| La Vraie Réligion Chrétienne 822 On sait que l’homme tient de ses parents un mal insité ou héréditaire, mais il en est peu qui sachent où ce mal habite dans sa plénitude ; il habile dans l’amour de posséder les biens de tous les autres, et dans l’amour de dominer, car ce dernier amour est tel, que, autant on lui lâche la bride, autant il s’élance, jusqu'à s’embraser du désir de dominer sur tous, et enfin jusqu’à vouloir être invoqué et adoré comme Dieu : cet Amour est le serpent qui trompa Ève et Adam ; en effet, le serpent dit à la Femme : « Dieu sait qu’au jour où vous mangerez du fruit de cet Arbre, ouverts seront vos yeux, et qu’alors vous serez comme Dieu. » —Gen. III. 4, 5 ;— autant donc l'homme se précipite dans cet Amour après lui avoir lâché la bride, autant il se détourne de Dieu et se tourne vers lui-même, et devient son propre adorateur, et alors il peut invoquer Dieu d’une bouche brûlante de l’amour de soi, mais d’un cœur glacé du mépris pour Dieu ; et alors les Divins de l’Église peuvent aussi servir pour moyens, mais comme la fin est la domination, il n’a à cœur les moyens que selon qu’ils servent. Un tel homme, s’il est élevé aux honneurs suprêmes, est pour lui-même dans son image comme Atlas portant le Globe terraqué sur ses épaules, et comme Phœbus conduisant avec ses chevaux le soleil autour de la terre.
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