| La Vraie Réligion Chrétienne 767 L’homme qui est dans la foi au Seigneur, et dans la charité à l’égard du prochain, est l’Église dans le particulier, et l’Église dans le commun est composée de pareils hommes. Il y a cela de merveilleux, que tout ange a le Seigneur devant ses regards, dans quelque conversion de corps et de face qu’il soit; en effet, le Seigneur est le Soleil du Ciel Angélique, c'est lui qui apparaît devant les yeux des Anges, quand ils sont dans une méditation spirituelle : la même chose arrive dans le Monde chez l’homme en qui est l’Église, quant à la vue de son esprit ; mais comme cette vue est voilée par la vue naturelle que caressent, les autres sens, dont les objets sont des choses qui appartiennent au corps et au monde, l’homme ignore cet état de son esprit ; cet aspect du Seigneur, dans quelque conversion que l’on soit, tire son origine de ce que tout vrai dont procèdent la sagesse et la foi, et tout bien par lequel existent l’amour et la charité, viennent du Seigneur, et appartiennent au Seigneur dans l’homme, et que par suite chaque vrai de la sagesse est comme un miroir dans lequel est le Seigneur, et chaque bien de l’amour est l’image du Seigneur; de là vient cette merveille. Au contraire, l’esprit mauvais se détourne continuellement du Seigneur, et porte sans cesse ses regards vers son amour, et cela aussi dans quelque conversion de corps et de face qu’il soit ; la cause est la même, mais en sens inverse ; car tout mal est dans une certaine forme l’image de son amour régnant, et le faux qui provient du mal présente cette image comme dans un miroir. Que quelque chose de semblable ait aussi été implanté dans la nature, on peut le conclure de certaines germinations qui sont entourées de plantés herbacées, en ce qu’elles s’efforcent de les surpasser en hauteur, afin de regarder le soleil; puis, en ce que quelques-unes se tournent vers lui depuis son lever jusqu’à son coucher, afin de mûrir ainsi sous son auspice, et je ne doute point qu’il n’y ait une pareille inclination et un pareil effort dans toutes les branches de chaque arbre, mais comme il n’y a pas en elles l’élasticité de flexion et de conversion, l’acte s’est arrêté. Que tous les gouffres et toutes les syrtes de l’Océan se dirigent aussi d’eux-mêmes circulairement selon la marche commune du soleil, cela est évident pour un observateur. Pourquoi n’en serait-il pas de même de l’homme, qui a été créé à l’image de Dieu, à moins qu’en se servant de son libre arbitre il ne tourne d’un autre côté cette inclination et cet effort insistés en lui par le Créateur? Cela peut aussi être comparé à une fiancée, en ce qu’elle porte continuellement à la vue de son esprit quelque chose de l’image de son fiancé, et le voit dans ses présents comme dans des miroirs, et désire ardemment son arrivée, et en ce que, quand il arrive, elle le reçoit avec une joie dans laquelle l’amour de son cœur bondit.
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