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La Vraie Réligion Chrétienne 663 

Troisième Mémorable. Un jour, je me trouvai au milieu des Anges, et j’entendis leur conversation; leur conversation était sur l’intelligence et sur la Sagesse ; ils disaient que l’homme ne sent et ne perçoit pas autrement, si ce n’est qu’elles sont l’une et l’autre en lui, et qu’ainsi tout ce qu’il veut et pense vient de lui, tandis que cependant de l’homme il ne vient pas la moindre chose de l’intelligence et de la sagesse, il n’a que la faculté de les recevoir ; entre plusieurs autres choses qu’ils dirent, se trouvait aussi celle-ci, que l’Arbre de la science du bien et du mal dans le Jardin d’Éden signifiait la foi que l’intelligence et la Sagesse venaient de l’homme ; et que l’Arbre de vie signifiait la foi que l’intelligence et la Sagesse venaient de Dieu ; et qu’Adam, à la persuasion du serpent, ayant mangé du premier arbre, croyant ainsi qu’il était ou deviendrait comme Dieu, c’était pour cela qu’il avait été chassé du Jardin et condamné. Pendant que les Anges s’entretenaient de ce sujet, il vint deux Prêtres avec un Homme qui dans le Monde avait été Ambassadeur d’un Roi, et je leur racontai ce que j’avais entendu dire par les Anges sur l’intelligence et sur la Sagesse. Dès qu’ils eurent entendu ce que je leur rapportais, ils se mirent à discuter tous trois sur l’une et sur l’autre, et aussi sur la Prudence, afin de décider si elles venaient de Dieu ou de l’homme; la discussion était vive; tous les trois croyaient également qu’elles viennent de l’homme, parce que la sensation elle- même et par suite la perception le confirment ; mais les Prêtres, qui étaient alors dans le zèle théologique, soutenaient que rien de l’intelligence ni de la Sagesse, et par suite rien de la Prudence, ne venait de l’homme; et ils confirmaient cela par ce passage dans la Parole : « Un homme ne peut prendre rien, à moins qu’il ne lui ait été donné du Ciel. » — Jean, III. 27 ; — et par celui-ci : « Jésus dit aux disciples : Sans moi vous ne pouvez faire rien. »—Jean, XV. 5 ; — mais comme les Anges avaient perçu que, quoique les Prêtres parlassent ainsi, ils avaient néanmoins de cœur la même croyance que le Diplomate, ils leur dirent : « Otez vos vêtements, et prenez des vêtements de Ministres Politiques, et croyez que vous êtes ces Ministres. » Et ils firent ainsi ; et alors ils pensèrent d’après leur intérieur, et ils parlèrent d’après les arguments qu’ils avaient intérieurement embrassés, lesquels étaient, que toute sagesse et toute intelligence habitent dans l’homme, et qu’elles lui appartiennent, disant : « Qui est-ce qui a jamais senti qu’elles aient influé de Dieu? » Et ils se regardaient mutuellement, et ils se confirmaient. Il y a cela de particulier dans le Monde spirituel, c’est que l’Esprit s'imagine être le personnage dont il a sur lui le vêtement, par la raison que là l'entendement revêt chacun. En ce moment il apparut un Arbre auprès d’eux, et il leur fut dit : « C’est l’Arbre de la science du bien et du mal ; gardez- vous d’en manger. » Mais eux, infatués de la propre intelligence, brûlaient du désir d’en manger; et ils se disaient entre eux : «Pourquoi non? N’est-ce pas un bon fruit? » Et ils s’approchèrent et en mangèrent. Après que le Diplomate l’eut remarqué, ils se réunirent et devinrent amis de cœur, et ils prirent ensemble, en se tenant par les mains, le chemin de la propre intelligence, qui conduisait en Enfer ; mais néanmoins je les en vis revenir, parce qu’ils n’étaient pas encore préparés.

 


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