dans l'enfance et jusqu'à l'adolescence, est dans la foi et dans une vie conforme à la foi, et qui plus tard dans l'âge viril se retire de la foi et de la vie de la foi : la raison de cela, c'est que la foi de l'enfance est la foi de la mémoire, — c'est la foi du maître dans l'enfant, — tandis que la foi de l'âge viril est la foi de l'entendement, et par suite la foi propre de l'homme ; c'est cette foi qui peut être profanée, si l'homme s'en retire et mène une vie opposée, mais non la foi précédente; en effet, rien n'entre dans la vie de l'homme et n'affecte cette vie, que ce qui vient dans l'entendement et de là dans la volonté; et l'homme ne pense d'après son entendement et n'agit d'après sa volonté que lorsqu'il parvient à l'âge adulte ; il ne pensait auparavant que d'après la science (ou ce qu'il avait appris), et n'agissait que d'après l'obéissance; ces pensées et ces actions ne deviennent pas choses de sa vie, ainsi ne peuvent pas être profanées. En un mot, tout ce que l'homme pense, dit et fait d'après l'entendement avec l'assentiment de la volonté, cela appartient à sa vie, ou devient chose de sa vie; et si cela est saint, cela est profané lorsqu'il le rejette. Mais les profanations de ce genre sont ou plus graves ou plus légères, selon la qualité du vrai et de la foi provenant du vrai, selon la qualité du bien et de la vie provenant du bien, et selon qu'on s'en retire plus ou moins : cette profanation renferme donc plusieurs différences spécifiques.
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