| La Vraie Réligion Chrétienne 734 Après qu’il eut prononcé ces mots, l’Ange marcha en avant ; et d’abord, il fut suivi par la Cohorte de ceux qui s’étaient persuadés que les Joies Célestes étaient seulement de très-joyeuses réunions et de très-agréables conversations : l’Ange les introduisit dans des Assemblées de la Plage Septentrionale, qui n’avaient pas eu, dans le monde précèdent, d’autres notions au sujet des joies du ciel. Il y avait là une Maison spacieuse dans laquelle ceux qui étaient tels avaient été réunis ; cette Maison avait plus de cinquante chambres, distinguées selon les divers genres d’entretiens : dans les unes on parlait de ce qu’on avait vu et entendu dans la place publique et dans les rues; dans d’autres, on tenait divers propos aimables sur le beau sexe, en les entremêlant de facéties, multipliées au point de répandre les ris de la gaîté sur tous les visages de l’assemblée ; dans d’autres chambres, on s’occupait des Nouvelles des Cours, des Ministères, de l’État politique, des différentes choses qui avaient transpiré des Conseils secrets ; et l’on faisait des raisonnements et des conjectures sur les événements ; dans d’autres, on parlait de commerce ; dans d’autres de littérature; dans d'autres, de ce qui a rapport à la Prudence civile et à la Vie morale ; dans d’autres, des choses Ecclésiastiques et des Sectes ; et ainsi du reste : il me fut donné de faire la visite dans cette maison, et je vis des gens qui couraient de chambres en chambres, cherchant des compagnies conformes à leur affection et par conséquent à leur joie ; et dans les compagnies j’en vis de trois espèces; les uns haletants de parler, d’autres désireux de questionner, et d’autres avides d’entendre. Il y avait quatre portes à la Maison, une vers chaque plage, et je remarquai que plusieurs quittaient les compagnies, et se hâtaient pour sortir; j’en suivis quelques-uns vers la porte Orientale, et j’en vis quelques autres assis d’un air triste près de cette porte ; et je m’approchai, et je leur demandai pourquoi ils étaient assis ainsi tristes ; et ils répondirent : « Les portes de cette Maison sont tenues fermées pour ceux qui veulent sortir, et voici maintenant le troisième jour que nous y sommes entrés, et que nous y avons vécu conformément à notre désir en compagnies et en conversations, et ces entretiens continuels nous ont tellement fatigués, que nous pouvons à peine supporter d’en entendre le simple bourdonnement; c’est pourquoi, poussés par l’ennui, nous nous sommes rendus vers cette porte, et nous avons frappé ; mais on nous a répondu : Les portes de cette Maison s’ouvrent non pour ceux qui veulent sortir, mais pour ceux qui veulent entrer ; restez et jouissez des joies du Ciel. D’après ces réponses, nous avons conclu que nous resterons ici éternellement ; de ce moment la tristesse s’est emparée de nos mentals, et maintenant notre poitrine commence à se serrer, et l’anxiété à s’emparer de nous. » Alors l’Ange prit la parole, et leur dit : « Cet état est la mort de vos joies que vous avez cru être uniquement célestes, lorsque cependant elles ne sont que des accessoires des joies célestes. » Et ils dirent à l’Ange: « Qu’est-ce donc que la Joie Céleste? » Et l’Ange répondit en peu de mots : « C’est le plaisir de faire quelque chose qui soit utile à soi-même et aux autres ; et le plaisir de l’usage tire son essence de l’Amour et son existence de la Sagesse ; le plaisir de l’usage qui tient son origine de l’Amour par la Sagesse est l’âme et la vie de toutes les joies célestes. Il y a dans les Cieux de très-agréables Réunions, qui égayent les mentals des Anges, divertissent leurs esprits (animi), réjouissent leurs cœurs, et récréent leurs corps ; mais ils n’en jouissent qu’après avoir fait des usages dans leurs fonctions et dans leurs œuvres ; par là il y a âme et vie dans toutes leurs allégresses et dans tous leurs amusements ; mais qu’on ôte cette âme ou cette vie, les joies accessoires cessent successivement d’être des joies, et deviennent d’abord indifférentes, ensuite comme rien, et enfin elles ne sont que tristesse et anxiété. » Après qu’il eut parlé ainsi, la porte s’ouvrit, et ceux qui étaient assis auprès sortirent précipitamment ; et ils s’enfuirent chez eux, chacun à sa fonction et à son ouvrage, et ils furent soulagés.
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